| Pittura napoletana del Seicento dalle collezioni medicee
Florence, Musée des Offices, du 19 juin 2007 au 6 janvier 2008.

1. Batistello Caracciolo (1578-1635)
Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste, c. 1615-1620
Huile sur toile - 132 x 156 cm
Florence, Galleria degli Uffizi
|
Voilà une exposition réellement passionnante, de trente-huit tableaux, et un catalogue non moins remarquable : le plaisir du visiteur n’est pas gâché par la muséographie déplorable, les toiles, privées de la lumière du jour, étant véritablement plombées par le revêtement noir des murs et victimes, il n’y a pas d’autre mot, d’une dramatisation exaspérante.
L’initiative d’Antonio Natali, le nouveau directeur de la Galerie des Offices – signalons son importante introduction avec le réexamen d’un superbe tableau caravagesque anonyme de ce musée qu’il est tenté d’attribuer à Ribera – renoue avec les expositions bilans qu’avaient organisé avec succès la Surintendance de Florence dans les années 1970 et dont certaines sont restées célèbres (en 1970, les Caravagesques, en 1975 l’école de Bologne, en 1977, la peinture française,…). L’exposition de tableaux napolitains est servie par la science de Elena Fumagalli qui avait donné, rappelons-le, un beau texte sur Poussin et ses amis romains dans la rétrospective consacrée au peintre (Paris, 1994).
Trois temps forts scandent cette présentation qui a pris place dans la dernière partie du circuit de visite du musée : la période naturaliste avec des œuvres de Caracciolo et de Ribera, un ensemble de toiles de Salvator Rosa puis une réunion de toiles de Luca Giordano. Le visiteur peut bien sûr prolonger sa visite en allant voir les décors que ce dernier réalisa pour la galerie Medici Riccardi ou la chapelle dédiée à Andrea Corsini dans l’église Santa Maria del Carmine dans la même ville.

2. Luca Giordano (1634-1705)
Le Jugement de Pâris, 1685-1686
Huile sur toile - 188 x 215 cm
Rome, Galleria Pallavicini
|
Les tableaux exposés sont d’un haut niveau pictural. Le catalogue (la longue introduction d’Elena Fumagalli et les notices) approfondit trois domaines : les historiques, l’iconographie et les analyses de style.
Pour les historiques, E. Fumagalli et les chercheurs ont bénéficié de très belles recherches entreprises par Haskell (1966), Meloni Trkulja (1972 et 1975), Chiarini (1975), Borroni Salvadori (1974), Mascalchi (1984). Les publications de M. Fileti Mazza1 ont été également précieuses. La dynastie des Médicis a soutenu Salvator Rosa : déjà en 1647, Giovanni Carlo, frère de Ferdinand II, possédait dix-sept tableaux de lui dans son Casino degli Orti Oricellari, via della Scala et la collection fut complétée en 1720 par des achats réalisés par Ferdinand III de Lorraine (Le pont cassé, La Marine des Tours, Paysage avec philosophes, respectivement cat. 12, 13 et 17). Des historiques ont été précieusement complétés : Salomé avec la tête de Jean-Baptiste (ill. 1 ; cat. 2) peint par Caracciolo, provient très vraisemblablement de la collection du cardinal Francesco Maria del Monte, mort en 1627 ; deux tableaux de Luca Giordano, Le Jugement de Pâris (ill. 2) et La Mort de Lucrèce (cat. 34 et 35) ont été donnés vers 1686 par la grande duchesse Vittoria della Rovere à son fils et ce n’est que bien plus tard qu’ils entrent dans la collection Pallavicini à Rome, ce qu’ignorait Federico Zeri (1959).
Les nouvelles approches dans le domaine iconographique sont passionnantes. E. Fumagalli ne le dit pas, mais on le lit entre les lignes : les descriptions de Baldinucci et de ses contemporains restent vagues (cf par exemple le Mensonge, cat. 16). Dans ce dernier tableau, le philosophe ne désigne pas avec son index le masque, mais son cœur, geste « che sottolinerebbe l’obbligo di scelta tra la maschera indispensibile nella vita pubblica e i veri sentimenti, coltivati nella sfera privata ». Le tableau du musée de Vienne (cat. 19) ne représente pas Le départ d’Astrée, mais bien Le retour d’Astrée…

3. Nicola Russo (vers 1656-1702 ou 1703)
Fiera Contadina, 1682-1690
Huile sur toile - 200 x 311 cm
Florence, Gallerie (en dépôt à Livorno, Municipio)
|
Dans le domaine de l’analyse stylistique des œuvres, de nouvelles datations sont proposées. Un tableau, Fiera Contadina (ill. 3 ; cat. 33) est désormais rendu à Nicola Russo.

