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Barcelona and Modernity. Picasso Gaudí Miró Dalí
New York, Metropolitan Museum of Art du 7 mars au 3 juin 2007. L'exposition a été auparavant montrée au Cleveland Museum of Art du 15 octobre 2006 au 7 janvier 2007.
1. Ramon Casas (1866-1932)
Danse au Moulin de la Galette, vers 1890-1891
Huile sur toile - 100 x 81,5 cm
Museu Cau Ferrat, Consorci del Patrimoni de Sitges
Photo : Service de presse |
Gaudi, Picasso, Miro... L’art à Barcelone, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ne se résume pas à ces quelques noms, si prestigieux soient-ils, qui font le sous-tire de cette exposition du Metropolitan Museum. La capitale de la Catalogne, au moment où cette province commence à prendre son autonomie par rapport à Madrid, est l’un des foyers les plus riches de l’art européen.
Montrer à la fois la peinture, la sculpture, les arts décoratifs mais aussi l’architecture est une tâche toujours difficile. L’accrochage brillant, le choix très pertinent des œuvres, la clarté du parcours font de cette rétrospective une grande réussite.
La première salle présente des tableaux de Ramon Casas et Santiago Rusiñol, les fondateurs du modernisme à Barcelone. Les deux artistes séjournèrent à Paris dès 1882 pour le premier et 1887 pour le second. On sent, évidemment, tout ce que cette peinture doit à la France, à Degas, Manet, ou Toulouse-Lautrec (ill. 1). Les portraits de Ramon Casas (Rusiñol, Eric Satie… ) sont d’une très haute qualité. Picasso, avec Le Moulin de la Galette, renvoie lui aussi clairement à Toulouse-Lautrec, dans le style comme dans le sujet. Il a à peine dix-neuf ans.
A Barcelone, le centre de ralliement des artistes était le café Els Quatro Gats (Les Quatre Chats) où Picasso organisa en 1900 sa première exposition personnelle. C’est à ce lieu – abrité dans un bâtiment, toujours existant, dessiné par Josep Puig i Cadafalch – qu’est consacrée la deuxième salle où l’on peut voir le mobile en métal figurant des chats, sans doute peint par Picasso, qui lui servait d’emblème, ainsi que plusieurs dessins, notamment par Ramon Casas, figurant les habitués : Picasso, Joaquin Torres-Garcia ou Pere Romeu…
2. Pablo Picasso (1881-1973)
La Vie, vers 1903
Huile sur toile - 196,5 x 129,2 cm
Cleveland, Museum of Art
© Estate of Pablo Picasso/
Artists Rights Society (ARS), New York |
Le terme « modernisme » représente une réalité complexe. On peut voir, dans la salle suivante, deux portraits par Ramon Casas proches d’un style international qu’on aurait du mal à nommer, mais qui se rapproche fortement de celui de Sargent et de Sorolla que le Petit Palais vient de nous montrer (voir la recension). Avec Joquim Mir et son Rocher dans une mare (Barcelone, MNAC), c’est l’influence de Cézanne qui se fait jour, tandis que le sculpteur Miquel Blay (Daydream ; Barcelone, Gothsland Galeria d'Art) se réclame de Rodin. L’école catalane ne tarde pas cependant à trouver son identité grâce à Picasso. Plusieurs chefs-d’œuvre de celui-ci sont exposés, de sa période bleue, notamment Le repas de l’aveugle (1903, Metropolitan Museum) et La vie (ill. 2). La peinture française – Gauguin surtout pour cette dernière toile – est encore présente, mais elle est avalée, digérée par l’artiste qui se montre ici parfaitement original. D’autres artistes, tel Isidre Nonell, que Picasso admirait, sont proches de sa manière sans que l’on sache bien dans quel sens eurent lieu les influences.
