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Visions du déluge de la Renaissance au XIXe siècle 

Dijon, Musée Magnin. Du 11 octobre 2006 au 10 janvier 2007. Puis Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts du 2 février 2007 au 29 avril 2007.

Attribué à Antoine Rivalz - Le Déluge - Rome, collection Lemme
1. Attribué à Antoine Rivalz (1667-1735)
Le Déluge, vers 1690-1700
Huile sur cuivre - 18 x 23,5 cm
Rome, collection Lemme
Photo : Service de presse

   L'exposition présentée actuellement au Musée Magnin est proche de se terminer, et nous aurions dû en parler plus tôt. Mais elle va connaître une seconde étape en Suisse et, surtout, il restera son catalogue : bien que ne contenant malheureusement pas de notices, selon une mode regrettable1, il fera date. On y trouve plusieurs essais passionnants qui traitent, au delà du thème du déluge dans les arts, de ses origines historiques et des explications scientifiques qui ont été apportées à un phénomène dont l'existence a toujours interrogé les hommes ; de ses rapports avec la théorie du sublime, faisant le lien de manière plus générale avec les représentations des catastrophes ; et de ses origines, à travers une analyse théologique et philosophique aboutissant à une meilleure compréhension de l'iconographie.

Cornelisz van Haarlem - L'Humanité avant le déluge - Toulouse, Musée des Augustins
2. Cornelisz van Haarlem (1562-1638)
L'Humanité avant le déluge, vers 1615
Huile sur panneau - 112 x 155 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Service de presse

   Le musée Magnin ne peut proposer qu'une surface d'exposition réduite. Le nombre d'œuvres n'est donc pas très important, mais le choix est fort judicieux, car il permet d'en découvrir plusieurs peu connues et conservées dans des collections particulières.
   Ainsi, non loin d'une huile sur cuivre attribuée à Antoine Rivalz2 (ill. 1), on admirera une très belle copie par Pierre Peyron d'après L'Hiver ou le Déluge de Nicolas Poussin. Plusieurs tableaux, exposés en raison de leur sujet, sont pour l'instant anonymes malgré de réelles qualités, comme deux toiles du musée d'Epinal dont même le lieu de création n'est pas identifié avec précision (France ou Italie pour l'un, France ou Flandres pour l'autre).

   L'accrochage, chronologique, commence avec le XVIe siècle représenté par des estampes, des dessins et quelques peintures. Les scènes figurent tant l'humanité avant le déluge, comme avec Cornelisz van Haarlem (ill. 2), que le cataclysme lui-même ou les eaux se retirant. L'iconographie de l'arche n'est pas figée : il s'agit tantôt d'une gigantesque boîte en bois, tantôt d'un bateau de forme classique portant une espèce de maison. L'essai du catalogue décrivant les doctes interrogations des érudits des siècles passés sur la taille et la capacité de l'arche est particulièrement savoureux. Il s'agissait, au temps de la science naissante, de démontrer la faisabilité de l'opération.

Attribué à Joseph-Désiré Court - Le Déluge - Paris, collection particulière
3. Attribué à Joseph-Désiré Court (1797-1865)
Le Déluge, vers 1822
Pierre noire et fusain - 54 x 44 cm
Paris, collection particulière
Photo : Service de presse

   A la tragédie collective qui a valeur d'exemple, prédominante du XVIe au début du XVIIIe siècle, succède la tragédie personnelle à l'époque néoclassique et romantique. C'est le drame d'un couple, comme dans le beau dessin de Pierre-Maximilien Delafontaine3 (Rennes, Musée des Beaux-Arts) et la toile de Füssli (Winterthur, Kunsmuseum), ou celui d'une famille avec Court (ill. 3), Regnault (Louvre) ou Girodet dont deux dessins préparatoires à Une scène de déluge sont exposés. Le XIXe siècle verra dans ce thème un prétexte à représenter des scènes épiques et spectaculaires comme John Martin ou Francis Danby en Angleterre et Gustave Doré, plus tardivement, en France, mais aussi des réflexions philosophiques ou mystiques comme chez Paul Chenavard ou Charles Gleyre (dont le Déluge, actuellement montré dans la rétrospective de Lausanne, viendra enrichir l'étape suisse).

   Le musée Magnin montre ici qu'une petite exposition (nous sommes proche du dossier), lorsqu'elle est bien faite, peut avoir un intérêt parfois supérieur à certaines grandes machines.

Didier Rykner
(mis en ligne le 1er janvier 2007)

1. Juste une liste des œuvres exposées avec des bibliographies et des historiques fort légers.
2. Absente du catalogue : Jean Penent, Antoine Rivalz 166-1735. Le Romain de Toulouse, Somogy Editions d'Art, Paris, 2004.
3. Le tableau définitif, conservé au Musée Baron-Martin à Gray, sera exposé à Lausanne.

Rémi Cariel, Sylvie Wuhrmann, Maria Susanna Seguin, Jean-Claude Lebensztejn, Visions du déluge de la Renaissance au XIXe siècle, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2006, 128 p., 29 €. ISBN : 2-7118-5121-4.