| Les Primitifs flamands. Les plus beaux diptyques
Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten. Du 3 mars 2007 au 27 mai 2007.
1. Albrechts Bouts (1451/1455-1549)
Ecce Homo et Mater Dolorosa
Huiles sur panneaux - 45,5 x 31 cm et 45,3 x 31,7 cm
Aix-la-Chapelle, Suermondt-Ludwig-Museum
Photo : D. Rykner |
Ce rassemblement de diptyques flamands des XVe et XVIe siècles, quoique réduit en nombre (une trentaine de numéros), est remarquable par son niveau de qualité. Peu d'expositions peuvent présenter simultanément des chefs-d'œuvre de Hans Memling, Hugo van der Goes et Rogier van der Weyden. Elle est organisée en collaboration avec la National Gallery de Washington où elle fut présentée de novembre à janvier dernier. Si les œuvres montrées à Anvers sont, à peu de chose près, les mêmes que dans la version américaine, le catalogue français ne constitue qu'un condensé de celui de langue anglaise. Cette version digest est beaucoup trop réduite et laisse de nombeux points dans l'ombre, privant le lecteur et le visiteur des nombreuses découvertes faites à cette occasion. L'accrochage, avare de commentaires, n'éclaire pas beaucoup plus sur les intentions des organisateurs et sur la cohérence du parcours, les panneaux, plutôt bien présentés, semblant disposés un peu au hasard.
On ne donnera que deux exemples de ces manques, que nous n'avons pu identifier (nous n'avons pas lu le catalogue anglais) que grâce à l'excellente revue de l'exposition parue dans le Burlington Magazine de février 2007 sous la plume de Jan Piet Filedt Kok, du Rijksmuseum d'Amsterdam.
On lit, dans le catalogue version light, que l'Ecce Homo et la Mater Dolorosa (ill. 1 ; cat. 2) d'Albrechts Bouts ne faisaient pas à l'origine partie du même ensemble et n'ont été réunis qu'ultérieurement. On n'en saura pas plus. Or, le Burlington (et sans aucun doute le catalogue original) nous apprend que la figure du Christ doit être datée, grâce à la dendrochronologie, beaucoup plus tard, vingt ans après celle de la Vierge. La réunion des deux tableaux dans un même cadre date d'une époque « indéterminée »1. La vision de cette œuvre ne peut être dissociée de ses conditions de réalisation mais rien, dans l'exposition, ne fait pas allusion à ces différences chronologiques et ce montage tardif.
2. Maitre de la Légende de Marie Madeleine
(actif 1475/1480-1525/1530)
Vierge à l'enfant et Guillaume de Bibaut
Huiles sur panneaux - 30,4 x 20,7 cm et 30,4 x 20,4 cm
Collection particulière
Photo : D. Rykner |
Un cas de figure similaire se produit pour le diptyque Vierge à l'enfant / Guillaume de Bibaut (ill. 2 ; n° 17 du catalogue français, 23 du catalogue américain). On nous dit seulement (et encore de manière peu claire) que le Maître de la Légende de Marie Madeleine est l'auteur du panneau de gauche, tandis qu'un maître français anonyme a peint celui de droite. Aucune mention n'indique que les deux volets ont été réalisés à un quart de siècle de distance, le premier vers 1500 et le second en 1523.
Ainsi, nulle part n'apparaît clairement ce qui est avéré de ce qui reste hypothétique, ce qui est est nouveau de ce que l'on connaissait depuis longtemps. Tout le travail de recherche de l'exposition est dilué et l'on reste sur l'impression qu'il ne s'agit que d'une réunion d'œuvres dont le seul propos est de montrer de beaux objets. On conseillera donc à ceux qui veulent en savoir plus d'oublier le catalogue français et de se procurer la version américaine.
3. Hugo van der Goes (vers 1435 - 1482)
La Chute et Déploration du Christ
Huiles sur panneaux - 32,3 x 21,9 cm et 34,4 x 22,8 cm
Vienne, Kunsthistorisches Museum
Photo : Service de presse |
Certains panneaux, appartenant à des musées différents, sont réunis pour la première fois depuis leur séparation. Parmi les œuvres les plus remarquables, on citera le diptyque représentant Saint Jean-Baptiste et Sainte Véronique de Hans Memling, le premier élément étant conservé à Munich, le second à Washington, celui de Hugo van der Goes de Vienne (ill. 3), ou celui de Gérard de Saint-Jean (Christ en Croix avec saint Jérôme et saint Dominique et Glorification de la Vierge) partagé entre Edimbourg et Rotterdam.
4. Maître de l'Adoration de Lille (actif vers 1523-1535)
La Saite Trinité et Saint Jérôme
Huiles sur panneaux - 42,9 x 31,7 cm et 41,9 x 31,8 cm
Collection particulière,
en prêt permanent à Cambridge, Fogg Art Museum
Photo : Service de presse |
On trouve aussi plusieurs exemples plus tardifs. On appréciera ainsi de Jan Corenlisz Vermeyen, un artiste étrange dont nous avons récemment parlé à l'occasion de l'achat par le Louvre d'un Saint Jérôme (voir brève du ), le diptyque conservé au Rijksmuseum et au Frans Hals Museum et qui - le catalogue français ne l'indique pas - restera entier, puisqu'il sera alternativement exposé à Haarlem et à Amsterdam2. Deux autres panneaux d'un peintre anversois de la première moitié du XVIe siècle, le Maître de l'Adoration de Lille - nommé d'après le grand retable conservé dans le musée de cette ville - représentent à gauche la Sainte Trinité et à droite Saint Jérôme (ill. 4).
L'exposition se conclut sur quelques exemples de diptyques profanes datant du XVIe siècle. Deux représentent des portraits de famille et le troisième, peint par Quentin Metsys, associe deux humanistes Erasme et Pieter Gillis (il s'agit d'ailleurs plutôt de pendants). Quant au dernier, peint par un anonyme flamand du début du XVIe siècle, qui n'était pas montré à Washington, sa qualité picturale n'est pas excellente, mais son iconographie ne manque pas d'intriguer. Fermé, on peut y lire qu'il est déconseillé de l'ouvrir. Si l'on néglige cet avertissement, on découvre à droite un homme faisant des grimaces, et à gauche un postérieur velu particulièrement réaliste. Il n'y a cependant pas lieu d'être choqué indique une inscription : on vous avait prévenu !
Didier Rykner
(mis en ligne le 3 mars 2007)
1. Le critique du Burlington le date du XVIIe siècle.
2. Une telle solution, qui peut sembler de bon sens, pose cependant une nouvelle fois la question du déplacement risqué des œuvres, surtout lorsqu'il s'agit de panneaux en bois encore plus fragiles et sensibles aux changement d'environnement que des toiles. Si la réunion d'ensembles dispersés peut parfois être préconisée, ne faudrait-il pas mieux envisager, dans des cas exceptionnels, des échanges de dépôts pour que l'œuvre reconstituée ne passe pas son temps à faire la navette entre deux musées, ce qui se justifie d'autant moins ici que Haarlem et Amsterdam ne sont distantes que de quelques kilomètres ?
Catalogue condensé en version française : Les primitifs flamands. Les plus beaux diptyques, Ludion, 112 p., 39,90 €. ISBN : 978-90-5544-661-2.
Catalogue anglais : John Oliver Hand, Catherine A. Metzger et Ron Spronk, Prayers and Portraits : Unfolding the Netherlandish Diptych, National Gallery of Art et Yale University Press, 340 p., $ 70. ISBN : 0-300-12155-57.
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