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Poussin and Nature
New York, Metropolitan Museum, du 12 février au 11 mai 2008. L'exposition était auparavant présentée à Bilbao, Museo de Bellas Artes, du 8 octobre 2007 au 13 janvier 2008.
L’exposition Poussin du Metropolitan Museum, qui avait fait préalablement étape à Bilbao, ne peut être réduite à son titre. D’abord parce qu’il s’agit en réalité d’une véritable rétrospective tant la nature et le paysage sont constamment et à toutes les périodes présentes dans l’œuvre de l’artiste et que si ce thème exclut de facto des chefs-d’œuvre comme le Germanicus ou le Jugement de Salomon, il est tout de même possible de comprendre Poussin sans eux. L’autre raison pour laquelle le sujet lui-même n’est pas profondément signifiant est que, sauf dans certains essais d'introduction du catalogue, la problématique Poussin et la Nature n’est pas véritablement abordée. C’est d’ailleurs le seul léger reproche que l’on pourrait faire à cet admirable rassemblement d'œuvres : les notices auraient été les mêmes pour n’importe quelle exposition Poussin. On a l’impression, en réalité, que le sujet a servi de prétexte à Pierre Rosenberg pour faire à nouveau, après 1994, une présentation monographique d’un de ses peintres préférés. Qu’importe d’ailleurs, celle-ci est admirable.
 
1. Nicolas Poussin (1594-1665)
Reconstitution du tableau coupé en deux (Vénus et Adonis)
A gauche, fragment appartenant au Patti Bich 1991 Trust (en dépôt au Metropolitan Museum)
A droite, fragment appartenant au Musée Fabre de Montpellier
Huile sur toiles - 77 x 88 cm (gauche) - 74,5 x 112 cm (droite)
Photos : Service de presse
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On ne saura trop recommander à ceux qui le peuvent une visite au Metropolitan Museum. Poussin n’est pas un artiste simple à comprendre. Il invite à l’effort et nécessite de rentrer dans son monde. Mais ceux qui y sont admis y trouveront des merveilles, et dans ce cas précis des merveilles rarement voire jamais vues. Car les commissaires, Pierre Rosenberg donc accompagné de Keith Christiansen, ont privilégié les découvertes, principalement pour les œuvres des débuts. Le visiteur pourra voir nombre de tableaux absents de la rétrospective de Paris et Londres en 1994.
La première salle est pleine de ces toiles, souvent déjà publiées mais presque jamais montrées au public. On admirera particulièrement le petit Narcisse (cat. 16) si poétique conservé dans une collection particulière américaine, les pendants Apollon et une Nymphe et La Mort d'Eurydice également en mains privées (cat. 1 et 2) ou l'Apollon et Daphnée appartenant à Sir Harold Lancer (cat. 4). Dans cette première salle, le tableau qui impressionne le plus est en deux morceaux : il s’agit du Vénus et Adonis de Montpellier réuni ici avec sa partie gauche, découpée au XVIIIe siècle sans doute par un marchand peu scrupuleux qui fit d’une seule œuvre deux (ill. 1). Un cadre commun réunit les fragments. Ceux-ci, chose étonnante, semblent avoir été conservés ensemble, tant ils ont vieilli de la même manière. Cela renforcera sans doute la détermination de Michel Hilaire, directeur du Musée de Montpellier qui souhaite, soutenu par ses autorités de tutelle, regrouper définitivement les deux parties. L’ancienne propriétaire, récemment décédée, était presque décidée à vendre. Il reste à persuader ses héritiers de le faire. Leur morceau de Poussin était depuis plusieurs années déposé au Metropolitan Museum. Philippe de Montebello, dans un geste particulièrement élégant, a affirmé qu’il soutenait absolument le musée français et ferait ce qu’il pourrait pour permettre à celui-ci d’acquérir l’objet.
Parmi les tableaux venant de musées français, le Midas à la source du Pactole du musée Fesch, parfois sous-évalué, se sort remarquablement bien de sa confrontation avec d'autres œuvres importantes des débuts comme l'autre version du même sujet du Metropolitan Museum ou les Bergers d'Arcadie de Chatsworth.
2. Artiste anonyme (Groupe G)
Deux bouleaux, l'un cassé
Plume, encre brune, lavis brun - 25,6 x 18,6 cm
Vienne, Albertina
Photo : Service de presse |
Autre intérêt de l’exposition même s’il pourra déconcerter les visiteurs les moins avertis, la tentative de séparer définitivement les dessins de Poussin de ceux connus sous le nom de Groupe G. Il s’agit d’un ensemble de feuilles longtemps données à l’artiste mais que la critique – au moins Pierre Rosenberg et Louis-Antoine Prat dans leur catalogue raisonné des dessins – tend à rendre aujourd’hui à un, et même peut-être à plusieurs artistes anonymes différents de Poussin (ill. 2).
