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1869 : Watteau, Chardin... entrent au Louvre. La Collection La Caze
Paris, Musée du Louvre, du 26 avril au 9 juillet 2007. Puis Pau, Musée des Beaux-Arts, du 20 septembre au 10 décembre 2007 et Londres, Wallace Collection, du 14 février au 18 mai 2008.

1. Louis La Caze (1798-1869)
Autoportrait, vers 1843
Huile sur toile - 61 x 50 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Franck Raux
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Quel personnage ! A la fois médecin, philanthrope, peintre amateur (ill. 1), collectionneur et l'un des plus grands donateurs du Louvre, le docteur La Caze méritait largement cet hommage du musée qu'il a tant contribué à enrichir. L'exposition est située dans la chapelle, espace petit mais remarquablement agencé pour l'occasion, à la manière de ces salles d'exposition du XIXe siècle si propices à la présentation des œuvres, avec le beau rouge pompéïen des murs et l'accrochage reserré permettant toutes les confrontations. La mode, aujourd'hui est aux murs blancs et aux tableaux isolés sur les murs, quitte à reléguer en réserve les œuvres considérées comme secondaires, une conception bien ennuyeuse du musée.
Né en 1798, Louis La Caze est exactement contemporain d'Eugène Delacroix et de la génération romantique. S'il n'acheta pratiquement pas de peintures modernes - l'exception la plus notable étant la mystérieuse Vieille italienne récemment attribuée à Géricault, un nom convaincant mais qui fait encore débat (voir les articles sur le site) - il fut très impliqué dans la vie artistique de son époque, participant notamment au jury du Salon et fréquentant assidûment les critiques d'art et les collectionneurs. Ami de Philippe Burty, il connaissait également Thoré-Bürger qui influença probablement son goût pour les nordiques et les peintres de la réalité.
Contrairement au Cousin Pons auquel on voulut trop souvent le comparer, La Caze ne se calfeutrait pas chez lui en gardant égoïstement le fruit de ses trouvailles. Il ouvrait largement sa maison et aimait montrer ses tableaux aux amateurs, aux historiens et aux peintres dont certains, parmi lesquels François Bonvin, Fantin-Latour ou même Edouard Manet, trouvèrent parfois chez lui leur inspiration. Le catalogue montre ses liens avec les autres collectionneurs, au premier rang desquels ceux qui, comme lui, furent les pionniers de la redécouverte du XVIIIe siècle français : son ami proche François Marcille, Casimir Perrin de Cypierre et Hippolyte Walferdin. Un essai est consacré à Richard Seymour-Conway, quatrième marquis de Hertford, qui forma à Paris la collection dont hérita Richard Wallace. Achetant plus cher que La Caze, ils ne furent finalement que peu souvent en concurrence.
2. José de Ribera (1591-1652)
Le Pied-bot
Huile sur toile - 164 x 92 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Gérard Blot |
Si dans la masse des acquisitions de La Caze se trouvent forcément quelques rebuts, on ne peut qu'admirer le flair d'un amateur qui s'est très peu trompé. Ses centres d'intérêt sont bien délimités : outre le XVIIIe siècle français et les nordiques XVIIe, qui forment le cœur de la collection, on trouve un ensemble fort conséquent de peintures baroques italiennes, quelques tableaux vénitiens du XVIe siècle et des espagnols, dont le célèbre Pied-bot de Ribera (ill. 4). Pas de primitifs, presque aucun tableau de la Renaissance, très peu de contemporains, on l'a déjà dit, non par manque d'intérêt, mais par crainte de ne pas avoir suffisamment de recul.
Guillaume Faroult souligne, suivant en celà Jacques Foucart, que le collectionneur choisit sans doute délibérément de combler les lacunes du Louvre. En achetant Watteau, Chardin et Fragonard, il y fit entrer des artistes très insuffisamment représentés, tandis qu'il ignora les bolonais déjà abondants dans les collections royales. Luca Giordano, jusque là absent du Louvre4, Valério Castello ou Francesco Rustici formaient un choix beaucoup plus original. Beaucoup d'attributions ont été modifiées, et quelques tableaux résistent encore à une identification précise, comme Saint Marc écrivant sous la dictée de saint Pierre (ill. 3) ou L'Annonciation de Lyon, entrée sous le nom de Carreno de Miranda et donnée aujourd'hui à un anonyme vénitien du XVIIIe siècle5.
3. Rome, début du XVIIe siècle
Saint Marc écrivant sous la dictée de saint Pierre
Huile sur toile - 253 x 159 cm
Bordeaux, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. R. |
4. Francesco Guardi (1712-1793)
Vue de la Salute
Huile sur toile - 30 x 41 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Paris, Palais de l'Elysée |
Le testament de La Caze était fort peu contraignant. Il se contentait d'espérer une salle consacrée à sa collection et qui porterait son nom, laissant toute latitude au Louvre pour déposer les tableaux qu'il considérerait moins importants dans les musées de province. Ceux-ci furent parfois dotés de peintures de premier plan qu'on ne retint pas parce qu'elles n'étaient pas à la mode. Certaines manquent aujourd'hui aux cimaises du musée parisien.