4. Salvator Rosa (1615-1673)
La Conjuration de Catilina, avant août 1663
Huile sur toile
Florence, Museo di Casa Martelli
|
Deux artistes dominent cette exposition : Salvator Rosa et Luca Giordano ; du premier, disons que sa Conjuration de Catilina (ill. 4 ; cat. 29) est un tableau qui nous conduit jusqu’à David, Benjamin West et Füssli.
Le second est victime de nombreux préjugés : on ne peut qu’être frappé par « l’intelligence » de son style : telle œuvre (le Miracle de Saint Nicolas de Tolentno, Florence, galerie Corsini, non présenté à l’exposition) contient en germe tout Paolo de Matteis, telle autre Sebastiano Ricci ( La Transfiguration du Christ, cat. 25). Que dire aux lecteurs français pour qu’ils abandonnent ne serait-ce que quelques instants, leurs préjugés à l’égard du « Fa Presto » ? Deux choses. Les artistes italiens du Seicento étaient encore très appréciés à l’époque de David : Wicar grave Luca Giordano et Vivant-Denon Salvator Rosa. Et puisque nous faisons allusion à Wicar, il est pour le moins curieux de constater que la grande entreprise de la Galerie de Florence n’est pas citée par cette jeune équipe d’historiens de l’art ; ainsi Masquelier grave L’Enlèvement de Déjanire de Giordano (cat. 36), Audoin grave un Autoportrait de Rosa et enfin F. Dequevauviller grave la Tentation de saint Antoine du même Rosa (cat. 15)2. Ne pourrions-nous pas être aussi curieux que Vivant-Denon ? Luca Giordano, décidément, est le grand méconnu ; l’artiste sait varier son style et s’adapter à la demande du commanditaire. Prenons le cas de deux tableaux d’autel peints pour une église florentine, L’Immaculée Conception et le Saint François avec les stigmates, le premier a rejoint la Galleria Platina, le second est resté in situ dans l’église de Montelupo Fiorentino (cat. 26 et 27) : les deux œuvres résultent d’une commission de Côme III de Medicis passée à l’artiste en décembre 1687. Ce qui frappe, c’est que l’artiste sait changer de « ton » : autant le premier constitue un hommage à Guido Reni, autant le second est d’une exécution plus personnelle, peint avec une grande rapidité, surtout dans la partie supérieure traitée comme un vrai bozzetto ; le commanditaire avait fixé des exigences : « il san Francesco si vorrebbe in bella postura e d’aspetto languente per il dolor delle ferite e per la dolcezza della grazia che in esse ricevette, entro un bello squarcio di paese a capriccio del professore… ». Et Luca Giordano sait y répondre.
Arnauld Brejon de Lavergnée
(mis en ligne le 12 décembre 2007)
1. Archivio del collezionismo mediceo. Il cardinale Leopoldo.Volume quarto. Rapporti con il mercato di Siena, Pisa, Firenze, Genova, Milano e Napoli, 2000.
2. Cf. la lecture si instructive de l’article de Chiara Savattieri, « La Galerie de Florence de J.B. Wicar et Antoine Morgez : tradition et originalité à l’époque de la Révolution » in M.T. Caracciolo et G. Toscano (éds), Jean-Baptiste Wicar et son temps 1762-1834, éd. Septentrion Presses Universitaires, 2007, p. 123-152.
English version
Elena Fumagalli, Filosofo umore e maravigliosa speditezza (Pittura napoletana del Seicento dalle collezioni medicea), Giunti, 2007, 240 p., 32 €. ISBN: 8809054105
Informations pratiques : Florence, Galleria degli Uffizi. Tél : +39 055 2388651. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 8 h 15 à 18 h 50. Tarif : 10 € (tarif plein), 5 € (tarif réduit).
Site de l'exposition
|