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Deux expositions à Helsinki : Pekka Halonen (1865-1933) et Isaac Wacklin (1721-1758)
Pekka Halonen (1865-1933), Helsinki, Ateneum Taidemuseo, du 7 mars au 24 août 2008
1. Pekka Halonen (1865-1933)
Bord de rivière, 1897
Huile sur toile
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse de l’Ateneum Taidemuseo |
Il y a cent vingt ans, la Société Finlandaise des Beaux-Arts inaugurait le bâtiment de l’Ateneum. L’institution célèbre cet anniversaire par la rétrospective d’un des premiers élèves à y avoir été accueilli : Pekka Halonen. Issu d’une famille rurale, mais où l'on pratiquait les arts, le jeune homme s’essaya au dessin académique à Helsinki de 1886 à 1890, puis compléta son apprentissage à Paris dans les académies libres Julian (1891) et Colarossi (1893). Ses premières œuvres, comme Les Moissonneurs (1891, collection particulière) portent la marque de cette formation sous le signe de Dagnan-Bouveret, Jules Lefèvre, Benjamin-Constant, Cazin…
Il ne s’intéressa pas à la division impressionniste de la touche et fréquenta dans la capitale ses compatriotes Gallen-Kallela, Magnus Enckell, Vaïno Blonsted et leur chef de file Albert Edelfeldt. Il rencontra Gauguin de retour de Tahiti et devint quelques temps son élève particulier. Son style combine alors le naturalisme de Bastien-Lepage, l’influence de Puvis de Chavannes et les nouveautés de Gauguin et de son cercle.
En 1894, il retourna en Finlande et travailla en Carélie où il peignit ses premiers tableaux d’hiver. Les paysages réalisés entre 1894 et 1915 sont exceptionnels. Avec une touche synthétique, crémeuse sans être empâtée, des compositions en diagonales inspirés des estampes japonaises (ill. 1), Pekka Halonen témoigne d’un mysticisme de la nature sauvage et vierge, donnant l’impression d’être vue à travers les yeux des animaux, comme dans son tableau le Lièvre (collection particulière), jailli du terrier. L’animal devient l’alter ego du peintre, ayant un rôle de chaman pour le spectateur. C’est de la peinture et de la magie. On l’aura compris, Halonen transpose dans le Grand Nord les visions que Gauguin peignait sous les Tropiques et suivant ses conseils retourne aux sources primitives finnoises. Il s’agit bien de Symbolisme, évacué de tout l’aspect ésotérique que ce mouvement possède souvent (ce qui le différencie de Gallen-Kallela).
Incontestablement, on ressent durant la visite une impression de sérénité et de respect de la nature typiquement finlandaise et scandinave, panthéiste, et une implication écologique particulièrement actuelle. En 1898, Pekka Halonen s’installa dans un nouvel atelier sur le lac Tuusula (cette maison est aujourd’hui devenue un musée, dans un environnement particulièrement préservé, où il vécut en autarcie avec sa famille.
2. Pekka Halonen (1865-1933)
Lessive sur la glace
Huile sur toile - 125 x 180 cm
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : D. R. |

3. Pekka Halonen (1865-1933)
Le Chasseur de lynx
Huile sur toile - 125 x 180 cm
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : D. R.
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Durant cette période des années 1890, il semble qu’il réussisse tout ce qu’il entreprend. Il peint de beaux portraits introspectifs (La Joueuse de guitare, 1894, Helsinki, musée privé fondation Gyllenberg), avec des effets d’éclairage artificiel, divers paysages d’une luminosité limpide unique, ainsi que quelques rares tableaux d’histoire, possédant un sens elliptique de la représentation (Le Fils prodigue, collection particulière). Si elle restent marginales et paradoxales dans son œuvre, les pochades faites pendant un voyage en Italie (Naples, 1897) sont dans la lignée de Corot par la sobriété des moyens employés et semblent annoncer les paysages que Giorgio Morandi peindra plus tard. Durant ce voyage, il étudie les fresques de Giotto et de Massacio. De cette expérience, il acquiert une grande puissance plastique des personnages et un sens de la monumentalité qui s’imposent dans les grands formats décoratifs commandés pour le pavillon de la Finlande à l’exposition Universelle de Paris de 1900. Ces toiles comptent parmi les plus connues du peintre, comme par exemple la Lessive dans la glace (ill 2) ou le Chasseur de lynx (ill. 3)1. Halonen, qui avait jusque là participé au mouvement du Caréliasnisme et du Romantisme national uniquement en incarnant la beauté du paysage finlandais, conçoit quelques scènes historiques ou tirés du Kalevala, proches des réalisations contemporaines de Gallen-Kallela (ill. 4) et aborde des sujets très divers : scènes d’ouvriers, portraits de groupes, nus. D’autres paysages contiennent un message politique : l’orage approchant, les troncs morts indiquent sa position en faveur de l'indépendance menacée, en cette période de résistance idéologique à l’oppression russe.
