| Hans Holbein d. J. Die Basler Jahre 1515 bis 1532
(Hans Holbein le Jeune. Les années bâloises 1515-1532)
Bâle, Kunstmuseum. Du 31 mars 2006 au 1er juillet 2006.
(version anglaise)
Dans le livre très brillant qu’ils ont consacré à Hans Holbein le jeune (Gallimard, 1997), Oskar Bätschmann et Pascal Griener ont campé un artiste aussi ambitieux (référence constante à Apelle) que très habile dans la tourmente confessionnelle qu’il traversa au seuil de la Réforme. Qu’il s’agisse de ses prétentions à passer pour un pictor doctus à la manière de Dürer, de ses emprunts à l’Italie (Léonard de Vinci, Mantegna, etc.), de ses liens multiples avec l’édition des textes luthériens mais aussi de son modérantisme érasmien, et par conséquent de l’équilibre que le peintre avait su conserver entre les critiques de l’Église du pape et les besoins cultuels de la vraie piété, leur livre faisait montre d’un rare brio. Mais il fallait une exposition comme celle que nous propose le Kunstmuseum de Bâle pour mettre pleinement en relation le génie du peintre, sa large culture visuelle et les saccades de sa carrière itinérante, une trentaine d’années inscrites entre Augsbourg et Londres.
1. Hans Holbein le Jeune (1497/98-1543)
Le Christ Mort, 1521
Huile sur panneau - 30,5 x 200 cm
Bâle, Kunstmuseum
Photo : Bâle, Kunstmuseum |
2. Hans Holbein le Jeune (1497/98-1543)
La Madone de Soleure (Solothurn), 1522
Huile sur panneau - 140,5 x 102 cm
Solothurn, Museum der Stadt Solothurn
Photo : Service de presse |
Double d’ailleurs sera l’hommage rendu à l’artiste en 2006 : la Suisse évoque la période 1515-1532, la Tate Britain se penchera sur la décade anglaise, qui s’achève avec la mort d’Holbein en 1543. L’ampleur donnée à l’exposition de Bâle, près de 200 tableaux, dessins et gravures, rend justice à un artiste aussi polyvalent que son père et son frère, capable ainsi de passer du grand décor à la gravure microscopique, sans mentionner les portraits qui dans tous les formats ont maintenu au plus haut la réputation de l’artiste jusqu’à nous. Comme le rappelle la rétrospective du Louvre suffisamment, Ingres en avait une connaissance qui allait bien au-delà des collections royales. On sait qu’il tenait son aîné en grande estime. En témoigne cette inscription relevée sur un dessin du musée de Montauban : « Les portraits de Holbein sont au-dessus de tous, il n’y a que ceux de Raphaël qui le surpassent ».
3. Hans Holbein le Jeune (1497/98-1543)
La Madone de Darmstadt, 1526
Huile sur panneau - 146,5 x 102 cm
Darmstadt, Schlossmuseum
Photo : Service de presse |
L’exposition de Bâle le confirme, bien entendu. Mais en réunissant pour la première fois le meilleur de la production religieuse autour du célèbre et inoubliable Christ mort (ill. 1) elle nous permet de comprendre en quoi Holbein a infléchi les formules de l’iconographie mariale, entre italianisme affirmé et contexte iconoclaste, familiarité chaleureuse et dignité céleste. On ne reverra plus jamais ensemble des chefs-d’œuvre pareils à la Madone de Soleure et la Vierge de Darmstadt (ill. 2 et 3). La proximité qu’elles induisent avec le spectateur, l’exaltation des belles matières et le tranchant des couleurs au contact de l’or n’ont à l’époque aucun équivalent hors des portraits du maître lui-même. Mais le fanatisme des temps, si étranger à ces images de tendre dévotion, devait jeter l’artiste sur les routes d’une Europe qui allait s’enfoncer petit à petit dans l’un des pires conflits religieux de son histoire. Après avoir échoué à trouver asile auprès de François I er, Holbein fit le choix de la cour d’Henry VIII. Mieux valait sans doute la cruauté d’un roi polygame que les flammes d’une foi mal comprise.
Stéphane Guégan
(mis en ligne le 30 avril 2006)
Sous la direction de Christian Müller et Stephan Kemperdick, Hans Holbein der Jüngere. Die Jahre in Basel 1515-1532, Prestel, 75 FS, ISBN : 3-7913-6065-5 (édition anglaise) et 3-7913-3581-2 (édition allemande). Catalogue magistral.

(version anglaise)
On peut voir également pendant toute la durée de cette rétrospective un très bel ensemble de portraits des XV e et XVI e siècles en provenance des collections princières du Lichtenstein. A ne pas manquer non plus.
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