Après Orléans, c'est au tour de Dijon d'exposer et surtout de
publier son fonds de dessins italiens. Les partis pris sont cependant différents.
Orléans avait fait le choix de ne pas être exhaustif, inventoriant les 220 dessins
considérés comme réellement importants, et réservant le reste à une
publication sur Internet qui doit être mise en ligne. Cette sélectivité était le seul regret que donnait un ouvrage
et une présentation (en deux parties) en tous points exemplaires.
Dijon catalogue entièrement son fond, ce dont les spécialistes se
féliciteront. L'exposition, en revanche, trop réduite et trop courte, se
révèle un peu frustrante. Il faut dire que le programme ambitieux du Musée de
Dijon (Rembrandt et son école récemment, L'Art à la Cour de
Bourgogne très bientôt) ne permettait pas de laisser une très grande
place aux dessins italiens.
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1. Salvator Rosa |
2. Annibal Carrache |
La présentation
Les feuilles exposées1 - environ
75 - sont
contenues dans trois salles (bien éclairées et avec un fond coloré
agréable). La lecture du catalogue parallèlement à la visite fait déplorer l'absence
de nombreux dessins. Le choix effectué, s'il est presque irréprochable sur le plan de
la qualité, est bien sage. On ne compte guère qu'une ou deux feuilles dont
l'auteur n'est pas identifié, quant il aurait été passionnant de découvrir des œuvres
d'attribution incertaine. A en croire les photos du catalogue, certains anonymes
sont de très belle qualité (par exemple les cat. 420 ou 456). Cette volonté de
n'exposer que le sûr, ou supposé tel, laisse beaucoup de regrets.
Ainsi, de deux dessins représentant une tête de jeune femme, fort
comparables dans leur sujet et leur technique, et attribués l'un de façon
formelle à Barocci (cat. 19), l'autre avec quelques doutes (cat. 20), seul le premier est
montré. L'exposition côte à côte aurait permis aux visiteurs de se faire
leur propre idée, mieux que les petites reproductions du catalogue. Qui sait
même si l'incertitude n'aurait pas pu être levée ?
Si les choix sont par nature toujours discutables, on aurait aimé
voir au moins un Luca Cambiaso (le n° 63, La Trinité dans le Paradis,
semble une grande et belle feuille), le Vaincu remettant sa couronne à un
vainqueur, un inédit de Pierre de Cortone (cat. 35) ou la grande Adoration
des Bergers de Federico Zuccaro (cat. 381) . Malgré cela, on ne boudera pas son plaisir en admirant des
dessins spectaculaires tels que La Chute des Géants de Salvator Rosa (ill.
1, cat. 309), Le Couronnement de la Vierge d'Annibale Carrache (cat.
92) ou la Femme nue assise, de Pellegrino Tibaldi
(ill. 3, cat.
350).
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3. Pellegrino Tibaldi |
4. Giovanni Biliverti |
Le catalogue
Publié par la Ville de Dijon sans le concours d'un co-éditeur, il
inventorie tous les dessins italiens du fond dijonnais et les reproduit
intégralement. Comme il convient à toutes
les publications de ce genre, les spécialistes de chaque artiste ont été
largement consultés ce qui garantit le sérieux et la valeur scientifique des notices.
L'auteur, Marguerite Guillaume, ancien conservateur en chef du musée, ne donne cependant que rarement son avis sur l'attribution des œuvres,
ce qui dépersonnalise un peu le propos et le fait parfois ressembler à une
compilation d'opinions.
La segmentation de l'ouvrage en deux parties, séparant les dessins originaux ou
supposés tels des copies, est surprenante et peu
pertinente. L'usage voudrait plutôt que les œuvres
originales d'un artiste soient immédiatement suivies de celles plus douteuses (attribuées
à) puis de celles de l'atelier et enfin des copies. Cela semblerait
d'autant plus légitime qu'un dessin peut parfois passer du statut de copie à
celui d'original, ou l'inverse. Par ailleurs, ici, certaines feuilles
cataloguées dans la seconde partie ne renvoient apparemment pas à une composition
connue de l'artiste (par exemple les cat. 541, 547, 681, 803,...), d'autres ont
été réalisés par des suiveurs, dans le goût de l'artiste cité2 (les
cat. 567, 580, 650, 651,...), d'autres enfin ont été reconnus récemment par certains
spécialistes comme des originaux possibles (cat. 604 donné à Luca
Giordano3 lui-même par Nicola Spinosa ou le
cat. 798
à Vasari par Mario di Giampaolo). Le « Falsario del Guercino », imitateur du Guerchin au XVIIIe siècle,
anonyme mais à la personnalité complètement cernée et à la technique
caractéristique, ne
devrait pas plus être dans cette section car il ne copie littéralement aucune
composition de l'artiste.
Malgré ces quelques réserves, il faut souligner le grand intérêt de l'exposition et, surtout, de la publication. Le nombre élevé d'inédits (ill. 4) la justifie pleinement. On annonce pour la rentrée une publication sur les dessins italiens du Musée des Beaux-Arts de Rouen. Il faut souhaiter que ce mouvement d'inventaire et de publication des collections de dessins des musées de Province, travail indispensable qui devrait être mené partout, puisse se poursuivre et s'amplifier, notamment avec les dessins français et des écoles du nord.
Didier Rykner
(mis en ligne le 12 avril 2004)
1. Aucune liste des œuvres exposées n'est
disponible. Sauf erreur ou omission de notre part, les dessins que l'on peut
voir sont les numéros suivant du catalogue : 1, 3, 10, 11, 12, 15, 19, 21, 25,
28, 47, 49, 50, 51, 58, 74, 84, 92, 93, 95, 98, 99, 103, 104, 107, 118,126,129,
130, 133, 135, 136, 138, 140, 157, 159, 162, 165, 167, 174, 178, 185, 186, 203,
213, 230, 235, 244, 261, 262, 262, 270, 278, 291, 303, 309, 310, 315, 316, 318,
321, 329, 344, 346, 348, 349, 350, 351, 365, 371, 372, 373, 380, 381, 457, 684.
2. Des dessins présentés
comme « Imitateur de » se retrouvent ainsi tantôt dans la première partie du
catalogue (par exemple le n° 48, Imitateur de Giovanni Biliverti), tantôt dans
la seconde (n° 548, Imitateur de Simone Cantarini).
3. A propos de Luca Giordano, notons que le cat. 174, Bacchanale,
seulement « attribué à » l'artiste dans le catalogue, est présenté
comme pleinement original dans l'exposition.
Dijon, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 3 mai 2004
Marguerite Guillaume, Catalogue
des dessins italiens. Collections du musée des Beaux-Arts de Dijon,
Editions Ville de Dijon, 45 €. ISBN : 2-915128-13-8
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