4. Pekka Halonen (1865-1933)
Vainolaisia vastaan
(Le départ pour la guerre), 1896
Huile sur toile
Collection de la Société Pohjola
Photo : D. R. |
5. Pekka Halonen (1865-1933)
Paysage d’hiver à Myllykylä , 1896
Huile sur toile - 69 x 48 cm
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse de
l’Ateneum Taidemuseo |
L’exposition est très complète puisqu’elle propose plus de 300 œuvres, réparties sur tout le second étage de l’Ateneum, essentiellement des peintures mais aussi quelques dessins, des photos et des souvenirs du peintre. Commençant avec les académies exécutées à Helsinki, elle se poursuit de façon chronologique, à l’exception d’une salle. Car s’il y a des paysages de neige tout au long du parcours, un espace en montre une vingtaine datés des quatre décennies de sa carrière, de façon comparative, comme autant de subtiles variations monochromes. (ill. 5 et 6). La salle suivante est consacrée aux vues de serres et de jardins réalisées à partir de 1910 (ill. 7), époque de la mode coloriste qui se propagea en Scandinavie dans ces années là. C’est une rupture. Par la suite, la nature reste sa source d’inspiration. Il continue à peindre les divers états de la glace : le printemps, le dégel, les lacs deviennent des sujets de prédilections. Ce sont de beaux tableaux, plus grands, descriptifs ou décoratifs, mais une partie du charme est rompue ; la communion intime avec la nature est moins intense, leur poésie moindre aussi. C’est l’époque des célébrations, des achats par les musées, et de la reconnaissance internationale (il reçoit la Légion d’Honneur à Paris), avant de tomber, après la guerre, dans l’oubli, sauf dans sa patrie qui ne l’a jamais oublié. Avec le retour au premier plan des peintres finlandais2, de Gallen-Kallela à Hellen Schjerfbeck, l’exposition démontre que Pekka Halonen est bien de la même trempe et du même niveau qu’eux. On peut s’en convaincre aisément sur place par un aller-retour avec le second étage du musée où est exposée la peinture finlandaise du XIXe siècle
6. Pekka Halonen (1865-1933)
Paysage d’hiver à Kinahmi, 1923
Huile sur toile - 95,5 x 65,5 cm
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse de
l’Ateneum Taidemuseo |
7. Pekka Halonen (1865-1933)
Les tomates, 1913
Huile sur carton - 42 x 51 cm
Helsinki, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse de
l’Ateneum Taidemuseo |
Rédigé sous la direction du commissaire de l’exposition Anna-Maria von Bonsdorff, le catalogue, dont il existe une version en anglais, contient des essais de spécialistes finlandais et français. Il est très complet et fait office de monographie puisqu’il comprend à la fin un catalogue sommaire illustré de 556 tableaux et dessins3.
Jérôme Montcouquiol
(mis en ligne le 14 août 2008)
Catalogue : Anna-Maria von Bondsdorff, Pekka Halonen, ATE, 2008, 450 p., 45 €. ISBN : 978-951-53-3039-0.
