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Renoir Landscapes 1865-1883
Londres, National Gallery, du 21 février au 20 mai 2007. Puis, Ottawa, Musée des Beaux-Arts du Canada, du 8 juin au 9 septembre 2007, et Philadelphie, Museum of Art, du 30 septembre 2007 au 6 janvier 2008.


1. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
La Grenouillère, 1869
Huile sur toile - 81 x 66 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : The National Art Museums of Sweden
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Avec une extrême sobriété, la National Gallery de Londres accueille une soixantaine de paysages de Renoir, selon un découpage et une disposition chronologiques stricts. Les œuvres présentées sont circonscrites au cadre des années 1865-1883, ce qui permet au visiteur de visualiser comment Renoir, progressivement, s’émancipe du modèle de Courbet, et trouve son (ou ses) style(s) personnel(s). La démonstration s’interrompt en 1883, au moment où le voyage en Italie, effectué en 1881-1882, et la leçon de Raphaël ont été assimilés par l’artiste : ce sera ensuite le temps des Grands Baigneuses ingresques, où le dessin prendra le pas sur la couleur, et où la figure l’emportera sur le paysage dans la production du peintre. Cette période correspond également à la fin de l’impressionnisme en tant que mouvement coordonné autour d’expositions régulières (la dernière a lieu en 1886, mais peu de membres « historiques » y participent).
2. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
La Yole, 1875
Huile sur toile - 92 x 71 cm
Londres, National Gallery
Photo : The National Gallery London |
Les quatre salles gris taupe de l’institution londonienne matérialisent les grandes étapes de l’évolution stylistique de la peinture de Renoir, et, à travers elle, dressent la protohistoire de la peinture impressionniste. Avatar de Courbet et des peintres de Fontainebleau à ses débuts (Jules Lecœur et ses chiens dans la forêt de Fontainebleau, 1866, Museu de Arte de São Paulo), Renoir trouve rapidement sa voie grâce à l’émulation qu’il entretient avec Monet, avec lequel il part peindre en plein air. L’étape de La Grenouillère, en 1869, est fondamentale, et c’est un des intérêts majeurs de l’exposition que de pouvoir contempler côte à côte la toile de Monet, conservée à la National Gallery, et celle de Renoir, provenant du Nationalmuseum de Stockholm, exécutées ensemble, sur le même motif. Là où Monet synthétise et s’attache aux aspects plastiques du sujet, Renoir, qui se dit « peintre de figures », peint une scène avec des personnages toujours en interaction : pour l’artiste, le paysage est « sociabilisant » (Vue de Bougival, 1873, Milwaukee Art Museum). Rarement la figure humaine est totalement absente des paysages de Renoir ; souvent, elle est intégrée dans une nature bienveillante, solaire, liée aux plaisirs et à la villégiature (La Yole, 1875, Londres, National Gallery).
3. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Jardin dans la rue Cortot , 1876
Huile sur toile - 152 x 97 cm
Pittsburg, Carnegie Museum of Art
Photo :
Carnegie Museum of Art, Pittsburgh |
C’est dans sa capacité à rendre la qualité de la lumière et la texture de l’air, que Renoir révèle le mieux son talent : L’Abreuvoir (1873, collection particulière) est une majestueuse variation sur le vert et le mordoré, où le peintre semble avoir voulu faire sentir au spectateur le vent balayant les hautes herbes. Jardin dans la rue Cortot, Montmartre (1876, Pittsburgh, Carnegie Museum), dans un format inhabituel, est une luxuriante, voire, selon l’un des commissaires de l’exposition, Colin B. Bailey, « warholienne » explosion de couleurs sur le thème floral.
4. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Baie de Naples (matin), 1881
Huile sur toile - 59,7 x 81,3 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art, New York |
Ici, la pluralité des styles de Renoir étonne : de la touche légère à la pâte épaisse, des couleurs terreuses aux tons acides, l’artiste semble vouloir expérimenter tous les modes d’expression de la peinture. Autour de 1880, les compositions et les associations colorées se complexifient (Paysage à Wargemont, 1879, Toledo Museum of Art), pour atteindre un apogée d’énergie dans les paysages d’Afrique du Nord (Le Ravin de la femme sauvage, 1881, Paris, musée d’Orsay), où, trente ans avant Matisse, Renoir reçoit le choc de la lumière et des couleurs méditerranéennes. Le passage à l’Estaque, chez Cézanne, donne plus de force encore à sa peinture, et avant le retour annoncé au classicisme de la fin des années 1880, Renoir parfois épaissit sa pâte, qu’il applique avec une grande liberté sur la toile (La Vague, 1882, Memphis, Dixon Gallery and Gardens). Ailleurs, pourtant, la touche est translucide et les couleurs pastel évoquent celles des futurs néo-impressionnistes (La Baie de Naples (matin), 1881, New York, Metropolitan Museum). Dans Piazza San Marco, Venise (1881, Minneapolis Institute of Arts), les formes sont irradiées par une lumière impitoyable, les couleurs acides sont totalement arbitraires. C’est à cette violence de la sensation, bien plus de forte dans les paysages de Renoir que dans ses portraits, souvent affectés, de la bonne société, que nous confronte l’exposition de la National Gallery.
Magali Lesauvage
(mis en ligne le 6 mars 2007)
Commissariat : Colin B. Bailey, conservateur à la Frick Collection, New York ; Christopher Riopelle, conservateur des Peintures du XIXe siècle à la National Gallery, Londres
Catalogue en français, Les Paysages de Renoir 1865-1883, coédition National Gallery, Londres, et 5 continents, Milan, 2007, 304 p., 60 €. ISBN : 88-7439-373-3.

Site de la National Gallery de Londres
Site du Musée des Beaux-Arts du Canadae, Ottawa
Site du Philadelphia Museum of Art
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