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Pompeo Batoni (1708-1787)

Londres, National Gallery, du 20 février au 18 mai 2008. Puis Lucques, du 12 septembre au 12 décembre 2008. L'exposition a été auparavant montrée au Museum of Fine Arts de Houston du 21 octobre 2007 au 27 janvier 2008.

Pompeo Batoni - La Vision de Saint Philippe Néri - Rome, Galleria Nazionale d'Arte Antica, Palazzo Barberini
1. Pompeo Batoni (1708-1787)
La Vision de Saint Philippe Néri,
vers 1733-1734
Huile sur toile - 200 x 140 cm
Rome, Galleria Nazionale d'Arte Antica,
Palazzo Barberini
Photo : D. Rykner

   Tous les anglais de passage à Rome dans le cadre du Grand Tour, ce voyage en Europe que chaque aristocrate se devait d'avoir effectué, voulaient avoir son portrait par lui. C'est sans doute pour cette raison que Pompeo Batoni, l'un des plus grands peintres italiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle, est encore connu en Grande-Bretagne et qu'il y est célébré aujourd'hui, alors que son nom n'évoque plus rien pour la plupart des Français. Seuls quelques amateurs savent l'importance de cet artiste, héritier direct des grands peintres classiques. Au moment où le baroque jette ses derniers feux en Italie, Batoni esquisse la transition qui mènera au néoclassicisme.

   Remarquablement présentée, comme toujours à la National Gallery, la rétrospective1 commence par les tableaux de jeunesse. A l'exception du Triomphe de Venise (Raleigh), peint pour un commanditaire de la Sérénissime en 1737 dans lequel Batoni se fourvoie un peu avec une composition trop complexe où il cherche à imiter le style des peintres de la lagune, on retrouve déjà dans ces toiles les caractéristiques bien analysées dans le catalogue : « figures d'une beauté et d'une grâce frappantes ; dessin méticuleux et pose élégante ; une palette lumineuse vibrante, se distinguant par de subtiles jeux de couleurs : effets de lumière éblouissants, créant une atmosphère d'intensité émotionnelle sans être trop théâtral ; et une recherche très poussée du détail frôlant parfois l'obsession. »2 La technique est exceptionnelle et les tableaux sont dans un état remarquable état de conservation.

Pompeo Batoni - Le Mariage mystique de sainte Catherine avec saint Jérôme et sainte Lucie - Rome, Palazzo del Quirinale
2. Pompeo Batoni (1708-1787)
Le Mariage mystique de sainte
Catherine avec saint Jérôme et sainte Lucie

1780
Huile sur toile - 420 x 220 cm
Rome, Palazzo del Quirinale
Photo : D. Rykner

Pompeo Batoni - L'Extase de sainte Catherine de Sienne - Lucques, Museo Nazionale di Villa Guinigi
3. Pompeo Batoni (1708-1787)
L'Extase de sainte Catherine de Sienne, 1743
Huile sur toile - 280 x 220 cm
Lucques, Museo Nazionale di Villa Guinigi
Photo : Service de presse

   Les influences sont multiples, ce qui n'empêche pas le peintre de trouver rapidement son style. Raphaël bien sûr, Andrea Sacchi (ill. 1), Carlo Maratta et Guido Reni sont ses modèles les plus évidents, pour l'essentiel issus de la tradition classique même s'il regarde aussi du côté de Parmesan dont la Sainte Famille de la Pinacothèque Capitoline s'inspire manifestement ou de Corrège avec Le Mariage Mystique de sainte Catherine avec saint Jérôme et sainte Lucie (ill. 2) du Palais du Quirinale à Rome. Ses grands retables (L'Extase de sainte Catherine de Sienne, ill. 3) sont d'un baroque mesuré, apaisé, qu'on peut parfois rapprocher de l'art de Pierre Subleyras comme cela est frappant dans le magnifique Bienheureux Bernardo Tolomei soignant une victime de la peste (ill. 4).


Pompeo Batoni - Le Bienheureux Bernardo Tolomei secourant une victime de la peste - Milan, San Vittore al Corpo
4. Pompeo Batoni (1708-1787)
Le Bienheureux Bernardo Tolomei
secourant une victime de la peste
, 1745
Huile sur toile - 261 x 173 cm
Milan, San Vittore al Corpo
Photo : D. Rykner

Pompeo Batoni - Le Colonel William Gordon - Aberdeenshire, Fyvie Castle, The National Trust of Scotland
5. Pompeo Batoni (1708-1787)
Le Colonel William Gordon, 1765-1766
Huile sur toile - 259 x 187,5 cm
Aberdeenshire, Fyvie Castle, The National
Trust of Scotland
Photo : Service de presse