3. Gaspar Homar (1870-1953) and Josep Pey (1875-1956) )
Sofa et bibliothèque
Bois, marqueterie - 240 x 256.5 x 70 cm
Badalona, Ajuntamente
Photo :
© Jordi Domingo |
La difficulté d’évoquer l’architecture dans une exposition est merveilleusement surmontée. Aux plans, quelque peu ingrats pour un public non spécialiste, les commissaire n’ont pas hésité à rajouter quelques maquettes modernes qui, complétées par des photographies et des éléments d’architecture et de mobilier, permettent d’évoquer efficacement les constructions de la capitale catalane. Bien sûr, l’art de Gaudi et de ses confrères s’inscrit clairement dans l’Art nouveau international. Il garde néanmoins ses spécificités, une exubérance et une invention tout à fait à part, dont témoigne par exemple le Palais de la Musique Catalane, de Lluís Domènech i Montaner, datant de 1908-1909. Toujours conservé, ce bâtiment est représenté dans l'exposition par une belle maquette. Associé aux sculpteurs Eusebio Arnau et Pablo Gargallo, Montaner crée une œuvre d’art totale commme pouvaient le faire au même moment Horta ou Guimard.
Plusieurs meubles de Gaspar Homar, de Joan Busquets ou de Gaudi, un vase d’Antoni Serra, des bijoux de Lluis Masriera i Rosés témoignent de l’invention et de la qualité des arts décoratifs à Barcelone aux alentours de 1900, qui n’ont rien à envier aux autres grands foyers européens.
Antonio Gaudi architecte est étudié dans la salle suivante, et l’on retiendra aussi les travaux de son disciple, Josep M. Jujol, « l’extravagant Jujol » comme le qualifie un essai du catalogue. Avec eux, l’Art nouveau est réellement poussé à son paroxysme.

4. Julio González (1876-1942)
Buste de femme
Fer forgé -
53.5 x 26.5 x 14.5 cm
Barcelone,
Museu Nacional d’Art de Catalunya
Photo © MNAC-Museu Nacional d’Art de Catalunya,
Barcelona, 2006
Photo: Jordi Calveras, Marta Mèrida, Joan Sagristà |
A ces excès savoureux, la réaction ne tarda pas. Le noucentisme succéda presque sans solution de continuité à l’Art nouveau.. Même le protéiforme Picasso y adhéra. On est ici, très tôt, proche de l’Art déco. On verra des œuvres de Josep Clara, Josep de Togeres, Manolo, Enric Casanovas, Joaquin Torres-Garcia (encore figuratif) ou Pablo Gargallo, quelques-uns des peintres et sculpteurs représentatifs de ce style.
Les arts décoratifs subissent également ce retour à la ligne droite et aux formes géométriques qui culminera avec la radicalité de Mies van der Rohe. Celui-ci, en construisant le pavillon allemand pour l’exposition universelle de 1929, influencera fortement l’architecture locale.
C’est dans cette ambiance, et simultanément, que surgit une nouvelle avant-garde avec Miro, l’inévitable Picasso, et des protagonistes du mouvement noucentisme comme Gargallo et Julio Gonzáles (ill. 4). Ces foisonnements de styles sont quasiment contemporains ou se suivent sans à coup. Le surréalisme naît aussi à cette époque avec, outre les artistes déjà cités et Salvador Dali, les moins connus Esteve Francés ou Joan Massanet…
L’exposition se conclut sur l’épisode sanglant de la guerre civile et, bien sûr, encore et toujours, Picasso. On pourra voir ici quelques dessins préparatoires à Guernica.
Il faut souligner la qualité de l’énorme catalogue qui, pour une fois, ne souffre pas de l’absence de notices, remplacées par une simple liste des œuvres exposées après les biographies des artistes, à la fin de l’ouvrage. Les nombreux essais sont tellement denses qu’ils disent tout ce qu’il faut savoir sur ce que l’on voit dans l’exposition et bien davantage encore. Pour qui n’est pas familier avec ce sujet, comme probablement pour les spécialistes, il restera un ouvrage de référence.
Didier Rykner
(mis en ligne le 1er juin 2007)
Collectif, sous la direction de William H. Robinson, Jordi Falgàs et Carmen Belen Lord, Barcelona and Modernity. Picasso Gaudí Miró Dalí, Cleveland Museum of Art in association with Yale University Press, New Haven and London, 527 p., $40.00. ISBN : 0-940717-88-3.
Informations pratiques : Metropolitan Museum of Art. 1000 Fifth Avenue at 82nd Street, New York. Tél : (00-1-)212-535-7710. Ouvert tous les jours, sauf le lundi de 9 h 30 à 17 h 30, jusqu'à 21 h les vendredi et samedi. Exposition gratuite avec les collections permanentes. Entrée du musée : prix recommandé $20 pour les adultes.
Site Internet du Metropolitan Museum of Art
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