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I grandi bronzi del Battistero. L’arte di Vincenzo Danti, discepolo di Michelangelo

Florence, Museo Nazionale del Bargello, du 16 avril au 7 septembre 2008.

Vincenzo Danti - Jules III (détail) - Pérouse, extérieur de la cathédrale, côté sud
1. Vincenzo Danti (1530-1576)
Jules III (détail), 1553-55
Bronze - 255 cm
Pérouse, extérieur de la cathédrale,
côté sud
Photo : D. R.

   Lorsque le voyageur de passage à Florence visitera la Piazza San Giovanni, dominée par le Duomo, le Campanile de Giotto et le Baptistère, il ne se rendra peut-être pas compte que quelque chose manque au milieu de ces montagnes de marbre. Peu de Florentins même ont noté que depuis 2006, les grands bronzes situés sur les architraves des portes sud et nord du Baptistère avaient été retirés pour être restaurés. Difficile de s’apercevoir de l’absence de six statues dans le paysage florentin, dans la « ville des statues » comme la surnommait le président Charles de Brosses. Du Baptistère, on se souvient en général de la Porte du Paradis ornée des bas-reliefs de Ghiberti, si bien que le touriste peut facilement oublier de lever les yeux avant de rentrer à l’intérieur (par la porte nord) et de se retourner en sortant (par la porte sud) à la fin de la visite, déjà absorbé par la suite de son programme. Il faut dire que les auteurs des bronzes n’ont pas eu la même fortune critique qu’Andrea Sansovino et son Baptême du Christ en marbre placé au-dessus de la Porte du Paradis. Les noms de ces deux sculpteurs pourtant importants à leur époque ne doivent pas suggérer grand chose en dehors du cercle des initiés à l’histoire de l’art du Cinquecento : il s’agit pour la porte nord de l’« illustre méconnu » Francesco Rustici1, et pour la porte sud, d’un sculpteur que la critique a considéré comme un épigone de Michel-Ange, Vincenzo Danti. Dans le but de mettre un terme à cette indifférence, le Bargello a profité de cette rare occasion pour organiser la première rétrospective de Vincenzo Danti autour de sa magistrale Décollation de saint Jean-Baptiste.

   Comment situer rapidement ce sculpteur à peu près inconnu du grand public ? Pour commencer, cet oubli est indéniablement lié au fait qu’il comptait parmi ces sculpteurs actifs dans la Florence de Côme Ier de Médicis, tels Baccio Bandinelli, Benvenuto Cellini, Tribolo, Bartolomeo Ammannati, Pierino da Vinci, Giovanni Bandini, Valerio Cioli, Battista Lorenzi, Vincenzo de’ Rossi, etc., tous plus ou moins incorporés à la gigantesque ombre de Michel-Ange.
   La carrière de Vincenzo Danti, né à Pérouse en 1530 et formé jusque là au métier d’orfèvre, débute de manière fulgurante en 1553 lorsqu’il se voit confier une tâche des plus difficiles pour un jeune homme de son âge : l’exécution d’une statue monumentale en bronze du pape Jules III. Fort de ce premier succès, un véritable chef-d’œuvre d’orfèvrerie à grande échelle (ill. 1), Vincenzo se tourne alors vers Florence, où il trouve la protection de Sforza Almeni, conseiller et ami du duc Côme Ier. Sa première commande officielle, un Hercule et Antée en bronze pour les jardins de la Villa du duc à Castello, est cependant un fiasco et remet en cause ses brillants débuts2. Mais il se rattrape rapidement avec de très réussis bas-reliefs en bronze pour Côme Ier, et surtout avec son étonnant Honneur triomphant de la Fausseté en marbre que lui commanda son protecteur. À partir de là, les commandes s’enchaînent, il commence la rédaction d’un ambitieux traité, confirme ultérieurement sa réputation avec ses grands bronzes du Baptistère inaugurés en juin 1571 ; il s’essaye également à l’architecture, devient membre de l’Accademia del Disegno. Malgré ce succès dans la capitale Toscane, il décide cependant de quitter Florence au printemps 1573 pour retourner dans sa ville natale. Il faut probablement relier ce départ, pour le moins en partie, à la montée d’un autre sculpteur, Giambologna, qui devient à cette époque le favori du grand-duc François Ier de Médicis, successeur de Côme Ier.

