Nicolas
de Largillierre
Parmi les nombreux portraitistes du siècle de Louis XIV, trois
noms se détachent : François de Troy, Hyacinthe Rigaud et Nicolas de Largillierre.
Après des expositions dédiées au premier et au deuxième1,
Dominique Brême nous propose aujourd'hui, au Musée Jacquemart-André, une
rétrospective consacrée à Nicolas de Largilliere.
Celle-ci est remarquable. Elle prouve, ce que l'on savait,
l'importance du peintre de portraits. Elle révèle la grandeur du peintre
d'histoire.
| Insister sur le peintre d'histoire ne doit pas nous faire
oublier que la réputation de Largillierre portraitiste n'est nullement
usurpée. Il aurait, dit-on, réalisé plus de mille effigies de ses
contemporains. La sélection ici, taille des salles oblige, a été
rigoureuse. Elle évite l'impression de monotonie que l'on peut parfois
avoir devant des galeries de portraits tout en faisant mieux ressortir le
génie de l'artiste. La Belle Strasbourgeoise, son tableau le plus fameux, est présenté (cat. 50). D'autre moins célèbres ne sont pas moins beaux, comme par exemple ce Portrait d'un gentilhomme inconnu (cat. 46, ill. 2) ou les deux autoportraits (cat. 1 et 64, ill. 3). Les portraits collectifs d'échevins, un genre en soi depuis le XVIIe siècle, sont représentés par des esquisses, dont celle acquise récemment par le musée Carnavalet. |
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Portraits, peinture d'histoire, Largillierre toucha à tous les genres. Ses natures mortes, à la luxuriance nordique (cat. 40), peuvent également se faire plus discrètes, plus intimes, comme dans la toile subtile de l'Institut Néerlandais représentant Deux grappes de raisin (cat. 41, ill. 4). Ses paysages étaient rares, un seul est aujourd'hui connu (cat. 6, Musée du Louvre), même si l'on peut rattacher à ce genre la Composition décorative avec rideaux, paysage et animaux (cat. 7, Musée du Louvre), qui décorait peut-être sa maison.
4. Nicolas de Largillierre |
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5. Nicolas de Largillierre |
Curieusement, la reconstitution de l'œuvre graphique est encore balbutiant. Une salle réunit ainsi presque toutes les feuilles connues de l'artiste. Le synthétisme des dessins préparatoires aux portraits, avec leurs têtes schématiquement esquissées (cat. 34, Etude pour un portrait d'homme, ill. 5), leur donne une force d'évocation inversement proportionnelle aux moyens utilisés. Ces feuilles sont beaucoup plus convaincantes que les académies conservées à l'Ecoles des Beaux-Arts, qui nous paraissent un peu compassées.
Deux tableaux majeurs de Largillierre n'ont pu être exposés au musée Jacquemart-André,
le second pour des raisons évidentes de place. L'un, le Portrait de Charles le Brun, est le morceau de réception de l'artiste
à l'Académie, aujourd'hui présenté au musée du Louvre. L'autre, le Portrait
des échevins de Paris, est conservé in-situ, dans l'église
Saint-Etienne-du-Mont. Relevant à la fois du genre du portrait et de la
peinture d'histoire, il constitue un excellent résumé de l'art opulent de Largillierre.
La vision de ces deux tableaux est
essentielle si l'on veut se faire une idée complète de la stature du peintre.
Tous deux sont reproduits dans l'excellent catalogue qui, en attendant celui de l'œuvre
complet que prépare Dominique Brême, constitue le seul ouvrage aujourd'hui disponible sur
l'artiste3.
Didier
Rykner
(mis en ligne le 12 novembre 2003)
1. François de Troy (1645-1730) : dessins et
peintures, 1997, Toulouse, Musée Paul Dupuy ; Hyacinthe Rigaud
dessinateur,
2000, Meaux, Musée Bossuet.
2. L'attribution à Largillierre est due à Christophe Leribault.
3. A l'exception toutefois d'un hors-série de L'Estampille-L'objet d'Art
paru il y a quelques années.
Paris, Musée Jacquemart-André. Exposition terminée le 22 février 2004.
Commissariat de l'exposition : Dominique Brême, maître de conférence à
l'Université de Lille 3 et Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du Musée
Jacquemart-André.
Catalogue par Dominique Brême, Editions Philéas Fogg, 2003.
39 €. ISBN : 2.914498-12-8
Les
photographies du catalogue sont dans l'ensemble très fidèles aux coloris
originaux, ce qui est essentiel pour un peintre comme Largillierre.
Lien vers notre entretien
avec Dominique Brême
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