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Giverny impressionniste. Une colonie d'artistes 1885-1915  

Giverny, Musée d'Art Américain, du 1er avril au 1er juillet 2007. Puis, San Diego Museum of Art, du 22 juillet au 1er octobre 2007.

Julia Stigzelius-de Cock - Jour d'été en Normandie - Helsinki, Ateneum Museum of Fine Arts
1. Julia Stigzelius-de Cock (1810-1923)
Jour d'été en Normandie, 1879
Huile sur toile - 53,5 x 71,5 cm
Helsinki, Ateneum Museum of Fine Arts
Photo : Ateneum Museum of Fine Arts
/ Archives nationales
des Arts Plastiques / Janne Tuominen

   L'Impressionnisme, né en France, se répandit largement et devint rapidement un style véritablement international. Depuis une rétrospective pionnière organisée en 1982 par le Musée du Petit Palais, qui a révélé au public des artistes tels que Théodore Robinson ou William Metcalf, sa composante américaine est mieux connue dans notre pays.
   Le Musée de Giverny est à double titre légitime pour montrer ces peintres, non seulement en raison de sa vocation à exposer l'art des Etats-Unis, mais aussi parce que cette petite ville de Normandie fut un point de ralliement des peintres venant d'outre-Atlantique. C'est à cette colonie, qui s'installa dans le village pendant une période grossièrement comprise entre 1885 et 1915, qu'est consacrée l'exposition.

   Si les Américains étaient majoritaires, d'autres nationalités y furent représentées. L'exposition s'ouvre sur une toile de Julia Stigzelius-de Cock, artiste finlandaise née en 1840 (la même année que Monet) et qui peignit ce Jour d'été en Normandie (ill. 1) en 1879, fort tôt donc, avant même l'arrivée de celui-ci à Giverny en 1883. La manière, marquée par l'Ecole de Barbizon, se rapproche déjà de celle plus lumineuse des Impressionnistes. On aurait aimé en savoir davantage, à la fois sur cette femme peintre et sur ce tableau, et on peut regretter que le catalogue, à côté d'essais passionnants, ne contienne aucune notice des œuvres exposées.

Théodore Wendel - Champs de fleurs à Giverny - Chicago, Terra Foundation for American Art
2. Théodore Wendel (1859-1932)
Champs de fleurs à Giverny, 1889
Huile sur toile - 31,8 x 54,9 cm
Chicago, Terra Foundation for American Art
Photo : Terra Foundation for American Art
 
Claude Monet - Champs de coquelicot à Giverny - Chicago, The Art Institute
3. Claude Monet (1840-1926)
Champs de coquelicot à Giverny, 1890-91
Huile sur toile - 61,2 x 93,1 cm
Chicago, The Art Institute
Photo : The Art Institute of Chicago

   La présence de Monet ne fut pas l'unique motif à l'installation d'une colonie d'artistes. Certains des pionniers prétendirent même être venus à Giverny sans savoir qu'il y résidait. Quatre tableaux de Monet sont présentés, qui permettent de voir cependant tout ce que les peintres ayant séjourné ici lui doivent. Outre Metcalf et Robinson, on pourrait citer, par exemple, Théodore Wendel dont le Champs de fleurs à Giverny (ill. 2), daté de 1889, se rapproche de la production de Monet à la même époque (ill. 3), ou John Leslie Breck, qui s'attacha comme lui à peindre des séries. Un mur entier (ill. 4) est consacré à sa propre interprétation des Meules. Le motif, et l'idée de représenter celui-ci à diverses heures moment sont bien sûr directement inspiré par Monet, mais l'étude est concentrée sur une même journée, de l'aube au coucher du soleil, en retenant toujours le même point de vue.

Présentation dans l'exposition de la série des Meules de John Leslie Breck (1860-1899)
4. Présentation dans l'exposition de la série des Meules de John Leslie Breck (1860-1899).
Toutes huiles sur toile - 32,7 x 40,8 cm)
Photo : D. Rykner

Frédéric Carl Frieseke - Femme dans un jardin - Chicago, Terra Foundation for American Art
5. Frédéric Carl Frieseke (1859-1932)
Femme dans un jardin, vers 1912
Huile sur toile - 81 x 65,4 cm
Chicago, Terra Foundation for American Art
Photo : Terra Foundation for American Art

   L'hôtel Baudy, au même titre que l'auberge Ganne à Barbizon, devint le lieu de ralliement des peintres. Certains d'entre eux finirent par s'installer à Giverny avec leur famille. Théodore Butler épousa la belle-fille de Monet, Suzanne Hoschedé. Tous, à un degré ou à un autre, furent marqués par l'ombre tutélaire du grand homme, même si certains s'en éloignèrent, à l'image justement de Butler dont certains portraits ne sont pas sans évoquer Vuillard et Bonnard (qui séjourna plusieurs fois à Giverny). Après 1890, agacé par l'envahissement du village par les peintres, Monet se replia sur sur son jardin et au début du XXe siècle, ceux qui peignaient encore dans le style impressionniste sombrèrent dans un véritable académisme, décoratif certes mais manquant de sincérité. Il s'agissait dès lors davantage d'un « tour de main »1. Les tableaux de Frieseke (ill. 5) ou de Miller apparaissent ainsi bien conventionnels ressassant indéfiniment une vieille recette. L'âge d'or de l'Impressionnisme américain était terminé.

Didier Rykner
(mis en ligne le 18 mai 2007)

1. Cette expression est utilisée par Hale dès 1892, mais elle est contestée par Katryn M. Bourguignon dans un essai du catalogue.

Sous la direction de Katherine M. Bourguignon, contributions de Nina Lübbren, Kathleen Pyne et Margaret Werth, Giverny impressionniste. Une colonie d'artistes, 1885-1915, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 2007, 224 p, 49 €. ISBN : 978-2-7118-5323-6.

Malgré l'absence de notices, déjà souligné, le catalogue est utile, bien illustré et riche d'essais passionnants sur Giverny et le phénomène des colonies d'artistes Giverny n'est qu'un exemple. De nombreuses photos d'époque et un répertoire des peintres de toutes nationalités y ayant séjourné complètent fort utilement ce volume.

Informations pratiques : Giverny, Musée d'Art Américain. Ouvert tous les jours, de 10 h à 18 h, sauf le lundi. Entrée de l'exposition : 5,50 €. Site du MAAG . Le musée est fermé entre le 1er novembre et le 31 mars.

Des entrées gratuites pour deux personnes à cette exposition, avec audioguide pour ceux qui le souhaitent, sont encore disponibles. Les modalités sont décrites ici.