Vue de l’exposition Danti sous les portiques de la cour du Bargello
2. Vue de l’exposition Danti sous les portiques
de la cour du Bargello
Photo : E. Passignat

   À propos de Giambologna justement, qui nous permet d’arriver au commentaire de l’exposition après ce survol biographique, il est tentant de comparer cette rétrospective Danti à l’exposition que le Bargello lui avait consacré en 20063. Bien sûr, il est vrai que Vincenzo Danti souffre depuis longtemps de cette injuste comparaison avec le Flamand, mais le parallèle qu’il s’agit de faire se limitera aux choix de présentation des œuvres. Même si il est difficile de ne pas voir dans l’organisation même de l’exposition un reflet des parcours et des fortunes critiques si différentes des deux sculpteurs, l’un entre Pérouse, Rome et Florence, l’autre dont les œuvres sont envoyées dans les plus grandes villes et aux plus grands souverains d’Europe4.
   Lorsque l’on entre dans la cour du Bargello, notre regard est d’abord attiré vers le centre, occupé en grande partie par une installation assez imposante réalisée à l’occasion d’un spectacle5. Ce ne sont donc pas les longues tentures rouges qui signalent le parcours de l’exposition Danti, mais les cloisons ondulées vert tendre qui longent le mur sous le portique (ill. 2). Si l’on se souvient de l’exposition Giambologna, qui envahissait tout le rez-de-chaussée du musée ainsi que la loggia, l’œuvre de Danti occupe en revanche un espace relativement restreint puisqu’il est contenu dans les deux salles habituellement destinées aux expositions temporaires ; de même, par rapport aux hauts panneaux et aux larges tapis rouges qui enveloppaient les œuvres de son contemporain, il faudra se contenter pour Danti d’une scénographie beaucoup plus sobre et discrète. Précisons tout de même que certaines œuvres du Flamand exposées en 2006 sont restées en place et il n’est donc plus envisageable de réitérer l’intégration d’une partie de la Salle Michel-Ange dans le parcours des manifestations temporaires. Par conséquent, au lieu de déplacer à nouveau et à grands frais les monumentaux Bacchus, Mercure et Florence triomphant de Pise de Giambologna, ce sont l’Honneur triomphant de la Fausseté de Danti, le Tondo Pitti et l’Apollon-David de Michel-Ange qui ont traversé la cour pour rejoindre l’espace de l’exposition.

Vincenzo Danti - Côme Ier en Auguste - Florence, Museo Nazionale del Bargello
3. Vincenzo Danti (1530-1576)
Côme Ier en Auguste, vers 1572
Marbre - 280 cm
Florence, Museo Nazionale del Bargello
Photo : E. Passignat

Vincenzo Danti - L’Honneur triomphant de la Fausseté - Florence, Museo Nazionale del Bargello
4. Vincenzo Danti (1530-1576)
L’Honneur triomphant de la Fausseté, 1561
Marbre - 187 cm
Florence, Museo Nazionale del Bargello
Photo : Soprintendenza

   Avant d’entrer dans les salles à l’autre bout du portique, la longue bande ondulée nous invite à nous arrêter devant un premier marbre monumental enroulé dans une cloison en volute (ill. 3), une solution de forme déjà adoptée quelques mois plutôt à l’exposition Furini de l’autre côté de l’Arno à Pitti6. Certes, la découpe de la cloison permet de découvrir progressivement la statue de Côme Ier en Auguste, mais l’installation a tendance à gêner le visiteur qui pour le coup reste assez loin de l’œuvre, sans oser s’en approcher7. Du point de vue conceptuel, la statue de Côme constitue un bonne introduction à la sculpture de Vincenzo Danti en soulignant l’importance de ce commanditaire dans l’économie de l’œuvre du sculpteur. Très vite, on se sent cependant attiré par le groupe qui se profile dans l’encadrement de la porte du fond.

