LETTRE D'INFORMATION
Chaque semaine,
soyez informé des nouveautés

ABONNEZ-VOUS

Catalogue livres d'histoire de l'art

LIVRES PROPOSES EN
PARTENARIAT AVEC
DESSIN ORIGINAL

 
Accueil
Editorial
Brèves
Expositions
Publications
Musées
Patrimoine
Débats
Acquisitions
Etudes
Artistes
Liens
Calendrier des expositions
Colloques
Courrier
Annonces
Archives
Nouvelles mises à jour
Contact
 

Paul Baudry 1828-1886. Les portraits et les nus

Les Lucs-sur-Boulogne, Historial de la Vendée, du 26 octobre 2007 au 3 février 2008.

Devenir peintre au XIXe siècle. Baudry, Bouguereau, Lenepveu 

La Roche-sur-Yon, Musée, du 13 octobre 2007 au 5 janvier 2008 (exposition terminée).

William Bouguereau - Zénobie trouvé par des bergers sur le bord de l'Araxe - Paris, ENSBA
1. William Bouguereau (1825-1905)
Zénobie trouvé par des bergers
sur le bord de l'Araxe
, 1850
Huile sur toile - 147 x 113 cm
Paris, Ensba
Photo : D. Rykner

   Le Musée de La Roche-sur-Yon, fermé depuis de nombreuses années, a organisé à la fin de l'an passé sa première grande exposition depuis celle qu'il dédia à Paul Baudry en 1986. Si le décorateur de l'Opéra de Paris y était à nouveau représenté, il était accompagné des toiles de quelques-uns de ses condisciples, puisqu'il s'agissait d'évoquer le parcours des jeunes peintres les menant de l'école des beaux-arts au Prix de Rome.

   Cette exposition, que nous avons visitée dans ses derniers jours, est hélas terminée, mais il reste le petit ouvrage qui l'accompagnait, davantage un livre sur la formation des artistes qu'un catalogue proprement dit.
   L'accrochage permettait de découvrir, grâce à des œuvres du musée lui-même, de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts et de collections particulières, la manière dont les peintres apprenaient leur métier dans la seconde moitié du XIXe siècle, un enseignement qui devait, pour les plus chanceux ou les plus talentueux d'entre eux, être couronné par le Prix de Rome. Le séjour de cinq ans dans la ville italienne, du moins l'espéraient-ils, devait leur assurer à leur retour en France, l'obtention des meilleures commandes.

Jules-Eugène Lenepveu - La confrérie de saint Roch à Venise se rendant à sain Marc le jour de la Fête-Dieu - Angers, Musée des Beaux-Arts
2. Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898)
La confrérie de saint Roch à Venise se
rendant à sain Marc le jour de la Fête-Dieu

Huile sur toile - 71,5 x 101 cm
Angers, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner

   La présentation se voulait très didactique. Elle détaillait les étapes qui menaient, des différents concours, à celui, ultime et le plus prestigieux, du Grand Prix. A Rome même, les lauréats, souvent des artistes confirmés âgés de près de trente ans, étaient à nouveau obligés de se plier à des contraintes d'élèves en exécutant chaque années, selon des programmes bien définis, des œuvres envoyées pour jugement à l'Académie des Beaux-Arts à Paris.
   Parmi les tableaux exposés, on citera outre les Prix de Rome de Lenepveu, Baudry et Bouguereau, de nombreuses esquisses ainsi que des copies d'après les maîtres, autre exercice imposé. Oublions Baudry dont nous parlerons plus loin et attachons nous un instant à Bouguereau, un peintre plus attachant dans sa jeunesse qu'il ne le fut par la suite, dont on appréciera le Prix de Rome1 (ill. 1) ou la belle figure du Dédain (Paris, Ensba) et surtout à Jules-Eugène Lenepveu. Plusieurs tableaux de ce dernier appartiennent au musée d'Angers, qui possède son fonds d'atelier, et c'était l'occasion de les découvrir car il n'en expose malheureusement presque aucun. On appréciera particulièrement les qualités de La confrérie de saint Roch à Venise se rendant à sain Marc le jour de la Fête-Dieu (ill. 2), témoignage des voyages en Italie que les pensionnaires de la Villa étaient autorisés à effectuer pendant leur séjour.
   Le catalogue rappelle à juste titre que l'obtention du Prix de Rome n'impliquait pas nécessairement une carrière pavée de succès. Nombre de lauréat sombrèrent rapidement dans l'oubli alors que beaucoup d'artistes « officiels » s'en passèrent fort bien comme Horace Vernet ou Paul Delaroche. Un succès au Salon permettait bien souvent d'atteindre la célébrité plus sûrement que l'exil romain.

Jules-Eugène Lenepveu - La confrérie de saint Roch à Venise se rendant à sain Marc le jour de la Fête-Dieu - Angers, Musée des Beaux-Arts
3. Vue de l'exposition Paul Baudry à l'Historial de Vendée
Photo : D. Rykner

   Indépendamment, mais presque simultanément, le musée Historial de la Vendée, à quelques kilomètres de La-Roche-sur-Yon organise une nouvelle exposition Paul Baudry. Loin de se contenter des portraits et des nus - d'ailleurs l'essentiel dans l'œuvre du peintre - il s'agit en réalité d'une véritable rétrospective. Les décors, dont bien sûr son grand œuvre, le décor de l'Opéra, sont évoqués grâce à un film réalisé à cette occasion et par la présentation de dessins et d'esquisses préparatoires. Quant au catalogue, il restera comme le livre le plus complet paru sur l'artiste à ce jour. Répertoriant tous les portraits connus, et pas uniquement ceux présentés dans l'exposition, il s'intéresse également à tous les aspects de la carrière du peintre.
   Si l'Historial, à la fois éco-musée, musée d'arts et traditions populaires et musée des beaux-arts, est abrité dans une architecture très contemporaine faite de plusieurs espaces dont l'organisation peut-être modifiée régulièrement, la partie consacrée à l'exposition Baudry est aménagée de manière classique (ill. 3), sur des fonds colorés qui mettent bien en valeur les tableaux. Leur nombre ainsi que celui des dessins exposés est considérable, plusieurs œuvres inédites ont été retrouvées et certaines acquises récemment par le musée2.