   La manière de Batoni évolua peu au cours de sa carrière. Si les tableaux religieux et mythologiques constituent une part importante de sa production, qu'on a parfois tendance à négliger au profit des portraits, ce sont évidemment ces derniers qui font l'essentiel de la réputation de leur auteur. Et celle-ci n'est pas usurpée comme le montre la sélection des toiles présentées par la National Gallery. (seules quelques rares œuvres de la fin de sa vie, un peu plus faibles, font exception). Batoni est incomparable pour saisir la physionomie de ses commanditaires. S'il emploie une formule quelque peu répétitive, qui place ceux-ci presque systématiquement dans un environnement italien, agrémenté d'antiques, il ne tombe jamais dans la monotonie. Il varie les attitudes et possède un sens inné de la composition. Certains de ces portraits sont inoubliables et la salle centrale de l'exposition réunit quelques-uns de ses plus grands chefs-d'œuvre : Le Colonel William Gordon (ill. 5) dans son habit écossais, sabre à la main qui semble dialoguer d'égal à égal avec Rome, représentée par une statue antique sur fonds de Colisée ; Charles Compton, 7th Earl of Northompton jouant avec son chien, un animal souvent présent dans ce type de tableau ou encore le triple Portrait de Sir Watkin Williams-Winn, Thomas Apperley et du capitaine Edward Hamilton (ill. 6).

Pompeo Batoni - Sir Watkin Williams-Winn, Thomas Apperley et du capitaine Edward Hamilton - Cardiff, National Museum Wales
6. Pompeo Batoni (1708-1787)
Sir Watkin Williams-Winn, Thomas
Apperley et du capitaine Edward
Hamilton
, 1768-1772
Huile sur toile - 289 x 196 cm
Cardiff, National Museum Wales
Photo : Service de p
resse

   Batoni n'est pas seulement le peintre des britanniques en Italie, il est aussi celui des monarques européens, à l'exception notable des français. Bien qu'il ne se soit jamais rendu dans notre pays, son style mesuré a pourtant quelque chose qui évoque parfois Le Sueur, Poussin comme dans La Mort de Méléagre (ill. 7) ou Le Brun avec Alexandre et la Famille de Darius (Potsdam, non présenté dans l'exposition). A son tour, le Portrait de Sir Humphrey Morice (ill. 8), assis dans un paysage, tableau de format horizontal, a peut-être influencé Louis Gauffier et François-Xavier Fabre qui, quelques années plus tard, reprendront cette mise en page très originale.

Pompeo Batoni - La Mort de Méléagre - Collection particulière
7. Pompeo Batoni (1708-1787)
La Mort de Méléagre, 1740-1743
Huile sur toile - 135 x 95 cm
Collection particulière
Photo : Service de pre
sse

Pompeo Batoni - Sir Humphrey Morice - Norton Conyers, North Yorkshire, Sir James and Lady Graham
8. Pompeo Batoni (1708-1787)
Sir Humphrey Morice, 1761-1762
Huile sur toile - 117,5 x 172,8 cm
Norton Conyers, North Yorkshire,
Sir James and Lady Graham
Photo : Service de presse

   Le catalogue n'en est pas vraiment un. Il se rapproche davantage d'une biographie, d'ailleurs passionnante. Rien n'y est fait malheureusement pour en rendre pratique la lecture : les numéros des figures ne renvoient pas à ceux des œuvres présentées et il est difficile de savoir si tel ou tel tableau illustré était ou non montré dans l'un des deux musées ayant accueilli la rétrospective. Il est tout aussi malaisé, sans avoir à feuilleter le livre et confier cette recherche à la chance, de trouver la page où une œuvre exposée est reproduite, encore moins celle où elle est analysée. Il serait temps qu'un jour les éditeurs comprennent que, parfois, les livres qu'ils publient ont des lecteurs et que ceux-ci deviennent suffisamment rares pour qu'on cesse de les traiter comme quantité négligeable.

   On ne peut terminer sur cette note négative. ll faut insister sur la magnifique réussite d'une exposition qui devrait voir les foules se précipiter. Ce n'est, hélas, pas le cas. Les salles restent désespérément vides, prouvant que les Anglais ne sont parfois guère plus curieux que les Français. Conseillons à ces derniers de se jeter dans le premier Eurostar pour découvrir un artiste de premier plan. Et ils pourront toujours, s'il leur reste du temps, aller voir les autres expositions actuellement à Londres, dont celle consacrée à Thomas Hope (voir l'article, voir aussi notre calendrier).

Didier Rykner
(mis en ligne le 28 mars 2008)

1. Celle-ci ne comprend aucune œuvre graphique, ce qui est un peu dommage, l'artiste étant un grand dessinateur. Le catalogue en reproduit cependant quelques-unes.
2. « figures of arresting beauty and gracefulness, meticulously drawn and elegantly posed; a vibrantly luminous palette, distinguished by a subtle interplay of colours; dazling light effects, creating an atmosphere of emotionnal intensity without being overly theatrical; and a painstakingly detailed finish almost bordering on obsession. »

Edgar Peters Bowron and Peter Björn Kerber, Pompeo Batoni. Prince of Painters in Eighteenth-Century Rome, Yale University Press, 230 p., £25 (broché), £40 (relié). ISBN : 978-0-89090-158-8 (broché) ; 978-0-30012-680-8 (relié).


Informations pratiques : The National Gallery, Trafalgar Square
London WC2N 5DN. Tél : + 44 (0) 20 7747 2885. Ouvert tous les jours de 10 h 00 à 18 h 00, le mercredi jusqu'à 21 h 00. Entrée de l'exposition payante (le reste du musée est gratuit).

Site de la National Gallery.

Transeurope organise des séjour à Londres pour voir l'exposition.