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Gustave Kahn (1859-1936). Ecrivain symboliste et critique d’art
Paris, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, du 24 octobre 2006 au 28 janvier 2007.

Photographie de Gustave Kahn à la chaise
Sans date
Ancienne collection Gustave Kahn
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Les expositions monographiques consacrées à un écrivain, un critique ou un compositeur sont rares. Elle permettent pourtant, au-delà du personnage lui-même, d’aborder une époque ou un mouvement de manière transversale et souvent originale. Certes, ces présentations ne drainent pas souvent les foules et s’adressent plutôt à un public éclairé. Leur caractère pédagogique s’avère pourtant très efficace. C’est le cas de l’ensemble de documents, lettres, peintures et livres réunis au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme autour de la figure trop méconnue de Gustave Kahn. Cette manifestation de grande qualité est placée sous la direction de Françoise Lucbert, spécialiste de la critique symboliste dont l’ouvrage récent sur ce sujet a été commenté dans La Tribune de l’art (voir l'article) et de Richard Shryock, éditeur en 1996 d’une partie de la Correspondance de Kahn. Autant dire que la rigueur universitaire préside à cette réunion documentaire tout en bénéficiant d’un accrochage élégant et intime.
L’exposition aborde les différentes facettes de l’activité du critique : défense de l’Impressionnisme, du Néo-impressionnisme puis du Symbolisme, militantisme social et politique, implication dans les questions liées au féminisme et au sionisme etc.. La richesse des prêts donne à voir de nombreux documents jamais publiés de premier pan, quelques œuvres de grande qualité et souvent inédites et reconstitue comme un « cabinet » Gustave Kahn pour le plus grand plaisir non seulement des historiens mais aussi des amateurs d’autographes et de bibliophilie. Depuis l’enfance du critique jusqu’à son action durant les années trente, l’exposition suit un parcours thématique et chronologique éloquent et sobre. Si l’on n’y contemple pas de grand chef d’oeuvre artistique (mais ce n’est pas le propos), on découvre avec grand plaisir bien des trésors jamais vus de Maximilien Luce, Maurice Denis, Georges Seurat, Paul Signac, Othon Friesz, Léonard T. Foujita et quelques autres. A travers la personnalité de Gustave Kahn, ce sont les liens du Symbolisme et de la pensée sociale qui sont mis en exergue tout comme la place de l’écrivain juif dans son époque. L’exposition, à cet égard, évite l’écueil de la monographie communautariste que le lieu d’exposition pourrait entraîner.
Il est dommage qu’aucun catalogue ne vienne toutefois pérenniser cet ensemble précieux mais l’on peut espérer que les actes du très prometteur colloque international qui se tiendra au même endroit les 22 et 23 novembre incluront au moins une liste des documents présentés. Un dernier regret enfin : on peut s’étonner que le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, situé dans le bel hôtel de Saint-Aignan, soit fermé le samedi, jour de grande affluence dans ce quartier du Marais, et ce, semble-t-il, pour des raisons confessionnelles, alors qu’il s’agit d’un établissement qui relève de l’Etat et de la Ville de Paris.
Jean-David Jumeau-Lafond
(mis en ligne le 30 octobre 2006)
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