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The Art of Italy in Royal Collection : Renaissance & Baroque

Londres, Queen's Gallery, du 30 mars 2007 au 20 janvier 2008. Puis à Edimbourg, Queen's Gallery, Palace of Holyroodhouse, à partir d'avril 2008 (dates exactes à préciser).

Attribué au Caravage - La vocation de saint Pierre et de saint André - Collection de la Reine d'Angleterre
1. Attribué au Caravage (1571-1610)
La vocation de saint Pierre et de saint André
Huile sur toile - 140 x 176 cm
Collections de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

   Nous avons, à deux reprises, parlé sur ce site du tableau des collections royales britanniques attribué à Caravage par Sir Denis Mahon (voir brèves du 20/2/04 et du 13/11/06 ; ill. 1). L'exposition de la Queen's Gallery à Londres, qui montre actuellement une partie des peintures et dessins italiens des XVIe et XVIIe siècles appartenant à la Reine, le présente comme de ce peintre sans la laisser place au moindre doute. Pourtant, si la composition lui revient certainement, les avis sont loin d'être unanimes. L'œuvre est certes honorable, mais il est difficile d'être convaincu par cette attribution.

Carlo Dolci - Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste - Collection de la Reine d'Angleterre
2. Carlo Dolci (1616-1687)
Salomé avec la tête de saint
Jean-Baptiste
, vers 1665-1670
Huile sur toile - 126 x 102 cm
Collection de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

   La déception devant cette toile est rapidement compensée par la qualité exceptionnelle des œuvres qui l'accompagnent. Qu'importe un Caravage douteux (voire deux, car le Jeune garçon pelant un fruit, assez médiocre, et dont il existe de multiples compositions, est considéré comme une copie par beaucoup) lorsque l'on a un Baglione tel que l'Allégorie de la Justice et de la Charité réconciliée, un Caracciolo comme Cupidon endormi ou la sublime Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste de Carlo Dolci (ill. 2) ? Pratiquement tous les tableaux du Seicento exposés ici sont d'un niveau digne des plus grands musées et la présentation parfaitement classique, sur un fond de velours rouge, les met superbement en valeur.

   On aurait pu commencer cette recension par le début, c'est à dire par le XVIe siècle qui occupe la première salle. Si l'on peut y voir quelques chefs-d'œuvre, l'ensemble est cependant moins impressionnant, pas tant à cause de l'état un peu fatigué de certaines toiles - ce qui est hélas fréquent avec des œuvres de cette époque - mais en raison de l'éclairage trop violent et rasant qui rend plus visible les outrages du temps. On retiendra pourtant quelques tableaux très connus, comme le Portrait d'Andrea Odoni de Lorenzo Lotto (ill. 3) ou la Pallas Athene du Parmesan. Deux Andrea del Sarto trop usés (Portrait de femme en jaune et une Vierge à l'enfant), un Portrait de femme en vert donné à Agnolo Bronzino, là encore sans restriction (si ce n'est dans le catalogue) et contre l'avis d'une partie de la critique, n'éclipsent pas un extraordinaire tableau de Dosso Dossi représentant la Sainte Famille d'une manière très inhabituelle, l'enfant Jésus serrant un coq dans ses bras.

Lorenzo Lotto - Portrait d'Andrea Odoni - Collection de la Reine d'Angleterre
3. Lorenzo Lotto (vers 1480-vers 1556/1557)
Portrait d'Andrea Odoni, 1527
Huile sur toile - 104,6 x 116,6 cm
Collection de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

Luca Giordano - Psyché découvrant l'Amour endormi - Collection de la Reine d'Angleterre
4. Luca Giordano (1634-1705)
Psyché exposée sur un roche, vers 1695-1697
Huile sur cuivre - 57,2 x 68,3 cm
Collection de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

   Dans une petite salle, les douze tableaux peints par Luca Giordano d'après l'Histoire de Psyché (ill. 4) ravissent le visiteur. Il semble que la série devait à l'origine comporter vingt-quatre compositions mais qu'elle resta inachevée, chose étonnante pour un peintre dont on connaît la rapidité d'exécution. Tel qu'il est, cet ensemble est d'une beauté qui peut à elle seule valoir le voyage à Londres. On ne se lasse pas d'admirer les coloris si joyeux et si frais (il s'agit de cuivres) et la multitude de détails charmants. On chercherait en vain une composition moins heureuse que les autres. Luca Giordano démontre ici qu'il est un des plus grands peintres du XVIIe siècle, dans une veine bien sûr moins profonde que Poussin mais qui, tout en empruntant à beaucoup de ses prédécesseurs ou de ses contemporains (Castiglione, Pierre de Cortone, ...), trouve sa voie et annonce déjà la légéreté du rococo.

Polidoro da Caravaggio - Tête de saint Thomas (?) - Collection de la Reine d'Angleterre
5. Polidoro da Caravaggio (vers 1499-vers 1543)
Tête de saint Thomas (?), vers 1527
Sanguine - 20,9 x 26,8 cm
Collection de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

   Plusieurs salles sont consacrées au dessin, présentant un panorama très complet de l'art italien de l'époque. Il est regrettable que certaines feuilles aient été, semble-t-il, fort mal restaurées, le papier trop blanchi et la matière écrasée, ce qui leur donne parfois un aspect de fac-similé. Des œuvres comme L'Enterrement et la Réception au Ciel de sainte Petronille du Guerchin, L'étude pour une fontaine de Neptune du Bernin (dont les traits à la pierre noire sont curieusement floutés) ou Joseph vendu par ses frères du Primatice témoignent de ce traitement drastique. On se consolera avec de nombreuses feuilles magnifiques : une Tête de saint Thomas à la sanguine de Polidoro da Caravaggio (ill. 6), Six têtes de chevaux de Bertoja (ill. 7), très amusante tant les chevaux paraissent être sous l'influence de l'alcool ou des amphétamines, La Vocation de saint Matthieu du Baroche ou une grisaille à l'huile sur papier de Giuseffo dal Sole représentant Suzanne et les Vieillards. Poussin et Claude Lorrain se voient ici rattachés à l'école italienne, ce qui n'est pas sans fondement même si notre orgueil national peut en souffrir, chacun représenté par un beau dessin : L'enfant Pyrrhus sauvé du premier et Acis et Galatée du second.

Jacopo Bertoja - Six têtes de chevaux - Collection de la Reine d'Angleterre
6. Jacopo Bertoja (1543-1573)
Six têtes de chevaux, vers 1570
Plume, encre brune sur sanguine - 26,2 x 42,6 cm
Collection de la Reine d'Angleterre
© 2007, Her Majesty Queen Elizabeth II

   Bien que souvent prêtées aux expositions - et pour certaines déposées dans des musées - beaucoup d'œuvres des collections royales britanniques, réparties entre plusieurs châteaux, ne sont pas facilement accessibles. On ne saurait donc trop conseiller une exposition qui réunit, pour quelques mois, des chefs-d'œuvre qu'on ne peut habituellement voir que dans les livres ou, depuis peu, sur Internet, grâce à une base de données très complète, chaque objet faisant l'objet d'une notice.

Didier Rykner
(mis en ligne le 12 septembre 2007)

Lucy Whitaker et Martin Clayton, The Art of Italy in the Royal Collection - Renaissance & Baroque, 384 p., £45. ISBN 978-1-902163-291.