Paul Baudry - Portrait de Jules Badin - Rouen, Musée des Beaux-Arts
4. Paul Baudry (1828-1886)
Portrait de Jules Badin, 1880
Huile sur toile - 107 x 82 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner

   Baudry est un portraitiste important qui ne se limite pas à une seule formule. Sa culture picturale est étendue et il s'inspire tout autant des peintres italiens du XVIe siècle, comme en témoignent les portraits de Jules Badin (cat. 24 ; ill. 4) ou celui d'Eugène Guillaume, qui regardent vers les maniéristes florentins, que de Holbein auquel renvoie incontestablement Le Portrait d'Edmond About (cat. 29), ou d'Ingres qu'évoquent Le portrait de Madeleine Brohan de la Comédie-Française (cat. 92) et l'effigie de M. de Vergès (cat. 84). Mais l'artiste sait également faire œuvre originale. Il détache souvent ses modèles sur des fonds de couleur pure, vert ou bleu, n'hésitant pas à utiliser son pinceau d'une manière très libre, aux antipodes de l'Académisme: le Portrait de Mme Edmond About (cat. 38) en est un bon exemple.

   De cet ensemble, on retiendra deux chefs-d'œuvre : Le Portrait de Guizot (cat. 43) du Musée de La-Roche-sur-Yon, véritable morceau de bravoure exécuté dans une palette réduite à trois tons, et celui de Charles Garnier (cat. 46 ; ill. 5), son ami auquel il restera lié pour l'éternité grâce à leur collaboration si fructueuse à l'Opéra. On ne reviendra pas ici sur ce décor auquel nous avions consacré un reportage photographique très complet à l'occasion de sa restauration.


5. Paul Baudry (1828-1886)
Portrait de Charles Garnier, 1868
Huile sur toile - 107 x 82 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : D. Rykner

Paul Baudry - La Toilette de Vénus - Bordeaux, Musée des Beaux-Arts
6. Paul Baudry (1828-1886)
La Toilette de Vénus, 1859
Huile sur toile - 136 x 84 cm
Bordeaux, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner

   Au Salon de 1863, deux nus attiraient l'attention : La Perle et la vague de Paul Baudry, aujourd'hui conservé au Prado et La Naissance de Vénus d'Alexandre Cabanel (Musée d'Orsay). L'œuvre de Baudry, ici exposée (cat. 44), est incontestablement supérieure à celle de son rival3. Montrer les « nus » permet sans peine de représenter l'autre face de sa peinture, la mythologie galante, un rien érotique, qui vaut à son auteur sa réputation de « pompier », terme d'ailleurs vide de sens qui regroupe sous un même qualificatif des peintres de premier plan, dont il fait partie, et d'autres nettement moins inspirés. On comprend ce qui peut rebuter un regard contemporain dans des toiles telles que La Fortune et le jeune enfant4 , synthèse pourtant réussie de Corrège, de Titien et de Léonard de Vinci comme le revendiquait le peintre ou La Toilette de Vénus (cat. 101 ; ill. 6). Il faut oublier leur caractère un peu superficiel, trop gracieux, et en admirer la technique.

   Le plafond du foyer de l'Opéra qu'il exécuta seul, sans l'aide d'un atelier, tel Michel-Ange travaillant à la Sixtine, et son œuvre entier qui porte si fortement la marque de l'Italie témoignent de l'ambition de Paul Baudry. Malgré ce regard sur le passé, il se révèle pleinement de son temps, représentant exemplaire d'un courant parallèle à l'Impressionnisme qu'il serait absurde de lui opposer. Notre époque semble enfin pouvoir regarder cette peinture. Le Vendéen Baudry, qui fit carrière à Paris, déjà honoré par La Roche sur Yon et par le musée Hébert il y a quelques années dans une exposition relativement réduite, trouve enfin une rétrospective qui lui rende pleinement honneur. Il est incontestablement un des excellents peintres français de la seconde moitié du XIXe siècle.

Didier Rykner
(mis en ligne le 23 janvier 2008)

1. Il obtint en réalité le second Grand Prix après Paul Baudry, qui lui valut également le voyage de Rome.
2. Nous reviendrons sur les acquisitions de l'Historial de Vendée dans une prochaine brève.
3. Il est dommage que cet excellent peintre qu'est Alexandre Cabanel soit surtout connu du grand public par La Naissance de Vénus, une toile réellement médiocre.
4. Paris, Musée d'Orsay. Le tableau n'est pas présenté à l'Historial mais l'était à La Roche-sur-Yon.

English version

Alain Bonnet, Véronique Goarin, Hélène Jagot et Emmanuel Schwartz, Devenir peintre au XIXe siècle. Baudry, Bouguereau, Lenepveu, Editions Fage, 2007, 128 p., 20 €. ISBN : 978-2-84975-061-2.

 

 

Sous la direction de Christophe Vital, Paul Baudry 1828-1886. Les portraits et les nus, Somogy Editions d'Art, 2007, 320 p., 35. ISBN : 978-2-7572-0099-5.

 

Informations pratiques : Historial de la Vendée, 85170 Les Lucs-sur-Boulogne. Tél : + 33 (0)2 51 47 61 61 Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 18 h. Tarif : 10€ (tarif plein), 5€ (tarifs  réduits)
Site de l'Historial