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Rembrandt. Les dessins de Dresde
Paris, Fondation Custodia. 30 mars 2006 - 21 mai 2006
1. Elève de Rembrandt
(peut-être correction par Rembrandt lui-même)
Déploration du Christ
Plume et encre brune
- 18,2 x 26 cm
Dresde, Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen
© Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen |
En cette année Rembrandt, la Fondation Custodia se devait de célébrer l'artiste avec un faste particulier. C'est chose faite grâce aux accrochages successifs des estampes de sa collection, et à cette présentation magnifique du fonds des feuilles rembranesques du musée de Dresde, en attendant bientôt celle consacrée aux dessins du Kupferstichkabinett de Berlin, de janvier à mars 2007.
On ne dira jamais assez à quel point une visite à l'Institut Néerlandais est plaisante. Dans une atmosphère d'hôtel particulier, les œuvres sont accrochées simplement, sans mise en scène tape à l'œil. Cette exposition, accompagnée par un catalogue remarquablement édité et très agréable à lire, ne faillit pas à la tradition.
2. Rembrandt (1606-1669)
L'enlèvement de Ganymède, vers 1635
Plume et encre brune, lavis brun - 18,3 x 16 cm
Dresde, Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen
© Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen |
La véritable originalité de ce projet réside dans son approche. On s'intéresse ici au connoisorship, à l'évolution du nombre de Rembrandt identifiés dans les collections de Dresde, fluctuant au rythme des attributions (parfois) et désattributions (souvent). On sait que celui-ci est l'un des artistes dont l'œuvre a le plus varié, de nombreux tableaux et dessins d'élèves ayant enrichi indûment sa production. Depuis la mise en place du Rembrandt Research Project, son corpus avait été drastiquement revue à la baisse. Ce n'est que récemment qu'on assiste à un léger mouvement contraire, certains tableaux désattribués étant rendus au maître lui-même.
Les dessins n'ont pas échappé à cette valse des attributions, et c'est cet aspect que la présentation et le catalogue souhaitent évoquer. Avant 1890, Dresde pensait conserver 125 dessins de Rembrandt. Après plus d'un siècle pendant lesquels de nombreux érudits se penchèrent sur cette collection, seuls 21 ont résisté à cette épuration radicale. Les chapitres du catalogue sont organisés pour rendre compte de ces évolutions successives.
3. Rembrandt (1606-1669)
Diane et Actéon, vers 1663-1665
Plume et encre brune, lavis brun - 24,6 x 34,7 cm
Dresde, Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen
© Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen |
Il n'est pas toujours simple de discerner la main du maître de celles de ses imitateurs et élèves. On lit parfois que le caractère autographe se distingue aisément à l'économie du trait, à l'évidence du génie. La réalité est beaucoup moins simple. Les meilleurs historiens de l'art se sont trompés, et l'ensemble aujourd'hui reconnu comme authentique évoluera sans doute encore. L'exercice trouve donc largement ses limites et chacun devra se faire sa propre idée. Pour notre part, nous nous garderons de juger des attributions, tant cela reste difficile. Certains dessins sont ici présentés comme réalisés par des élèves mais retouchés par le maître (ill. 1). On voit ici la limite de l'exercice, qui peut aboutir assez vite à un jeu purement intellectuel qui reste parfois de l'ordre de la foi.
4. Elève de Rembrandt
Mère avec son nourrisson et vieille femme
Plume et encre brune - 13 x 10 cm
Dresde, Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen
© Kupferstich-Kabinett des Staatliche Kunstammlungen |
Reste le plaisir esthétique intense qu'offre la contemplation des feuilles réunies à l'Institut Néerlandais, qu'elles soient, ou non, de Rembrandt. Celles qui lui sont données sans l'ombre d'un doute sont éblouissantes, comme cet Enlèvement de Ganymède (ill. 2)1 ou ce Diane et Actéon (ill. 3) dont chaque trait, apparemment dessiné au hasard, trouve sa juste place.
Mais celles qui ne sont que modestement données à des élèves ou à des imitateurs ne sont pas en reste. Observons en effet la Mère avec son nourrisson et vieille femme (ill. 4). Simplicité et autorité du trait, dépouillement de la composition : tout y est. Pourtant, elle ne serait que d'un élève.
Le catalogue est passionnant et permet de comprendre comment un dessin peut passer du statut d'autographe à celui de simple exercice d'atelier. Ce parti-pris risque néanmoins de faire passer à côté de l'essentiel. Les notices se consacrant uniquement à l'attribution auraient sans doute gagné à s'ouvrir davantage à d'autres problèmatiques. Etudier une œuvre d'art ne se résume pas à savoir qui l'a exécutée. On pourra aussi regretter la faible durée de cette exposition. A peine plus d'un mois et demi, c'est bien court. L'exposition se termine dans une semaine : courez-y avant qu'elle ne ferme !
Didier Rykner
(mis en ligne le 14 mai 2006)
1. Le tableau qu'il prépare est actuellement exposé à Amsterdam dans le cadre de Rembrandt-Caravage.
Christian Dittrich, Thomas Ketelsen, avec la collaboration de Katrin Bielmeier et Christien Melzer, Rembrandt. Les dessins de Dresde, Fondation Custodia, Paris, 2006, 168 p., 40 €. ISBN :
0103060000

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