Dessins italiens des collections du musée des Beaux-Arts de Dijon

   Après Orléans, c'est au tour de Dijon d'exposer et surtout de publier son fonds de dessins italiens. Les partis pris sont cependant différents. Orléans avait fait le choix de ne pas être exhaustif, inventoriant les 220 dessins considérés comme réellement importants, et réservant le reste à une publication sur Internet qui doit être mise en ligne. Cette sélectivité était le seul regret que donnait un ouvrage et une présentation (en deux parties) en tous points exemplaires.
   Dijon catalogue entièrement son fond, ce dont les spécialistes se féliciteront. L'exposition, en revanche, trop réduite et trop courte, se révèle un peu frustrante. Il faut dire que le programme ambitieux du Musée de Dijon (Rembrandt et son école récemment, L'Art à la Cour de Bourgogne très bientôt) ne permettait pas de laisser une très grande place aux dessins italiens.

Salvator Rosa - La Chute des Géants - Pierre noire, plume, encre brune sanguine, lavis brun-rouge et rehauts de blanc sur papier beige clair - 71,1 x 46,5 cm - Dijon, Musée des Beaux-Arts -  © Musée des Beaux-Arts de Dijon, Photo François Jay

                                                                

Annibale Carracci - La Volupté accompagnée par l'Amour - Plume, encre brune, lavis d'encre brune et sanguine sur papier blanc jauni - 17,5 x 13,8 cm - Dijon, Musée des Beaux-Arts -  © Musée des Beaux-Arts de Dijon, Photo François Jay

1. Salvator Rosa
La Chute des Géants 
Dijon, Musée des Beaux-Arts

2. Annibal Carrache
La Volupté accompagnée par l'Amour 
Dijon, Musée des Beaux-Arts

La présentation

    Les feuilles exposées1 - environ 75 - sont contenues dans trois salles (bien éclairées et avec un fond coloré agréable). La lecture du catalogue parallèlement à la visite fait déplorer l'absence de nombreux dessins. Le choix effectué, s'il est presque irréprochable sur le plan de la qualité, est bien sage. On ne compte guère qu'une ou deux feuilles dont l'auteur n'est pas identifié, quant il aurait été passionnant de découvrir des œuvres d'attribution incertaine. A en croire les photos du catalogue, certains anonymes sont de très belle qualité (par exemple les cat. 420 ou 456). Cette volonté de n'exposer que le sûr, ou supposé tel, laisse beaucoup de regrets. Ainsi, de deux dessins représentant une tête de jeune femme, fort comparables dans leur sujet et leur technique, et attribués l'un de façon formelle à Barocci (cat. 19), l'autre avec quelques doutes (cat. 20), seul le premier est montré. L'exposition côte à côte aurait permis aux visiteurs de se faire leur propre idée, mieux que les petites reproductions du catalogue. Qui sait même si l'incertitude n'aurait pas pu être levée ?
   Si les choix sont par nature toujours discutables, on aurait aimé voir au moins un Luca Cambiaso (le n° 63, La Trinité dans le Paradis, semble une grande et belle feuille), le Vaincu remettant sa couronne à un vainqueur, un inédit de Pierre de Cortone (cat. 35) ou la grande Adoration des Bergers de Federico Zuccaro (cat. 381) . Malgré cela, on ne boudera pas son plaisir en admirant des dessins spectaculaires tels que La Chute des Géants de Salvator Rosa (ill. 1, cat. 309), Le Couronnement de la Vierge d'Annibale Carrache (cat. 92) ou la Femme nue assise, de Pellegrino Tibaldi (ill. 3, cat. 350).

