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Petits portraits, grands personnages. Miniatures des XVIe au XIXe siècles du musée Condé

Chantilly, Musée Condé, du 19 septembre 2007 au 7 janvier 2008

Jean-Baptiste-Jacques Augustin - Marie-Gabrielle de Sinéty, duchesse de Gramont-Caderousse - Chantilly, Musée Condé1. Jean-Baptiste-Jacques Augustin (1759-1832)
Marie-Gabrielle de Sinéty,
duchesse de Gramont-Caderousse
Aquarelle et gouache sur ivoire - Diam : 7,2 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN/R.G. Ojéda

   Souvent considérée comme un art mineur, la miniature est en général perçue comme l’œuvre d’un bon artisan et non comme celle d’un véritable créateur. Son statut, entre objet d’art et peinture, ne facilite d’ailleurs pas sa reconnaissance à un rang élevé dans l’échelle artistique. Pourtant, du XVIe au XIXe siècle, la miniature a constitué une discipline majeure, tant par sa fonction sociale, souventla représentation en petit format de l’être ou du lieu aimé, que par ses qualités artistiques.

   La miniature trouve sa source dans l’enluminure. Ce terme ne dérive d’ailleurs pas du latin minimus, superlatif de parvus (petit), mais de rouge minium (rouge de plomb), couleur des lettrines dans les manuscrits du Moyen-Âge. Elle se développe au XVIe siècle sur vélin, la peau très fine du veau mort-né. A partir du XVIIe siècle, les artistes recourent à des supports plus variés, comme le cuivre et le papier. Vers 1700, l’introduction de l’ivoire par la vénitienne Rosalba Carriera opère une révolution technique qui conduit à l’apogée de la miniature entre 1770 et 1840. Le développement de la photographie au milieu du XIXe siècle sonne alors le glas d’un savoir-faire dont le raffinement avait élevé à un niveau véritablement artistique la production de ces objets intimes. Le talent dans la représentation s’était d’ailleurs conjugué avec l’ingéniosité des créateurs pour intégrer la miniature à des bijoux (chatons de bague, bracelets, têtes d’épingle, pendentifs, broches et boutons d’habit), boites, tabatières, carnets de bal et même des reliquaires. Ainsi la boite à tabac ornée d’une miniature faisait fureur à la fin de l’Ancien régime et le duc de Lorraine en posséda près de trois cent.

Jean Petitot - Louis XIV, roi de France, cuirassé - Chantilly, Musée Condé
2. Jean Petitot (1522-1572)
Louis XIV, roi de France, cuirassé
à l'antique
- 3,1 x 2,6 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN/R.G. Ojéda

   La collection du musée Condé, la plus importante en France après celle du musée du Louvre, tient la comparaison avec les plus grands ensembles européens, comme ceux de la reine d’Angleterre ou de la famille d’Orange-Nassau au Pays-bas. Elle provient presque exclusivement du legs de la collection du duc d’Aumale (1822-1897), cinquième fils du roi Louis-Philippe. Loin d’être un événement éphémère, cette exposition a pour corollaire la restauration des œuvres, menée avec le concours des Amis du musée Condé, et leur publication au sein d’un catalogue raisonné de la collection. A l’issue de la manifestation montée par Nicole Garnier Pelle, Conservateur en chef du musée Condé, les miniatures réintègreront le parcours.

Attribué à François Clouet - Henri II, roi de France - Chantilly, Musée Condé
3. Attribué à François Clouet (1522-1572)
Henri II, roi de France - 4 x 2,9 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN/R.G. Ojéda

   En 1830, le duc de Bourbon, dernier des princes de Condé depuis la mort de son fils le duc d’Enghien, exécuté en 1804 dans les fossés du château de Vincennes, lègue sa considérable fortune à son filleul, Henri d’Orléans, duc d’Aumale. Passionné d’art et d’histoire, ce dernier réunit une extraordinaire collection qu’il donne avec son domaine de Chantilly à l’Institut de France en 1884. Les miniatures occupent une place à part dans cet ensemble. Leur qualité est non seulement exceptionnelle comme le reste de la collection, mais ces objets forment de surcroît un recueil de piété familiale, composé des portraits des membres des grandes familles royales européennes, souvent apparentés à Henri d’Orléans. Le duc d’Aumale hérita de son oncle soixante-cinq miniatures, toutes des effigies dynastiques des rois de France de la maison de Bourbon jusqu’à la Révolution, complétées par celles des membres des branches cadettes de Bourbon-Condé et de Bourbon-Conti. Ce fonds a miraculeusement survécu au pillage révolutionnaire, contrairement à ceux de la famille royale. A partir de 1848, le duc d’Aumale met à profit son exil anglais pour enrichir ce noyau exceptionnel par des achats sur le marché de l’art et des commandes familiales personnelles. Cet ensemble bénéficie de deux apports remarquables, celui de la collection de sa mère, la reine Marie-Amélie (1782-1866), qui compte des portraits de la famille d’Orléans des XVIIe et XVIIIe siècles, et celle de sa belle-mère, Clémentine de Habsbourg, princesse de Salerne (1798-1881), relative aux familles régnantes d’Autriche et de Naples. Le tout fut complété par des miniatures des dynasties d’Angleterre, Suède, Pologne. Quelques personnalités de moins haute ascendance sont présentes, ainsi que des scénettes paysagères, parmi lesquelles se distinguent dix-huit vues du domaine de Chantilly, datant de la fin de l’Ancien régime et peintes sur des boutons d’habit en ivoire.

Aimé Zoé Lizinka de Mirbel, née Rue - Ferdinand, duc d'Orléans - Chantilly, Musée Condé
4. Aimé Zoé Lizinka de Mirbel, née Rue (1796-1849)
Ferdinand, duc d'Orléans
- 4,9 x 3,6 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN/R.G. Ojéda

   Le catalogue raisonné qui accompagne la présentation devrait devenir une référence en la matière. Trois excellents articles confrontent les avis d’historiens de l’art (Nicole Garnier-Pelle et Nathalie Lemoine-Bouchard) et d’un restaurateur (Bernd Pappe). Ils permettent de situer l’art de la miniature dans son contexte, d’en comprendre les prouesses techniques (ainsi, afin de mieux réfléchir la lumière sur les visages, et en accentuer l’éclat, une fine feuille d’argent est souvent collée au dos des plaques d’ivoire) et d’appréhender l’importance de l’ensemble conservé à Chantilly.
   Cet ouvrage, avec trois cent quarante cinq entrées, offre une incomparable galerie de portraits, véritable précis de généalogie des familles royales européennes. Les reproductions, le plus souvent à taille réelle, permettent de percevoir la dextérité de l’exécution. Enfin, une biographie des artistes, souvent peu connus, complète heureusement cette publication.

Thierry Cazaux
(mis en ligne le 21 octobre 2007)

Collectif, Portraits des maisons royales et impériales de France et d'Europe. Les miniatures du musée Condé à Chantilly, Somogy Editions d'Art, 2007, 303 p., 55 €. ISBN : 9782757200988


Informations pratiques :
Chantilly, Musée Condé, BP 70243, 60631 Chantilly Cédex. Tél : +33 (0)3 44 27 31 80. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h 30 à 18 h (17 h à partir du 4 novembre). Tarifs : 9 € (réduit : 7,50 et 3,50 €).
Site du Musée Condé

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