| Rembrandt - Caravaggio
Amsterdam, Van Gogh Museum. Du 24 février 2006 au 18 juin 2006.
Les expositions comparatives sont à la mode. Après Matisse-Picasso, Ingres-Picasso, Cézanne-Pissarro actuellement au Musée d'Orsay, voici donc Rembrandt-Caravage. L'association intrigue. Caravage meurt alors que Rembrandt a quatre ans. Ce dernier n'a sans doute jamais vu un tableau du Caravage, qu'il n'a pu connaître qu'à travers ses suiveurs d'Utrecht, Baburen, Honthorst ou Ter Brugghen.
L'exposition confirme ce dont on se doutait un peu : Caravage et Rembrandt n'ont rien de commun. Certes, un observateur superficiel dira que les deux sont des luministes. Mais leur clair-obscur est d'une nature bien différente. Le second sculpte ses figures avec une lumière violente qui vient en général de l'extérieur du tableau. Le premier les enveloppe et les adoucit à partir d'une source lumineuse intérieure à la toile. On ne saurait imaginer procédés plus opposés.
Plutôt que d'une exposition, artificielle et superflue, il faudrait parler de deux. Deux rétrospectives parallèles, qui se croisent parfois par hasard, sans qu'on puisse en déduire quoi que ce soit de pertinent, mais qui ne se rejoignent réellement jamais. Il faudrait être difficile pour ne pas aimer ces deux présentations, d'autant que Jean-Michel Wilmotte, pour une fois sobre, les met en scène d'une manière discrète, sur un fond gris assez agréable : il n'y a que des chefs-d'œuvre ou presque.
1. Rembrandt (1606-1669)
Saskia en Flore, 1635
Huile sur toile - 123,5 x 97,5 cm
Londres, National Gallery
© National Gallery |
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2. Caravage (1571-1610)
Jeune garçon avec une corbeille de fruit, vers 1593
Huile sur toile - 70 x 67 cm
Rome, Museo e Galleria Borghese
Photo : Service de presse
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L'ensemble s'ouvre sur quelques tableaux caravagesques hollandais dont la présence ne s'explique que par la volonté de trouver absolument un lien entre les deux peintres.
Puis, les tableaux sont présentés par paire : un Caravage - un Rembrandt, plus rarement en trio, selon des associations parfois iconographiques, parfois formelles, dont la plupart sont purement artificielles. Quoi de commun entre l'ascèse de Saint Jérôme et la sensualité de Bethsabée, sinon une parenté (très lointaine) entre la pose de profil, à gauche ? Quel rapport entre le Portrait de Saskia en Flore et le Jeune garçon sinon la semblable habileté qu'on les deux artistes pour peindre des végétaux : fleurs d'un côté, fruits de l'autre. Si Rembrandt traite le bouquet comme un simple attribut iconographique, justifiant le travestissement mythologique de sa femme, le panier de fruit de Caravage est représenté presque comme une nature morte indépendante, rappelant par là même que le peintre pratiqua ce genre, au contraire de Rembrandt1. Les ressemblances sont, on le voit, très superficielles, sans qu'il y ait communauté d'intérêt ni influence de l'un sur l'autre. Encore ces deux toiles sont-elles parmi celles qui présentent le plus de points communs. Bien davantage qu'entre la Fiancée juive (Rembrandt, Rijksmuseum) et La Conversion de la Madeleine (Caravage, Detroit) ou La Madeleine pénitente (Caravage, ) et Flore (Rembrandt, Dresde)...
3. Rembrandt (1606-1669)
Le Reniement de saint Pierre, vers 1660
Huile sur toile - 154 x 169 cm
Amsterdam, Rijksmseum
© Rijksmuseum |
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4. Caravage (1571-1610)
L'Arrestation du Christ, 1602
Huile sur toile - 133,5 x 169,5 cm
Dublin, National Gallery of Irlande
Photo : Service de presse |
S'il n'y a aucune relation évidente entre le Reniement de saint Pierre de Rembrandt et L'Arrestation du Christ de Caravage, cette exposition est l'occasion d'admirer à nouveau ce dernier tableau, découvert il y a quelques années chez les Jésuites d'Edimbourg. Sa qualité picturale exceptionnelle et l'intense émotion qu'il dégagent en font une des plus belles œuvres de l'art occidental.
On l'aura compris : Caravage - Rembrandt est une magnifique exposition, bien présentée et où l'on ne peut voir que des œuvres majeures. Elle est aussi totalement vaine du point de vue de l'histoire de l'art, même si le catalogue est plus intelligent que son sujet. On peut d'ailleurs y lire des phrase comme celles-ci : « leur utilisation de la technique du clair-obscur diffère hautement » ou « Les raisons pour lesquelles Rembrandt peut être considéré comme l'héritier du Caravage semblent plutôt discutables ». On allait le dire.
Didier Rykner
(mis en ligne le 9 avril 2006)
1. Un lecteur nous fait remarquer que Rembrandt a peint des natures mortes, telles que le Bœuf écorché du Louvre. Il a raison bien sûr, mais nous voulions dire qu'il n'a pas pratiqué la nature morte "classique" d'objets, de fleurs ou de fruits, posés sur une table.
Catalogue : Collectif, Rembrandt - Caravage, Hazan, 2006, 35 €. ISBN :
2-75410-083-0
Le catalogue existe en néerlandais, en anglais et en français. Vous pouvez l'acheter ici en français.

A propos des expositions Caravage qui se multiplient, et des risque souvent inutiles que cela fait courir aux œuvres, on pourra lire sur ce site :
Une apostille sur les expositions Caravage et Vélasquez (12/12/05)
Editorial : Réflexions sur une exposition (15/05/05)
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