Bossuet, Miroir du Grand Siècle

 

   Le titre de cette exposition ne traduit pas sa réelle ambition. Davantage qu'une évocation de la vie et des écrits de Bossuet, il s'agit d'une véritable exposition de peintures du XVIIe siècle français, qui permet de découvrir plusieurs tableaux inédits, de nouvelles attributions très convaincantes, et de voir, tout simplement, de belles œuvres d'art.

Pierre Brébiette - Le Dominicain de Soriano recevant l'image de saint Dominique des mains de la Vierge en compagnie de sainte Madeleine et sainte Catherine - Huile sur toile - 33,2 x 23,5 cm - Aix-en-Provence, Musée Granet -  © B. Terlay                                              Charles Errard - Enée portant Anchise - Huile sur toile - 144 x 108,5 cm - Dijon, Musée des Beaux-Arts - © Musée des Beaux-Arts de Dijon/F. Jay

1. Pierre Brébiette
Le Dominicain de Soriano recevant
l'image de saint Dominique des mains
de la VIerge en compagnie de
sainte Madeleine et sainte Catherine

Aix-en-Provence, Musée Granet

2. Charles Errard
Enée portant Anchise
Dijon, Musée des Beaux-Arts

   Si l'on a plus, et mieux, qu'une exposition Bossuet, celui-ci est cependant partout présent. Sylvain Kerspern, le commissaire de l'exposition, le dit dans le catalogue : l'évêque de Meaux ne s'est que fort peu occupé d'art. Mais l'art  reflète les conceptions religieuses et morales de son époque, et l'on peut mettre les écrits de Bossuet en correspondance avec de nombreux tableaux. Les notices de chaque peinture1 sont donc toutes rédigées dans cette optique : mettre en relation le thème, son traitement, et Bossuet. La démonstration est convaincante, mais ce n'est pas cela qui constitue l'aspect le plus intéressant de cette exposition. 
   Tout amateur de peinture du XVIIe siècle doit se rendre à Meaux. Il y verra un panneau (ill. 1)2 nouvellement attribué à Pierre Brébiette, artiste dont les tableaux refont surface depuis quelques années3. L'œuvre est typique de son faire précieux, proche de Vignon. Elle était conservée au Musée Granet d'Aix-en-Provence sous une attribution à l'école romaine du XVIIe siècle. Autre tableau ayant changé d'identité à l'occasion de cette exposition, un peu convaincant Jean-Baptiste Corneille devient un Charles Errard4 (ill. 2), peintre dont le corpus, comme celui de Brébiette, s'étoffe peu à peu. Un grand Louis Licherie, Harpage remettant Cyrus enfant au bouvier Mitradatès, hélas en très mauvais état, et un Saint François de Frère Luc étaient complètement inédits jusqu'à aujourd'hui. Le Licherie, conservé à l'hôtel de ville de Villemomble a pu être attribué grâce à un dessin de l'Ecole des Beaux-Arts5. Le Frère Luc, absolument caractéristique de sa manière, appartient à une collection privée. De ce dernier, on admirera aussi un grand tableau, connu et publié, mais rarement exposé, La Montée au calvaire6 (ill. 3) conservé à l'église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne. Ce retable, à la composition très complexe et absolument maîtrisée, montre un artiste en pleine  possession de ses moyens qui peut rivaliser avec les plus grands peintres de son époque. Tout aussi splendide, le tableau de Claude Audran, La Dernière Communion de saint Denis7 (ill. 4) conservé dans les réserves du Musée des Augustins de Toulouse, montre que malgré les multiples publications consacrées au XVIIe siècle depuis une vingtaine d'années, de nombreux peintres restent à découvrir.

Frère Luc - La Montée au calvaire - Huile sur toile - 305 x 258 cm - Châlons-en-Champagne, Eglise Notre-Dame-en-Vaux - © J. Philippot, 1997. Inventaire général - ADAGP

                                         

Claude Audran - La Dernière Communion de Saint Denis - Huile sur toile - 167 x 91 cm - Toulouse, Musée des Augustins - © STC, Ville de Toulouse