Vincenzo Danti - Léda et le cygne -Londres, Victoria and Albert Museum
5. Vincenzo Danti (1530-1576)
Léda et le cygne
Marbre - 138,3 x 65 x 45 cm
Londres, Victoria and
Albert Museum
Photo : V&A Image

Vincenzo Danti - Vénus anadyomène - Florence, Palazzo Vecchio, Studiolo de François Ier de Médicis (en dépôt au Museo Nazionale del Bargello)
6. Vincenzo Danti (1530-1576)
Vénus anadyomène, vers 1572-1573
Bronze - 98 cm
Florence, Palazzo Vecchio, Studiolo de François Ier de Médicis
(en dépôt au Museo Nazionale del Bargello)
Photo : Soprintendenza

   Dans la première salle, de surface assez réduite, on ne compte pas moins de onze sculptures dont la moitié de taille monumentale. Un premier espace est articulé autour de l’Honneur triomphant de la Fausseté, placé au centre de la pièce pour pouvoir en apprécier les multiples aspects (ill. 4). L’artiste s’exerce à un de ces sujets favoris, celui du dominant-dominé, inspiré du fameux Génie de la victoire de Michel-Ange. D’abord séduit par la pose gracieuse et désinvolte du jeune Honneur, un point de vue souligné par les commissaires puisque c’est celui que l’on voit de loin dès que l’on entre dans la cour du Bargello, le spectateur est invité à tourner autour de l’œuvre pour découvrir toute la violence de la scène. Il verra alors à quoi est réduit la figure de la Fausseté, soumise à des contorsions extrêmes, entortillée dans ces liens inextricables que l’Honneur serre de toutes ses forces. Un morceau de bravoure qui éleva le jeune Danti au rang de nouveau Phidias et qui constitue un véritable manifeste de l’esthétique maniériste fondée sur l’élaboration attentive des « vedute » (points de vue) de la statue. À côté de cette œuvre ont été placés un bozzetto en terre cuite et un bronzetto, réalisés sur le même thème mais avec d’évidentes variantes par rapport au marbre, ce qui rend la proximité de ces trois Honneur triomphant de la Fausseté très intéressante pour permettre les comparaisons. Les spécialistes se sont en effet longtemps demandé si la terre cuite était une œuvre préparatoire au marbre ou bien une dérivation ultérieure réalisée par le sculpteur. Claudio Pizzorusso répond à ce débat en proposant une nouvelle attribution : il s’agirait selon lui d’une œuvre de Valerio Cioli inspiré du groupe de Danti. Autre point délicat au niveau attribution, l’Apollon Pythien oublié de tous (en dépôt à l’Accademia delle Arti del Disegno) sauf de Detlef Heikamp qui l’étudia en 1997 et le rattacha à l’atelier de Danti : l’iconographie et le style pourrait cependant conforter l’hypothèse de l’attribution à Danti lui-même selon Claudio Pizzorusso. Notons encore à quelques pas de là la belle Léda avec le cygne longtemps considérée comme une œuvre de Michel-Ange (ill. 5), et aussi la Vénus anadyomène réalisée pour le Studiolo de François Ier de Médicis (ill. 6), placée ici à côté de l’Apollon-David de Michel-Ange pour en révéler la filiation.

Vincenzo Danti - Décollation de saint Jean-Baptiste - Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
7. Vincenzo Danti (1530-1576)
Décollation de saint Jean-Baptiste, 1570-71
Bronze - Salomé : 243 cm, Baptiste : 164,2 cm,
bourreau : 268 cm
Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
Photo : D. R.

