| Maurice Denis
Paris, Musée d'Orsay, du 31 octobre 2006 au 21 janvier 2007. Puis Montréal, Musée des Beaux-Arts, du 22 février 2007 au 20 mai 2007 et Rovereto, Museo di Arte moderna e contemporaneo di Trento, du 23 juin 2007 au 23 septembre 2007.
Remarque : En attendant que la jurispudence vienne préciser les termes de la loi sur les droits d'auteur et droits apparentés, nous préférons nous conformer aux exigences de l'ADAGP. Nous retirerons donc, pour les artistes morts depuis moins de 70 ans - ce qui est le cas de Maurice Denis - les images après la fin des expositions.
Lorsque l’on évoque Maurice Denis, reviennent généralement en mémoire un tableau du musée d’Orsay, Les Muses (1893), œuvre emblématique du symbolisme, et une phrase, écrite à l’âge de vingt ans seulement. « Se rappeler qu’un tableau — avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote — est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » : cet aphorisme est une forme de programme pictural qui, avec fulgurance, montre la voie vers l’abstraction, mais, comme le souligne Jean-Paul Bouillon, commissaire scientifique de l'exposition, trompe quant au développement ultérieur de l’œuvre de l’artiste.
L’exposition du musée d’Orsay présente, avec un nombre conséquent d’œuvres, le parcours de Maurice Denis, de la synthèse des premières toiles nabies, véritables concentrés de spiritualité confinant à l’abstraction, à l’emphase des grands décors aux couleurs acidulées. De nombreuses toiles proviennent de collections particulières, et de découvertes en redécouvertes, c’est à une nouvelle vision de l’œuvre du peintre que nous sommes conviés.
Tableau © ADAGP
Photo supprimée
2. Maurice Denis (1870-1943)
La Princesse dans la tour, 1894
Huile sur toile - 58 x 71 cm
Paris, Daniel Malingue
© ADAGP, Paris 2006
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De Gauguin, les Nabis ont retenu le fameux précepte : « L’art est une abstraction ». Plus tard, l’artiste, dont Jean-Paul Bouillon rappelle dans un précieux essai du catalogue qu’il est un important théoricien de la peinture, déclare : « L’art est la sanctification de la nature ». Il prend alors pour modèle le peintre Fra Angelico, à la fois artiste et prêtre, pour lequel l’art est un mode de médiation vers Dieu. Les œuvres que l’on découvre dans les premières salles de l’exposition sont ainsi le reflet de cette foi dans l’homme et dans la nature, transfigurée, idéalisée, essentialisée comme dans Christ vert (1890, collection particulière), image irradiée, fauve, de la Crucifixion.
Tableau © ADAGP
Photo supprimée
3. Maurice Denis (1870-1943)
Le Colisée, 1898
Huile sur carton - 20,5 x 33,5 cm
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2006
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En dehors des thèmes religieux, très nombreux, et qui donnent des œuvres au charme mystique et primitif, où règne un étrange calme, comme Procession pascale (1892, collection Peter Marino), Denis explore plusieurs registres du symbolisme pictural en vogue dans les années 1890. A de multiples reprises est décrit le chemin initiatique, semé d’embûches (Avril, ill.1), ou serpentant vers la connaissance entre des arbres rythmant la composition comme sur une portée musicale (Les Arbres verts, 1893, Paris, musée d’Orsay). Aboutissement de cette quête, le jardin mystique du Paravent aux colombes (1896, collection particulière) fait écho à la vision d’un Paradis rêvé. Le thème de la princesse, symbole de pureté, est lui aussi éminemment symboliste : La Princesse dans la tour (ill. 2) s’inspire directement de la pièce de Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, dont Denis signa les costumes lors de sa représentation au Théâtre de l’Œuvre.
