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L'Art anglais dans les collections de l'Institut de France

Chantilly, musée Condé, terminée le 28 février 2005.

   On distingue plusieurs types d'expositions : la monographie qui étudie un unique artiste, la thématique qui s'attache à un sujet transversal, l'exposition-dossier qui se limite à l'analyse d'une œuvre ou d'un groupe d'œuvre. Enfin, il y a les expositions « inventaires », qui tentent de cataloguer de manière plus ou moins exhaustive une collection.

Joshua Reynolds - Portrait de Maria Walpole avec sa fille Elisabeth-Laura - Chantilly, musée Condé
1. Joshua Reynolds
Portrait de Maria Walpole avec
sa fille Elisabeth-Laura
Huile sur toile - 76 x 64 cm
Chantilly, musée Condé

   Celle présentée à Chantilly (dont la clôture a été repoussée à fin février 2005) fait partie de ce dernier genre même si sa taille réduite la rapproche d'une exposition-dossier. Son initiateur, Olivier Meslay, n'en est pas à son coup d'essai. Spécialiste de l'art britannique dans un pays où celui-ci est rarement mis à l'honneur, on lui doit1 la grande exposition du Louvre, D'Outre-Manche, sur les collections anglaises dans les musées français. Si Jacquemart-André y était représenté par le Portrait du Capitaine Tonyn de Joshua Reynolds, Chantilly en était absent en raison des clauses du testament du duc d'Aumale, qui empêchent tout prêt extérieur. Surtout, l'exposition et le catalogue qui l'accompagnait constituaient un florilège. Il reste donc de nombreuses œuvres à découvrir et il faut espérer que le répertoire des peintures britanniques dans les collections publiques françaises et le catalogue raisonné de celles du Louvre, annoncés de longue date, seront bientôt publiés.

   L'anglophilie de la famille d'Orléans, qui fait l'objet d'un essai du catalogue, ainsi que l'exil anglais du duc d'Aumale, contribuent à expliquer que Chantilly soit riche en œuvres britanniques. Le chef-d'œuvre de la collection  n'est cependant pas un choix du duc, puisque le Portrait de Maria Walpole avec sa fille Elizabeth-Laura (ill. 1) de Joshua Reynolds, expression sublimée, sans aucune mièvrerie, de l'amour d'une mère et de son enfant, lui fut légué.

Richard Cosway - La leçon de musique et de dessin : Louis-Philippe jeune, ses frères et sa soeur - Chantilly, musée Condé
2. Richard Cosway
La Leçon de musique et de dessin : 
Louis-Philippe jeune, ses frères et sa sœur
Mine de plomb, crayon de couleur, sanguine, lavis - 30 x 22 cm
Chantilly, musée Condé

   L'exposition inclut toutes les expressions artistiques. A côté des tableaux, dessins (dont une très jolie feuille de Richard Cosway - ill. 2) et sculptures (deux statuettes de Sir Joseph Edgar Boehm), elle fait une part belle aux livres, aux estampes (collection provenant essentiellement de la fondation Dosne-Thiers, dont de très amusantes caricatures de Napoléon), aux miniatures (notamment un Portrait d'homme de Nicolas Hilliard) et aux photographies. Parmi ces dernières, outre les scènes de la guerre de Crimée, de Roger Fenton, condisciple de Le Gray, de Le Secq et de Nègre dans l'atelier de Delaroche, on remarquera surtout Le Great Eastern (ill.3), dû à Robert Howlett (artiste mort à 28 ans, en 1858, sans doute empoisonné par les vapeurs des produits chimiques qu'il utilisait). Cette image d'un bateau à vapeur en construction impressionne par son aspect étrange évoquant la silhouette massive d'un sous-marin. La modernité de ce témoignage du progrès technologique est accentuée par le choix du cadrage, simple, géométrique, implacable;

Robert Howlett - Le Great Eastern - Chantilly, musée Condé
3. Robert Howlett
Le Great Eastern, 1857
Epreuve sur papier albuminé - 28,6 x 36,3 cm
Chantilly, musée Condé

   Soulignons enfin que le musée Jacquemart-André conserve des portraits par Gainsborough Reynolds, Lawrence et Romney,  et que dans son « annexe » méconnue de l'abbaye de Chaalis, Olivier Meslay a déniché un tableau, plus intéressant que réellement beau, qu'il attribue à John Closterman, ainsi que plusieurs dessins d'un français expatrié en Angleterre, Hubert-François Gravelot, ici annexé à l'école britannique.

   Malgré quelques pépites, l'exposition qui se conclut sur l'appartement situé dans  le pavillon Bullant nouvellement restauré - un décor anglais du XIXe siècle installé pendant les travaux effectués pour le retour du duc d'Aumale dans son pays - est finalement modeste en nombre et variable en qualité. Mais la nécessité d'une telle entreprise est évidente. La connaissance des fonds patrimoniaux est indispensable. Le musée Condé, rejoint pour l'occasion par les autres établissements de l'Institut, poursuit donc avec ténacité, sous l'impulsion de Nicole Garnier, l'exploration de ses collections. La publication d'un catalogue assure la pérennité de ces recherches.

Didier Rykner
(mis en ligne le 3 décembre 2004)

1. Ainsi qu'à Arlette Sérullaz et Barthélémy Jobert.

Chantilly, musée Condé. Du 13 octobre 2004 au 28 février 2005.

Direction scientifique et commissariat général : Olivier Meslay, conservateur au département des peintures du musée du Louvre, chargé des peintures anglaises.
Commissariat : Nicole Garnier-Pelle, conservateur général du Patrimoine chargée du musée Condé, Anne Forray-Carlier, conservateur au musée Carnavalet, Françoise Heilbrun, conservateur en chef au musée d'Orsay et Emmanuelle Toulet, conservateur en chef de la bibliothèque du musée Condé.

Catalogue : sous la direction d'Olivier Meslay, L'Art anglais dans les collections de l'Institut de France, édition Musée Condé / Somogy, éditions d'art, 208 p., 32 €. ISBN : 2-85056-783-3


Site de l'Institut de France avec présentation de l'exposition