Vincenzo Danti - Décollation de saint Jean-Baptiste, détail de Salomé - Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
8. Vincenzo Danti (1530-1576)
Décollation de saint Jean-Baptiste, 1570-71,
détail de Salomé
Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
Photo : D. R.

   Au-delà de ce premier espace circulaire, sont présentés les protagonistes de l’exposition, soit les grands bronzes du Baptistère. Après le Baptême du Christ sculpté par Sansovino entre 1502 et 1505, achevé par Danti en 1569, la Prédication de saint Jean-Baptiste par Francesco Rustici entre 1506 et 1511, Vincenzo Danti fut chargé de la dernière commission pour les portes du Baptistère entre 1570 et 1571 (ill. 7). Pour ne pas les extraire drastiquement de leur contexte d’origine les trois bronzes sont placés devant une grande reproduction photographique de la façade du Baptistère. Les trois figures sont remarquables pour la recherche des attitudes et le travail d’expressivité que le sculpteur a imprimé dans le bronze. Elles foisonnent de détails impossibles à déceler à leur emplacement habituel. Salomé esquisse un geste de répulsion en se courbant gracieusement tout en attendant la fin de l’exécution, le plateau sous le bras. Il ne faut surtout pas manquer d’observer sa coiffure complexe et très michelangelesque, dans laquelle se cachent des figurines (ill. 8). Quant au Baptiste au splendide visage recueilli et résigné (ill. 9), son attitude contrastée et crispée, quoiqu’élégante, trahit le frisson de la lame toute proche. Conçu selon une remarquable « figura serpentinata », un autre précepte fondamentalement maniériste, le corps du bourreau s’enroule pour prendre de l’élan, il est sur le point de frapper. Inpensable d’imaginer un tel regard en l’observant de loin sur la porte du Baptistère : ses yeux écarquillés sont comme effrayés par le geste qu’il est en train d’accomplir (ill. 10).

Vincenzo Danti - Décollation de saint Jean-Baptiste, détail du Baptiste - Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
9. Vincenzo Danti (1530-1576)
Décollation de saint Jean-Baptiste, 1570-71,
détail du Baptiste
Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
Photo : D. R.

Vincenzo Danti - Décollation de saint Jean-Baptiste, détail du bourreau - Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
10. Vincenzo Danti (1530-1576)
Décollation de saint Jean-Baptiste, 1570-71,
détail du bourreau
Florence, Battistero di San Giovanni, façade sud
Photo : D. R.

   La logique du parcours procède grosso modo de la typologie des œuvres de Danti : il était peu intéressant présenter les œuvres selon leur chronologie. Dans la première salle sont donc réunies les statues en marbre et en bronze, iconographie profane et religieuse séparées. Dans la seconde salle, on retrouvera le reste de la production du sculpteur, notamment les bas-reliefs. Seule exception à la règle, la Vierge à l’Enfant monumentale en marbre, provenant de la basilique de Santa Croce, qui vraisemblablement n’entrait plus dans la salle précédente avec la Décollation, et ne pouvait pas être placée entre les Vénus, Léda et Apollon. Elle s’intègre mieux dans la deuxième salle qui rassemble pour l’essentiel des œuvres du registre sacré. La Vierge à l’Enfant de Santa Croce, qui selon l’hypothèse de Charles Davis pourrait avoir été destinée à un projet de tombe pour Benedetto Varchi, est adossée à une paroi recouverte de reproductions photographiques. D’une part, le Saint Luc en stuc de Santa Croce; de l’autre le Monument funéraire de Charles de Médicis dans la cathédrale de Prato. Au-dessus, sont également reproduits l’Équité et la Rigueur (ill. 11) qui dérivent des fameuses tombes de Laurent et Julien de Médicis réalisées par Michel-Ange. Pour compenser l’absence de ces œuvres perchées devant la serlienne au bout de la cour des Offices et mettre en évidence leur filiation directe avec les tombes Médicis, on pourra voir les plâtres de l’Aurore et du Crépuscule, moulés en 1570 directement sur les marbres de Michel-Ange, par le frère du sculpteur, Egnazio Danti et Timoteo Refati. Vincenzo les emmena avec lui à Pérouse en 1573 et en fit don à l’Académie qu’il contribua à fonder la même année.


