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Le Symbolisme russe. La Rose bleue
Ixelles (Bruxelles), Musée. Jusqu'au 5 février 2006.
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1. Vue de l'exposition
Mikhail Vroubel, Le Vol de Faust et de Méphistophélès, 1896
(Kazan, Musée des Beaux Arts de la République du Tatarstan, encadré par Le Prophète, 1898 (Moscou,, Galerie nationale Trétiakov) et Le Cygne, 1901 (Moscou, Galerie nationale Trétiakov) ; sur l’estrade, céramiques de Vroubel.
Photo : J.D. Jumeau-Lafond
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Dans le cadre du festival « Europalia Russie », le Musée communal d’Ixelles (Bruxelles) présente une exposition consacrée au Symbolisme russe. Il faut saluer les efforts et la détermination de Nicole d’Huart, directeur du musée, pour être parvenue à organiser cette présentation importante alors même que l’on connaît les difficultés qu’il y a à obtenir des prêts des musées russes, sans compter la « concurrence » entre établissements générée par l’intérêt croissant pour cette sphère géographique (le Musée d’Orsay présente lui-même en ce moment une exposition sur l’art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle). Malgré ces obstacles, le musée d’Ixelles a réuni un ensemble remarquable (provenant d’institutions prestigieuses mais aussi d’autres moins connues et aux collections visiblement passionnantes) et peuple plusieurs salles de cet imaginaire russe qui, allié au contexte symboliste, provoque chez le visiteur un dépaysement assuré.
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2.
Mikhail Vroubel
La Muse, 1890
Huile sur toile -
33 x 40 cm
Saratov, Musée des Beau-Arts Radichtchev
Photo : Service de presse |
L’exposition, placée conjointement sous le commissariat de Nicole d’Huart, qui s’est rendue à plusieurs reprises en Russie pour explorer les trésors des musées provinciaux, et de Ida Hoffmann (directeur de recherche à la Galerie Tretiakov de Moscou) propose une synthèse du Symbolisme russe qui se manifesta en deux vagues successives et fut identifié, dans le contexte culturel spécifique du pays, avec le mouvement moderne
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3.
Nikolaï Roerich
Le Tour de ronde, 1905
Huile sur toile -
148 x 148 cm
Saint-Petersbourg, Musée national russe
Photo : Service de presse |
La grande salle du musée (ancienne salle communale datant du début du XXe siècle et pourvue d’une scène et d’une galerie en mezzanine) voit son architecture particulière mise à profit pour présenter la première période du symbolisme russe. Avec la croissance d’un nouvelle grande bourgeoisie, on voit en effet apparaître dans les années 1880 ces hôtels particuliers (les ossobniak) qui seront souvent le lieu d’expérimentation des artistes, à la faveur de commandes importantes. Mikhail Vroubel, l’un des peintres « phare» du symbolisme et l’un des rares artistes mystiques de la Russie fin-de-siècle, occupe ici une place majeure. Son grand décor pour l’ossobniak Morozov de Moscou est accroché au fond de la salle et laisse planer sa scène faustienne sur l‘ensemble de la visite (ill. 1) .Mais pas moins de six autres œuvres de Vroubel enrichissent l’exposition : un Démon déchu, le Cygne, Le Prophète, Le Jeu des Naïades, La Muse (ill. 2) et un projet de cheminée en majolique ; il faut y ajouter quatre céramiques du même artiste, donnant ainsi une synthèse remarquable de son art. On sait en effet qu’un cercle de création et d’ateliers, situé à Abramtsévo, favorisait les arts décoratifs et une revisitation des traditions plastiques russes anciennes. Outre Vroubel, des artistes comme Alexandre Golovine, Eléna Polénova ou Valentin Sérov participèrent aussi à ces ateliers et sont ici bien représentés. Citons, de Golovine, le troublant paysage nocturne : Serrement de cœur de 1894. Proche de ces artistes, quoique indépendant d’Abramtsévo, Nikolaï Roerich peint, dans une manière synthétique, des scènes et des paysages pénétrés de mémoire archaïque : Le Grand Sacrifice, Vieille forteresse et Le Tour de ronde (ill. 3) évoquent par les sujets comme par la technique une Russie immémoriale et primitive dont l’imagerie n’a certes pas dû laisser Eisenstein indifférent.