Soyons franc, la démonstration n’est pas entièrement convaincante. Si l’on comprend pourquoi plusieurs dessins ne peuvent revenir à Poussin, le critère qui préside à la séparation entre le bon grain et l’ivraie est tout de même parfois affaire seulement d’appréciation. Nous ne nous risquerons pas ici à infirmer telle ou telle hypothèse mais nul doute que le dossier n’est pas clos. Cela n’empêchera pas d’admirer de nombreuses feuilles, qu'elles soient ou non de la main de l'artiste. Le souci de présenter des dessins (ill. 3) dans des salles qui scandent le parcours est judicieux. Trop de rétrospectives négligent cet aspect, ce qui ne donne qu'une vision partielle de l'artiste que l'on souhaite célébrer.
3. Nicolas Poussin (1594-1665)
Bacchus enfant confié aux nymphes de Nysa
Plume, encre brune, lavis brun - 22,9 x 37,5 cm
Cambridge, Fogg Art Museum, Harvard University Art Museum
Photo : Service de presse |
4. Nicolas Poussin (1594-1665)
Paysage avec saint Jérôme
Huile sur toile - 155 x 234 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Service de presse |
Il faut également souligner la qualité de l’accrochage, entièrement dû à Keith Christiansen. Celui-ci est particulièrement évident dans la salle qui succède aux dessins du groupe G et qui rassemble quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre de l’artiste. Il y a là certes moins de surprises, mais voir le Paysage avec saint Jérôme du Prado (ill. 4) qui était absent de la rétrospective de 1994 aux côtés du Paysage avec saint Matthieu de Berlin et du Paysage avec Saint Jean à Patmos de Chicago est un moment de vrai bonheur. On se demande d’ailleurs s’il était bien nécessaire d’ajouter à ces tableaux Une route romaine (Dulwich), une copie, d’ailleurs présentée comme telle.
Il est surprenant qu'un artiste qui prenait tant de soins à peindre ses tableaus - Poussin est l'inverse d'un Fa Presto - ait parfois utilisé une technique qui a si mal passé l'épreuve du temps. Plusieurs tableaux voient la couche de préparation brune remonter à la surface ce qui rend leur aspect peu agréable. C'est vrai notamment au début de sa carrière, mais pas uniquement. Ainsi, dans cette salle, le Moïse sauvé des eaux du Louvre n'est pas à son avantage. Un peu plus loin, le merveilleux état de conservation du Temps calme du Getty (ill. 5) fait contraste et rend pleinement justice au peintre.
5. Nicolas Poussin (1594-1665)
Le Temps Calme
Huile sur toile - 97 x 131,5 cm
Los Angeles, Getty Museum
Photo : Service de presse |
6. Nicolas Poussin (1594-1665)
Paysage avec Orion aveugle
Huile sur toile - 97 x 131,5 cm
New York, Metropolitan Museum
Photo : Service de presse |
Mais Poussin résiste aux aléas du temps et du vieillissement. En témoigne dans la dernière salle l'extraordinaire tableau représentant un Paysage avec trois moines dit aussi La Solitude. Si cette toile était connue et publiée dans tous les catalogues raisonnés de l'artiste, bien peu pouvaient se targuer de l'avoir vue. Elle fut longtemps conservée dans le propre bureau de Tito ! Malgré son mauvais état - elle a bénéficié d'une importante restauration à l'occasion de la préparation de l'exposition - elle apparaît encore comme une œuvre sublime avec ce grand paysage dominant, écrasant même, les trois religieux qui paraissent bien frêles. S'il y a un tableau qui peut symboliser le titre de l'exposition, c'est bien celui-ci où la nature est partout présente. On ne compte pas, là encore, à la fin du parcours, les chefs-d'œuvre réunis, du Paysage avec Pyrame et Thisbé de Francfort à l'Orion aveugle du Metropolitan (ill. 6), sans oublier deux des quatre Saisons du Louvre à avoir fait le voyage. Elles aussi montrent les liens de Poussin avec la nature qui relèvent presque d'une vision déiste du monde.
Ceux qui aiment Poussin ne sortiront pas de cette exposition avec une image différente de ce peintre. Les autres, qui pouvaient rester encore froids devant lui, auront du mal à demeurer indifférents. Poussin est bien l'un des plus grands peintres du XVIIe siècle.
Didier Rykner
(mis en ligne le 19 avril 2008)
English version
Voir également la recension par Olivier Bonfait de la journée d'études consacrée à cette exposition.
Sous la direction de Pierre Rosenberg et Keith Christiansen, Poussin and Nature, Yale University Press, 414 p., $65 (relié) ; $45 (broché). ISBN : 9780300136685 (relié) ; ISBN : 9781588392435.
Informations pratiques : Metropolitan Museum, 1000 Fifth Avenue at 82nd Street
New York. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 9 h 30 à 17 h 30, les vendredi et samedi jusqu'à 21 h. Tarifs suggérés : $20 ($15 et $10, tarifs réduits).
Site du Metropolitan Museum
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