Pellegrino Tibaldi - Femme nue assise, la jambe droite repliée - Sanguine, mis au carreau à la sanguine - 33 x 22,2 cm - Dijon, Musée des Beaux-Arts -  © Musée des Beaux-Arts de Dijon, Photo François Jay

                                                Giovanni Biliverti - Angélique et Roger - Pierre noire, sanguine et lavis de sanguine sur papier beige - 19,3 x 22,2 cm - Dijon, Musée des Beaux-Arts -  © Musée des Beaux-Arts de Dijon, Photo François Jay

3.  Pellegrino Tibaldi
Femme nue assise, la jambe droite repliée 
Dijon, Musée des Beaux-Arts

4.  Giovanni Biliverti
Angélique et Roger 
Dijon, Musée des Beaux-Arts

Le catalogue

   Publié par la Ville de Dijon sans le concours d'un co-éditeur, il inventorie tous les dessins italiens du fond dijonnais et les reproduit intégralement. Comme il convient à toutes les publications de ce genre, les spécialistes de chaque artiste ont été largement consultés ce qui garantit le sérieux et la valeur scientifique des notices. L'auteur, Marguerite Guillaume, ancien conservateur en chef du musée, ne donne cependant que rarement son avis sur l'attribution des œuvres, ce qui dépersonnalise un peu le propos et le fait parfois ressembler à une compilation d'opinions.
   La segmentation de l'ouvrage en deux parties, séparant les dessins originaux ou supposés tels des copies, est surprenante et peu pertinente. L'usage voudrait plutôt que les œuvres originales d'un artiste soient immédiatement suivies de celles plus douteuses (attribuées à) puis de celles de l'atelier et enfin des copies. Cela semblerait d'autant plus légitime qu'un dessin peut parfois passer du statut de copie à celui d'original, ou l'inverse. Par ailleurs, ici, certaines feuilles cataloguées dans la seconde partie ne renvoient apparemment pas à une composition connue de l'artiste (par exemple les cat. 541, 547, 681, 803,...), d'autres ont été réalisés par des suiveurs, dans le goût de l'artiste cité2 (les cat. 567, 580, 650, 651,...), d'autres enfin ont été reconnus récemment par certains spécialistes comme des originaux possibles (cat. 604 donné à Luca Giordano3 lui-même par Nicola Spinosa ou le cat. 798 à Vasari par Mario di Giampaolo). Le « Falsario del Guercino », imitateur du Guerchin au XVIIIe siècle, anonyme mais à la personnalité complètement cernée et à la technique caractéristique, ne devrait pas plus être dans cette section car il ne copie littéralement aucune composition de l'artiste.

   Malgré ces quelques réserves, il faut souligner le grand intérêt de l'exposition et, surtout, de la publication. Le nombre élevé d'inédits (ill. 4) la justifie pleinement. On annonce pour la rentrée une publication sur les dessins italiens du Musée des Beaux-Arts de Rouen. Il faut souhaiter que ce mouvement d'inventaire et de publication des collections de dessins des musées de Province, travail indispensable qui devrait être mené partout, puisse se poursuivre et s'amplifier, notamment avec les dessins français et des écoles du nord.

Didier Rykner
(mis en ligne le 12 avril 2004)

 
1. Aucune liste des œuvres exposées n'est disponible. Sauf erreur ou omission de notre part, les dessins que l'on peut voir sont les numéros suivant du catalogue : 1, 3, 10, 11, 12, 15, 19, 21, 25, 28, 47, 49, 50, 51, 58, 74, 84, 92, 93, 95, 98, 99, 103, 104, 107, 118,126,129, 130, 133, 135, 136, 138, 140, 157, 159, 162, 165, 167, 174, 178, 185, 186, 203, 213, 230, 235, 244, 261, 262, 262, 270, 278, 291, 303, 309, 310, 315, 316, 318, 321, 329, 344, 346, 348, 349, 350, 351, 365, 371, 372, 373, 380, 381, 457, 684.
2.
Des dessins présentés comme « Imitateur de » se retrouvent ainsi tantôt dans la première partie du catalogue (par exemple le n° 48, Imitateur de Giovanni Biliverti), tantôt dans la seconde (n° 548, Imitateur de Simone Cantarini).
3. A propos de Luca Giordano, notons que le cat. 174, Bacchanale, seulement « attribué à » l'artiste dans le catalogue, est présenté comme pleinement original dans l'exposition.


Dijon, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 3 mai 2004

Marguerite Guillaume, Catalogue des dessins italiens. Collections du musée des Beaux-Arts de Dijon, Editions Ville de Dijon, 45 €. ISBN : 2-915128-13-8

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