Berlioz. La voix du romantisme

   Comment exposer un musicien ? Comment relater par l'image l'œuvre et la vie d'un artiste dont le moyen d'expression est si éloigné, a priori, de la vision ? Les commissaires de l'exposition Berlioz relèvent avec élégance le défi, d'autant que les salles du site de Tolbiac sont à l'évidence peu pratiques pour ce type de manifestation. En reconstituant des pièces à taille humaine, en tapissant les murs de tissu aux couleurs évoquant à merveille le XIXe siècle, ils rendent un hommage réussi au musicien. Mais tout cela ne serait rien sans les œuvres. Celles-ci peuvent être classées par genre : portraits (ill. 1) qui illustrent la physionomie bien reconnaissable de l'artiste (celui-ci fut un sujet de choix pour les caricaturistes), représentations contemporaines de thèmes mis en musique par Berlioz (Delacroix, avec notamment sa suite lithographiée pour la Damnation de Faust et une esquisse du Sardanapale), œuvres s'inspirant de ses compositions (lithographies de Fantin-Latour, ill. 2), projets de décors et de costumes pour ses opéras, etc.  Les objets d'art ne manquent pas pour raconter un artiste qui ne se préoccupa pourtant qu'assez peu, au moins dans ses écrits, des arts plastiques. Parmi les rares peintres dont il parla, on peut cependant citer John Martin et Claude Lorrain, tous deux présents à l'exposition, le premier à travers une lithographie de Jazet (La chute de Ninive, cat. 47) et le second par une de ses vues de port (cat. 291).

Franck_-_Hector_Berlioz.JPG (62463 octets)

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1. François Godinet de Villechollle, dit Franck
Hector Berlioz assis dans un fauteuil 
BnF, département des estampes et de la photographie

2. Henri Fantin-Latour
Symphonie fantastique : Un bal 
BnF, département des estampes et de la photographie

   Certaines œuvres sont remarquablement choisies : illustrer Horace Vernet, qui fut le directeur de l'Académie de France à Rome pendant le court séjour de Berlioz, par un autoportrait où l'artiste, par autodérision, se représente avec la tête en forme de violon (proche de celle en forme de poire de Louis-Philippe par Philippon) est bien venu (cat. 69). En revanche, la Révolution de 1830 aurait gagné à être évoquée, plutôt que par le tableau d'Hippolyte Lecomte (cat. 71), par celui de Jean-Louis Bezard, conservé au Musée Carnavalet, qui fut peint par l'artiste à Rome pendant le séjour de Berlioz, alors que les deux hommes élaboraient ensemble le « Système philosophique de l'Indifférence absolue en matière universelle ».
   Stéphane Guégan dit, ci-dessous, tout l'intérêt du catalogue qui accompagne l'exposition. Regrettons seulement que celui-ci ne reproduise pas l'intégralité des œuvres exposées.

Didier Rykner
(mis en ligne le 4 novembre 2003)

Paris, Bibliothèque Nationale de France, site François Mitterrand. Exposition terminée le 18 janvier 2003.

 

   Il  manquait un ouvrage qui  permît, par le texte et l'illustration, de prendre rapidement et intelligemment la mesure exacte de la vie et de l’œuvre de Berlioz, si liées l'une et l'autre à la plupart des aspects et des enjeux du romantisme des années 1820-1860. Car plus la connaissance de ses écrits progresse, plus s'impose l'évidence que ce musicien volcanique n'a cessé de sortir de sa sphère, de se nourrir et d'agir sur tous les domaines de la création.
   Berlioz fut donc bien plus qu'un faiseur de notes : le catalogue de l'exposition de la BNF, sans bavardage inutile, le montre s'enflammant pour les combats de sa génération (guerre d'indépendance en Grèce, révolution de 1830, etc.), les écrivains fondateurs (Shakespeare, Goethe, etc.) et leurs héritiers (Chateaubriand, Hugo, Gautier, etc.), de même que pour la musique d'hier et d'aujourd'hui. Car Berlioz ne rejette pas plus les grands aînés, Virgile ou Gluck, qu'il ne méprise les institutions sans lesquelles il n'était pas encore aisé de faire carrière. Tout lui est bon pour s'imposer, la villa Médicis, les commandes officielles et le voyage à travers l'Europe de Liszt et Wagner.
   Créateur comme eux d'une musique qui entend faire image plus librement, plus profondément que ne l'autorisent les mots et les arts visuels, Cécile Reynaud a raison d'y insister, Berlioz ne pouvait connaître l'accomplissement d'une telle esthétique qu'en scène. Si cet ouvrage s'efforce de mettre en lumière d'autres partitions que la Symphonie fantastique, notamment la musique sacrée et funèbre, il se devait de se refermer avec l'opéra et l'expérience de l'art total tel que les romantiques l'ont rêvé et si peu réalisé. A sa manière, ce beau livre en retrouve la polyphonie et comme la fièvre. 

Stéphane Guégan
(mis en ligne le 4 novembre 2003)

Catherine  Massip et Cécile Reynaud (dir.), Berlioz. La voix du romantisme, Co-édition BNF/Fayard,  266  p.,  200 ill env., 45 €. ISBN : 2-213-61697-3.

On lira aussi, plus érudit, le
Dictionnaire Berlioz, sous la direction de Pierre Citron et Cécile Reynaud, 618 p. Fayard, 35 €.

A la Bibliothèque-musée de l'Opéra, se tenait jusqu'au 18 janvier l'exposition Berlioz et l'Opéra en feuilleton.

Site Internet de l'exposition de la BnF

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