Thomas Couture (1815-1879). Portraits d'une époque


   Couture fait partie de ces artistes qui ont la chance d'être nés hors de Paris et de bénéficier de l'attention des musées de leur ville d'origine. Après plusieurs expositions consacrées à ce peintre, les musées de Senlis nous permettent aujourd'hui de découvrir un aspect particulièrement attachant de son œuvre. Il fut en effet l'un des plus importants portraitistes du XIXe siècle. Bien que réduite - faute de budget, aucune toile n'a pu être empruntée à l'étranger - l'exposition est remarquable tant par la présentation que par la qualité des toiles présentées.

   Thomas Couture aime les teintes sombres. Presque tous ses modèles posent en costume noir, brun ou gris, ce qui lui donne l'occasion de démontrer sa virtuosité. Le Portrait de la baronne d'Astier de la Vigerie, acquisition récente du musée de Senlis (cat. 12, ill. 1), est à ce titre exemplaire. Sur un fond ocre, la baronne est assise, le corps de trois-quart et le visage de face, dans une robe noire. Seuls le col, l'extrémité des manches de sa chemise et le mouchoir blanc qu'elle tient sur ses genoux apportent un contraste avec la tonalité générale de l'œuvre. La mise en page est simple, sans affectation. Ces caractéristiques se retrouvent dans nombre des portraits peints de Couture, comme ceux de la Comtesse d'Ussel (cat. 14, Collection particulière) ou de Jean Couture, le père du peintre (cat. 1,  Senlis, Musée d'Art et d'Archéologie). L'absence d'affectation, en revanche, n'est pas ce qui caractérise le mieux le Portrait d'Henri Didier (cat. 9, Compiègne, Musée Vivenel, ill. 2). Sur fond de paysage où jouent de petits amours, le jeune homme pose avec ostentation, dans une attitude qui évoque les nobles espagnols peints par Velázquez. L'exposition montre que Couture fut fortement influencé par l'art du siècle d'or espagnol, et que son absence à l'exposition Manet-Velázquez était injustifiée.  

Couture_-_Baronne_dAstier_de_la_Vigerie.JPG (62332 octets)

                                                        

Thomas Couture - Henri Didier, 1843-1844 - Huile sur toile - 202 x 117 cm - Compiègne, Musée Vivenel - Photo service de presse

1. Thomas Couture
Baronne d'Astier de la Vigerie
Senlis, Musée d'Art et d'Archéologie

2. Thomas Couture
Henri Didier
Compiègne, Musée Vivenel

   A côté de ces portraits en pied ou demi-pied, Couture réalisa de nombreux bustes, peints ou dessinés. Sa technique graphique, au fusain avec des rehauts de craie blanche sur papier bleu (souvent passé, en raison de l'exposition à la lumière), est très reconnaissable. Célèbres à juste titre, deux feuilles appartenant au Musée Carnavalet, les portraits de George Sand et de Pierre-Jean de Béranger (cat. 19 et 20), sont exposées. Elles résument, par l'acuité du regard et la finesse de l'analyse psychologique, le talent de dessinateur de l'artiste, confirmé par des œuvres moins connues, telles que le fier Autoportrait du Musée de Senlis et le Marquis Amédée de Gouvello (cat. 15, collection particulière) aux noirs veloutés que permet l'estompage du fusain.

Couture_-_Madame_de_Brunecke.JPG (75636 octets)

3. Thomas Couture
Madame de Brunecke
Compiègne, Musée National du Château

   Si l'on ne peut reprendre l'opinion de Bénédicte Ottinger que « ses portraits beaucoup plus libres [de la fin de sa vie] annoncent, à leur manière, l'impressionnisme », celui-ci tenta dans certaines toiles tardives de s'en rapprocher par la touche et les coloris. Il est instructif de constater que le seul portrait réellement médiocre de l'exposition soit celui où, vers la fin de sa vie, il s'applique à imiter cette manière qui, de toute évidence, ne lui convient pas (Jeune fille endormie, cat. 32, Compiègne, Musée National du Château). Quant au charmant petit tableau La Lecture, d'une date beaucoup plus précoce (vers 1860), il peut aussi bien se comparer à Feuerbach (qui fut l'élève de Couture) qu'au jeune Monet. Si l'on devait rapprocher Couture d'un de ses contemporains, ce serait sans doute, dans certains portraits tels que celui de Madame de Brunecke (cat. 31, Compiègne, Musée National du Château, ill. 3), à Courbet que l'on pourrait se référer. Mais il faut se garder de placer Couture dans l'avant-garde. Il est, dans l'acception la plus noble du terme, un classique.

Didier Rykner
(mis en ligne le 26 octobre 2003)

 

Senlis, Musée de l'Hôtel de Vermondois. Exposition terminée le 5 janvier 2003.

Catalogue par Bénédicte Ottinger, Marie-Jeanne Grosset-Clerjeau et Eric Blanchegorge, Editions Somogy, 14,50 €, ISBN : 2-85056-684-5


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