Site Internet de l'Ateneum. (le catalogue peut-être acheté sur ce site)
Nuori tuntematon Isaac Wacklin (1721–1758) (Isaac Wacklin, le jeune inconnu), Helsinki, Sinebrychoffin Taidemuseo, du 6 juin au 7 septembre 2008
8. Isaac Wacklin (1721-1758)
Portrait de Dorothea Maria Losch, 1755
Huile sur toile
Helsinski, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse du
Sinebrychoffin Taidemuseo |
Profitons de cette recension pour signaler la petite exposition au palais Sinebrychoff consacrée à Isaac Wacklin, mort prématurément il y a deux cent cinquante ans. A Helsinki au XVIIIe siècle, il n’y avait ni Université4, ni Académie, ni Salon, ni même de marché de l’art ou amateur. Dans cette société luthérienne frappée par la peste et les invasions, un artiste pouvait difficilement survivre sans avoir une autre activité et espérer d’autres commandes que les portraits des commerçants locaux. L’un des rares peintres qui ait cherché à élever le niveau est Isaac Walcklin. Parce que son œuvre et sa vie sont longtemps restés très mal connus, et même énigmatiques, un groupe de chercheurs a été réuni en 2005 sous la direction de Tuulikki Kilpinen. Le travail du laboratoire scientifique a permis de grandes avancées en retrouvant des signatures peu visibles, des inscriptions cachées sous les rentoilages, identifiant ainsi un autoportrait (qui donne son titre à double sens à la rétrospective) et excluant définitivement des tableaux de faible qualité. Les recherches d’histoire de l’art ont été menées par Jouni Kuurne.
9. Isaac Wacklin (1721-1758)
Portrait d’homme, 1757
Helsinski, Ateneum Taidemuseo
Huile sur toile:
Photo : Service de presse du
Sinebrychoffin Taidemuseo |
10. Isaac Wacklin (1721-1758)
Portrait de Mrs Heckford, 1757
Huile sur toile
Helsinski, Ateneum Taidemuseo
Photo : Service de presse du
Sinebrychoffin Taidemuseo |
Un corpus de 36 peintures a été recensé dans différents musées finlandais et des collections privées. On sait que l’artiste était à Saint-Pétersbourg en 1740 et qu’il a fait une partie de sa carrière au Danemark et en Suède, ayant un autre atelier à Stockholm.
L’exposition, magnifiquement située au rez-de-chaussée du palais de style XVIIIe siècle, dévoile un portraitiste rococo au talent indéniable, provincial mais informé de ce qui se faisait ailleurs en Europe à son époque. En aucun cas naïf. La plupart de ses modèles sont jeunes et idéalisés (ill. 8, 9 et 10). On pense parfois à Pesne ou à Hogarth. En contrepoint, dans les deux dernières salles, des portraits du XVIIIe siècle appartenant au musée Sinebrychoff sont accrochés, plusieurs étant des acquisitions récentes ( Adélaide Labille-Guiard, Alexandre Roslin…). Etant donné l’aspect très pointu du sujet, le catalogue reste cependant destiné à ceux qui souhaitent une bibliothèque complète sur l’époque des lumières en Europe ou sur les origines de la peinture finlandaise5.
J. M.
Site internet du Sinebrychoffin Taidemuseo
Signalons aussi que cet été l’atelier-maison de Gallen-Kallela à Espoo consacre une exposition à Charles de Vallombreuse du 24 mai au 31 août 2008.
1. Ces deux oeuvres ont été montrées en 1987 à Paris dans l'exposirion Lumières du Nord. La peinture scandinave 1885-1905 au Musée du Petit Palais.
2. Citons seulement dans l’actualité française récente l’exposition de cet hiver au musée d’Art Moderne de la ville de Paris sur Hellen Schjerfbeck, celle sur les peintres scandinaves et la France qui ouvrira au Musée des Beaux-Arts de Lille cet automne et la volonté du nouveau directeur du musée d’Orsay, Guy Cogeval, de préparer une rétrospective Gallen-Kallela (voir aussi la brève du 30/4/08 pour l’acquisition par Orsay d’une œuvre de cet artiste).
3. Il comprend presque uniquement des tableaux conservés en Finlande et en Scandinavie, nous n’avons pas trouvé, par exemple, la reproduction du magnifique tableau du Szépművészeti Múzeum de Budapest.
On sait qu’il existe des faux, et que certains peintres comme Victor Westerkolen, le suédois Gustaf Fjaestad, ont peint des paysages de neiges assez proches à première vue.
4. Jusqu’en 1812, la capitale de la Finlande était située à Turku et non pas à Helsinki.
5. Une grande partie du catalogue est consacrée aux analyses du laboratoire scientifique : lumière rasante, radiographie …
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