Vincenzo Danti - L’Equité et la Rigueur - Florence, piazzale des Offices
11. Vincenzo Danti (1530-1576)
L’Equité et la Rigueur, 1564-66
Marbre, - Hauteur : 2 m chacune,
Florence, piazzale des Offices
Photo : E. Passignat

Florence, Museo Nazionale del Bargello
12. Vincenzo Danti (1530-1576)
Moïse et le serpent d’airain, 1559
Bronze - environ 82 x 170 cm
Florence, Museo Nazionale del Bargello
Photo : Soprintendenza

   À part ces œuvres en ronde bosse qui occupent un espace non négligeable dans cette salle, que ce soit au sol pour les présentes ou sur les murs pour les absentes, ce sont les bas-reliefs qui doivent retenir toute l’attention du visiteur. En marbre, en bronze, en stuc ou en terre cuite, on y voit rassemblé toute la production connue du sculpteur. On peut ainsi comparer les deux différentes approches du thème de la Flagellation (celle du Musée Jacquemart-André à celle de Kansas City). Il faut aussi s’attarder un moment sur le surprenant Porte du coffre-fort de Côme Ier en bronze, coffre-fort dans lequel le duc conservait ses documents confidentiels à proximité de son Tesoretto dans le Palazzo Vecchio (appelé à l’époque « scrittoio segreto », soit bureau secret). Le chef-d’œuvre de Danti dans cette section, c’est le fameux Moïse et le serpent d’airain remarquable du point de vue technique (ill. 12). Des enquêtes scientifiques ainsi qu’un nettoyage sont actuellement en cours. Ce grand relief a été fondu d’une seule pièce en 1559, brut de fonderie puisque le sculpteur n’a pas effectué les habituelles opérations de finition de la surface, ce qui répond brillamment au « fare di getto » préconisé par Giorgio Vasari. On regrettera peut-être de ne plus pouvoir admirer l’arrière de ce bas-relief, visible jusqu’en 2006. Il était présenté dans la salle Michel-Ange perpendiculairement à une paroi, près du buste de Côme I de Médicis, et de la Florence triomphant de Pise de Giambologna. Désormais, l’œuvre du Flamand a envahi cette surface qui a été récupérée pour laisser plus d’espace à la Florence et au fameux Mercure volant. Encore une fois, Giambologna éclipse son contemporain…

   Le catalogue de l’exposition ne prétend pas supplanter les monographies de Summers (1970) de Santi (1989) et de Fidanza (1996), mais au contraire les prolonger et les compléter par des réflexions plus ponctuelles. Le lecteur doit cependant déjà avoir quelques notions de base sur le sculpteur et son époque, puisqu’il ne trouvera ni un essai consacré à la biographie du sculpteur, ni même une chronologie qui en rappellerait synthétiquement la carrière. Les essais deviennent l’intérêt principal du catalogue, on en compte onze, dont trois de la main de Charles Davis. À ceci s’ajoute un très intéressant carnet de quatre comptes rendus sur les restaurations des œuvres de Danti. Au final, sur les 400 pages et quelques du volume, il n’en reste qu’une soixantaine dédiées au véritable catalogue dont certaines fiches d’œuvre sont parfois très succinctes. Peut-être est ce dû au manque de temps prévu pour la préparation du catalogue comme le rappelle Charles Davis en début de note d’un de ses essais ? Mais les contributions réunies par lui et Beatrice Paolozzi Strozzi sont en contrepartie très intéressantes. Soulignons par exemple les réflexions de Marco Collareta sur le problème du sculpteur orfèvre et sur la place de l’orfèvrerie dans le débat sur la comparaison des arts ; l’état de la question du rapport du sculpteur avec Michel-Ange par Cristina Acidini ; la très copieuse contribution de Charles Davis sur les bas-reliefs de Danti. Une lecture légère et divertissante attend le lecteur de l’essai de Claudio Pizzorusso : l’auteur rend compte de son analyse de l’Honneur triomphant de la Fausseté sous la forme d’une enquête romancée où sont mis en scène un commissaire de police et un vieux professeur d’histoire de l’art.