3. Frère Luc
La Montée au calvaire
Châlons-en-Champagne, Eglise Notre-Dame-en-Vaux

4. Claude Audran
La Dernière Communion de Saint Denis
Toulouse, Musée des Augustins

   Jacques Stella est représenté par quatre tableaux, dont les plus connus sont ceux acquis par Lyon en 1993 (Salomon sacrifiant aux idoles) et Le Baptême de Clovis, un peu faible, conservé dans l'église de Gandelu et publié dans le catalogue de l'exposition de Reims Clovis et la mémoire artistique en 1996. La Pietà8 de Limoges (ill. 5) est en revanche un absolu chef-d'œuvre, d'une rare puissance d'émotion. L'artiste trouve ici une expressivité qui le rapproche, sans doute fortuitement, des tableaux sur le même thème de l'espagnol du siècle précédent Luis Moralès9. La dernière toile attribuée à Stella est à peu près inédite. La composition un peu confuse de ce Moïse enfant foulant la couronne de Pharaon10 (ill. 6) ne rend pas évidente cette paternité, même si les figures sont très proches de ce que l'on peut attendre de l'artiste. Les rapports entre cette toile et celles nouvellement réapparues et attribuées à Nicolas Prévost11 sont troublants, même si manifestement il ne s'agit pas de la même main. Concluons cette revue non exhaustive des œuvres présentées dans cette passionnante exposition par un tableau peu connu de Jean Jouvenet, Louis XIV bénissant les écrouelles de l'abbatiale de Saint-Riquier.

Jacques Stella - Pietà - Huile sur toile - 65 x 53 cm - Limoges, Musée Municipal de l'Evéché - © Musée Municipal de l'Evéché de Limoges/F. Magnoux                                    

Jacques Stella - Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon - Huile sur toile - 165 x 105 cm - Troyes, Musée des Beaux-Arts - © Musée d'Art et d'Histoire de Troyes/J.-M. Protte

5. Jacques Stella
Pietà
Limoges, Musée Municipal de l'Evéché

6. Jacques Stella*
Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon
Troyes, Musée des Beaux-Arts

   Cette exposition a été organisée en à peine plus d'un an, ce qui n'est pas un mince exploit. Ceci peut sans doute expliquer le seul petit reproche que l'on pourra lui faire : la bibliographie et l'historique des tableaux sont parfois trop réduits et trop incomplets. Regrettons aussi la mise en réserve de l'ensemble des collections pendant plusieurs mois. Une présentation plus resserrée, l'ouverture des salles du rez-de-chaussée aurait permis de présenter une partie des collections permanentes. On s'étonne d'ailleurs de ne pas voir le portrait dessiné de Bossuet, par Hyacinthe Rigaud, acquis il y a cinq ans par le Musée. Mais l'hommage qu'il rend aujourd'hui à l'aigle de Meaux est tel que celui-ci pardonnera volontiers ce bien curieux oubli.

Didier Rykner
(mis en ligne le 11 mai 2004)

* Voir un article de Sylvain Kerspern sur ce site où il remet en cause son attribution à Stella du Moïse du musée de Troyes.

1.
Quelques gravures, livres et objets complètent l'exposition.
2. Huile sur bois. 33,2 x 23,5 cm.
3. Voir le catalogue de l'exposition Pierre Brebiette au musée d'Orléans, 27 octobre 2001 - 20 janvier 2002.
4. Huile sur toile. 144 x 108,5 cm.
5. Présenté en 2001 à l'Ecole des Beaux-Arts lors de l'exposition Le dessin en France au XVIIe siècle dans les collections de l'Ecole des Beaux-Arts.
6. Huile sur toile. 305 x 258 cm.
7. Huile sur toile. 167 x 91 cm.
8. Huile sur toile. 65 x 53 cm.
9. Voir par exemple le tableau de Moralès présenté à l'exposition Baroque, vision Jésuite à Caen en 2003.
10. Huile sur toile. 165 x 105 cm.
11. Sylvain Kerspern a également fait ce rapprochement, même s'il ne le cite pas dans le catalogue.

 

Meaux, Musée Bossuet. Exposition terminée le 1er août 2004. 

Commissariat : Sylvain Kerspern, commissaire scientifique et Anne-Edith Maillard, conservateur du Musée Bossuet de Meaux.

Sylvain Kerspern, Bossuet, Miroir du Grand Siècle, Editions Philéas Fogg, 207 p., 40 €. ISBN : 2-914498-18-7

Nous avons publié récemment une notice de Sylvain Kerspern sur un tableau inédit de Nicolas Loir n'ayant pu être présenté à l'exposition (lien vers cet article)

Lien vers la page web du Musée Bossuet sur le site de la ville de Meaux

Lien vers un article de Sylvain Kerspern : Retour sur l'exposition Bossuet, et quelques-unes de ses attributions (mis en ligne le 4 octobre 2004)

Lien vers un second article de Sylvain Kerspern : Retour sur l'exposition Bossuet, suite : du nouveau pour Prévost et Licherie (mis en ligne le 11 novembre 2004) dans lequel il remet en cause son attribution à Stella du Moïse du musée de Troyes.


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