Lors d’un voyage en Italie aux côtés d’André Gide en 1898, Maurice Denis reçoit le choc de l’art classique, notamment à la vue des œuvres de Raphaël. Les couleurs de ses tableaux se font plus acides, les compositions plus strictes, comme en témoignent dans l’exposition plusieurs petits cartons où se lit l’influence de Corot (Le Colisée, ill. 3). Par ailleurs Denis développe le thème des plages, où les corps nus, pleins et purs, de femmes et d’enfants irradiés par la lumière, dans une nature aux couleurs électriques, expriment un bonheur intense et remémorent un âge d’or idéal (Baigneuses, Perros, ill. 4). L’influence de la couleur de Matisse et des Fauves, mais aussi celle de l’art raisonné de Cézanne, auquel Denis en 1900 consacre un Hommage (Paris, musée d’Orsay) sont déterminantes dans ce nouveau classicisme revendiqué. Denis fait alors le chemin à rebours, de l’abstraction vers la nature. Les cycles décoratifs, auxquels il se consacre principalement par la suite, en sont l’illustration (le plafond du Théâtre des Champs-Elysées de 1912 est sans doute sa meilleure réalisation dans ce domaine). Ici, deux cycles exécutés pour des particuliers, La Légende de saint Hubert (1897, Saint-Germain-en-Laye, musée Maurice-Denis) et L’Histoire de Psyché (1909, ill. 5), prêt exceptionnel du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et interprétation étonnante, à la fois ingresque et fauve, du mythe favori des artistes néo-classiques, donnent un aperçu du talent de décorateur du peintre, mais aussi d’une forme d’impasse de la figuration en ce début de XXe siècle, où les avant-gardes se tournent vers l’abstraction pour réclamer « du spirituel dans l’art ». Homme profondément chrétien, Denis fonde après la Première Guerre mondiale les Ateliers d’Art sacré, et s’engage dans la difficile tâche de rénover l’art chrétien. A u Musée d'Orsay (contrairement à Montréal et Rovereto) ne sont hélas pas représentées ses réalisations en tant que décorateur d’église, telles La Glorification de la Croix pour la chapelle Sainte-Croix du Vésinet (1899, toiles démarouflées dès 1903 et conservées aujourd’hui au musée d’Orsay), ou le décor de la chapelle du Prieuré à Saint-Germain-en-Laye (1918-1922).
C’est à un Maurice Denis plus intime que se sont attachés les organisateurs de l’exposition, dont les « intimités passionnées » ponctuent tout le parcours. L’artiste peint tout au long de sa carrière l’amour familial. Marthe, sa première épouse, est représentée des dizaines de fois, soit réelle, humaine, enlaçant ses enfants ( La Mère au corsage noir, 1895, Paris, galerie Hopkins-Custot), soit, imaginée, transposée dans un décor à la Puvis de Chavannes où elle devient muse (Les Muses), sainte (Allégorie mystique, 1892, collection particulière) ou princesse d’un conte (Le Verger des vierges sages, 1893, Paris, collection Daniel Malingue). Son profil de médaille et son teint nacré, parfois translucide comme celui d’un camée, hantent les visions de Denis. On la retrouve, plus prosaïque, mais sans doute aussi plus émouvante aux côtés de leurs enfants, dans les photographies de l’artiste, exposées également au musée d’Orsay. Denis, critique de l’impressionnisme et de son instantanéité, situe sa pratique de la photographie aux antipodes de ses théories artistiques, dans une esthétique proche de celle de son ami Pierre Bonnard, et livre un récit sentimental de sa vie intime, qui vient ré-humaniser son œuvre peint, et rend son personnage des plus attachants.
Tableau © ADAGP
Photo supprimée
6. Maurice Denis (1870-1943)
Illustrations pour Fioretti.
Petites Fleurs de saint François d’Assise –
Dessins préparatoires pour des lettrines
Crayon graphite et gouache sur papier vélin
Photo RMN © ADAGP, Paris 2006
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Parallèlement à l’œuvre peint et photographié sont présentés dans les salles d’exposition du musée d’Orsay deux ensembles de dessins, l’un réalisé pour l’illustration du recueil de poèmes Sagesse de Paul Verlaine, l’autre illustrant les Fioretti de saint François d’Assise. L’activité intense d’illustrateur de Denis est ainsi fort justement rappelée, à défaut de celle, aux côtés de ses amis nabis, de créateur de décors, programmes et costumes pour le Théâtre de l’Œuvre de Lugné-Poe, ou de celle de créateur de papiers peints, activités également peu évoquées dans le catalogue d’exposition. Par ailleurs brillant, l’ouvrage, réalisé sous la direction de Jean-Paul Bouillon, explore divers aspects de l’art de Denis, et livre pour chaque œuvre une notice très complète, le désignant désormais comme un ouvrage de référence sur l’artiste.
Magali Lesauvage
(mis en ligne le 3 décembre 2006)
Sous la direction de Jean-Paul Bouillon, Maurice Denis, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 2006, 320 p., 39 €. ISBN : 2711850536.

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