A partir de 1870, le legs futinstallé dans la salle aujourd'hui appellée « des Bronzes antiques », à proximité de la chapelle. Peu à peu, il fut incorporé aux collections et est aujourd'hui réparti dans tout le musée1.
Les envois en région étaient conformes à la volonté du docteur La Caze. Mais que dire des dépôts qui, progressivement, furent effectués dans des ministères ? Plusieurs ont été prêtés à l'exposition, dont un petit paysage de Francesco Guardi conservé à l'Elysée (ill. 2) ! Parmi les musées les mieux dotés, celui de Pau doit à l'origine béarnaise de La Caze - et à l'activisme du conservateur de l'époque - d'avoir reçu pas moins de trente-et-un tableaux. Huit autres y furent encore déposés au XXe siècle.
5. Attribué à Jean-Baptiste Marie Pierre (1713-1789)
Triomphe d'Amphitrite ou Vénus sur les eaux
Huile sur toile - 41 x 56 cm
Paris, Musée du Louvre |
Entreprise collective menée de main de maître par Guillaume Faroult, l'étude de la collection La Caze a permis de reconsidérer et de réattribuer de nombreuses toiles. On n'en notera que quelques exemples parmi celles présentées dans la chapelle. Une scène mythologique (ill. 5) jusqu'ici anonyme est donnée ici à Jean-Baptiste Marie Pierre2, un beau Phaëton conduisant le char d'Apollon que La Caze pensait de Boucher est rendu à François Lemoyne. La peinture anglaise, très peu représentée, l'est encore moins depuis que Christophe Leribault a rendu à Jean-François de Troy deux paysages que La Caze croyait dûs à Gainsborough3.
Le catalogue, passionnant, est formé d'un livre et d'un CD-Rom, une pratique de plus en plus fréquente qui, même si elle peut se justifier par l'ampleur du travail (pas moins de 1300 pages), ne remplacera jamais le papier. On y trouve plusieurs essais remarquables et fondamentaux pour l'histoire du goût et de la collection au XIXe siècle, une chronologie détaillée de la vie de La Caze, divers inventaires et, surtout, le catalogue illustré et raisonné de l'ensemble de la collection, une véritable somme qui devrait à terme être disponible sur le site du Louvre.
L'exposition, comme le catalogue, montre à quel point La Caze fut innovant dans ses choix et combien il se tenait au courant des avancées de l'histoire de l'art. Les Goncourt eurent des mots très durs à son égard, mélange d'incompréhension pour son éclectisme et, peut-être, de jalousie pour l'exceptionnelle ensemble français du XVIIIe siècle qu'il réunit. Il restera à jamais un des plus grands bienfaiteurs du Louvre faisant naître bien d'autres vocations. Au XXe siècle, Otton Kaufmann et François Schlageter, devaient suivre son exemple et donner au Louvre des œuvres qui lui manquaient. Souhaitons que cette tradition de générosité ne s'interrompe pas.
Didier Rykner
(mis en ligne le 21 juin 2007)
1. Les tableaux La Caze restés dans les salles sont sont signalés par des cartels colorés, pendant la durée de l'exposition. Un dépliant est distribué en banque d'accueil.
2. Ce nom est accepté par Nicolas Lesur qui prépare, avec Olivier Aaron, le catalogue de ce peintre.
3. Christophe Leribault, Jean-François de Troy 1659-1752, Paris, Arthéna, 2002, n° P.162 et P. 163, p. 302. Ils étaient encore, avant 2002 donnés comme « genre de Gainsborough ».
4. La collection était encore plus riche en Giordano que ne l'imaginait La Caze, puisque la série des philosophes qu'il pensait de Ribera sont en réalité de celui-ci.
5. Ces deux tableaux ne sont pas présentés dans l'exposition.
Collectif, sous la direction de Guillaume Faroult, La Collection La Caze. Chefs-d'œuvre des peintures des XVIIe et XVIIIe siècles, Hazan / Musée du Louvre Editions, 288 p. (+ un CD Rom), 45 €. ISBN 978-2-7541-0178-3 (Hazan) et 978-2-35031-120-3 (Louvre)
Informations pratiques : Musée du Louvre. Tél : 01 40 20 50 50. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9 h 00 à 18 h 00, jusqu'à 22 h 00 les mercredi et vendredi. Entrée de l'exposition et du musée : 8,50 € (plein tarif), 6 € de 18 h 00 à 21 h 45 les mercredi et vendredi. Site du musée du Louvre.
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