   La dimension contenue du corpus exposé a l’avantage de ne pas décourager le visiteur qui peut apprécier pleinement chaque œuvre et prendre plaisir à les observer à plusieurs reprises, un luxe qui n’est pas de toutes les expositions où il est parfois impossible de revenir sur ses pas, que ce soit par la quantité des visiteurs ou par la longueur et la complexité du parcours. Si sous certains aspects, l’exposition Danti du Bargello a un peu moins soigné la communicabilité au public par rapport à l’exposition Giambologna, il n’empêche qu’elle présente un réel intérêt scientifique et permet de faire le point des connaissances sur ce sculpteur, ce qui encore une fois, n’est pas le cas de toutes les expositions. Le Bargello contribue ainsi à révaloriser un des « élèves de Michel-Ange », depuis longtemps considéré comme un imitateur, un épigone, un artiste de second plan, comme tous ceux du reste qui sont placés sous l’étiquette dépréciative du Maniérisme.

Emilie Passignat
(mis en ligne le 31 mai 2008)

1. L’expression est de Philippe Sénéchal dans son importante et toute récente monographie sur le sculpteur, Giovan Francesco Rustici : 1475 - 1554 ; un sculpteur de la Renaissance entre Florence et Paris, Paris, Arthena, 2007.
2. La fusion du Hercule et Antée de Danti échoua à trois reprises. L’art de la fusion du bronze n’était une opération simple pour aucun sculpteur: rappelons par exemple les péripéties de la fusion du Persée de Cellini qui faillit rater et incendia son atelier.
3. Giambologna, gli dei, gli eroi. Genesi e fortuna di uno stile europeo nella scultura, (Florence, Museo Nazionale del Bargello, 2 mars - 15 juin 2006), Florence, Giunti, 2006.
4. Le corpus de Danti est effectivement relativement réduit par rapport à celui de Giambologna : sur les 23 œuvres exposées, contre les 67 pour le Flamand, deux sont de Michel-Ange, une du frère de Danti d’après Michel-Ange, quatre sont d’attribution incertaine, et une autre est un moulage non daté d’après la capuche de la chape de la statue de Jules III.
5. Un spectacle proposé en parallèle à l’exposition qui fait écho à la Décollation de Danti: il s’agit de Erodiàs di Giovanni Testori, du 13 mai au 6 juin.
6. Un’altra bellezza, Francesco Furini (Florence, Museo degli Argenti, 22 décembre 2007-27 avril 2008), Florence, Mandragora, 2007.
7. La statue de Côme Ier en Auguste est en réalité restée à sa place habituelle dans le parcours muséal ; les cloisons servent donc à la rattacher au reste des œuvres de Danti.
8. Les bronzes monumentaux pour le Baptistère réalisés dix ans plus tard sont également brut de fonderie. Les travaux de restauration ont permis d’analyser la technique du sculpteur dans le modelage de la cire en relevant notamment des traces de gradine et des empreintes digitales.

English version

Sous la direction de Charles Davis et Beatrice Paolozzi Strozzi, I grandi bronzi del Battistero. L’arte di Vincenzo Danti, discepolo di Michelangelo, Giunti Editore, 408 p., 45 €. ISBN : 8809059026.

 

 

Informations pratiques : Museo Nazionale del Bargello, Via del Proconsolo, 4, Firenze. Tél : + 39 055 2388-606. Ouvert tous les jours sauf les deuxième et quatrième lundis de 8 h 15 à 18 h 00. Tarifs : 7 € (plein tarif) ; 3,50 € (tarif réduit).

Site de l'exposition

Site du Bargello