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4. Victor Borissov-Moussatov
Le Parc s’enfonce dans la pénombre, 1904
Détrempe et pastel sur toile - 100 x 82 cm
Ivanovo, Union des Musées d’Art
Photo : Service de presse |
Victor Borissov-Moussatov, qui séjourna à Paris et admirait Puvis de Chavannes, s’exprime quant à lui dans un art qui unit méditation lyrique et mélancolie (Fantômes, 1903, Le Parc s’enfonce dans la pénombre, 1904) (ill. 4). Citons aussi Vassili Dénissov et ses étonnants Péchés, sans doute les œuvres les plus intéressantes de l’exposition. Cette tendance connaît toutefois son apogée avec des amis et disciples de Borissov-Mousatov au sein du cercle de La Rose bleue, inspirée à ses membres par le théâtre de Maeterlinck et dont le nom sert de sous-titre à l’exposition. Si ce cercle organisa son salon en 1907, il rappelle, par son ambition esthétique et idéaliste (la rose bleue étant une fleur inconnue) les salons de la Rose+Croix tenus à Paris de 1892 à 1897 : tissus bleus, parfums répandus, orchestre invisible etc... Cependant, tandis que le sanctuaire parisien avait été organisé par un théoricien pétri d’ésotérisme (Péladan), ce sont les artistes eux-mêmes, provinciaux pour la plupart, qui créèrent ce cénacle russe et principalement Piotr Outkine et Pavel Kousnetzov, tous deux originaires le Saratov. De Piotr Outkine on peut admirer de nombreuses œuvres parmi lesquelles des nocturnes nébuleux et mystérieux où se décèle l’influence de Vroubel ( La Nuit, le vent,1907 et Amateurs de tempête, 1908) mais qu’adoucit parfois un sentiment élégiaque (Rêve, 1905, Triomphe du ciel, 1906).
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5.
Pavel Kouznetsov
La Fontaine bleue, 1905
Détrempe sur toile - 129 x 132 cm
Moscou, Galerie nationale Trétiakov
Photo : Service de presse |
On retrouve cette vision d’une nature idéalisée dans le Paysage du Nord avec des rennes (1902) de Kouznetsov, dont la Fontaine bleue (ill. 5) rappelle encore l’impact international de Maeterlinck. Les liens de la peinture russe avec le théâtre s’amplifieront avec le temps et gagneront en importance lors de la deuxième vague du symbolisme russe, moment qui tente une synthèse entre l’héritage idéaliste et un « nouveau réalisme » théorisé vers 1907 par Maximilien Volochine (l’exposition présente un certain nombre de projets de décors et de costumes de théâtre). C’est l’époque des salons de La Toison d’or et du rapprochement avec les peintres français. L’oeuvre du moscovite Nikolaï Sapounov (Hortensias bleus, 1907, Le Thé, 1912) reflète cette évolution vers un « modernisme » proprement russe. Les dernières salles illustrent encore cette tendance, en particulier avec les tableaux de Martiros Sariane, artiste dont l’esthétique nous paraît cependant beaucoup moins convaincante (on s’éloigne absolument du sujet) et dont la simplification semble plutôt relever d’une sorte de naïveté (parfois à la limite de la vulgarité) que d’un réel « primitivisme » étudié.
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6.
Anna Goloubkina
Vase brouillard, 1908
Marbre -
53 x 32 x 33 cm
Moscou, Galerie nationale Trétiakov
Photo : J.D. Jumeau-Lafond |
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7.
Vladimir Domogatski
Figure de femme
Marbre -
53 x 25 x 28 cm
Moscou, Galerie nationale Trétiakov
Photo : J.D. Jumeau-Lafond |
Cette belle exposition qui n’omet ni la sculpture, avec de belles œuvres de Goloubkina (ill. 6) et de Domogatski (ill. 7), ni les arts décoratifs (avec en particulier des céramiques de Valentin Sérov) permet la découverte de nombreuses œuvres rarement vues, voire inédites. Le catalogue qui l’accompagne, bien que pourvu de notices biographiques brèves, complète heureusement la visite. Signalons qu’en annexe de cette exposition, le musée d’Ixelles a eu la bonne idée d’accrocher dans la mezzanine de la première salle un certain nombre d’oeuvres symbolistes non russes provenant de sa propre collection, parmi lesquelles des acquisitions récentes (un beau Henry de Groux). On ne peut donc que conseiller le voyage à Ixelles dont le musée poursuit depuis de nombreuses années une politique particulièrement inventive, fait marquant si l’on considère la paysage muséal bruxellois par ailleurs assez terne.
Jean-David Jumeau-Lafond
(mis en ligne le 1er janvier 2006)
Catalogue : Ida Hoffmann, Le Symbolisme russe. La Rose bleue, Europalia/Fonds Mercator, Anvers, 2005, 145 pages, 35 €. ISBN 90-6153-610-3.
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