Frédéric Bazille

   Profitant de la fermeture du musée Fabre et des salles basses d’Orsay, le musée Marmottan consacre une exposition à l’un des premiers acteurs du mouvement impressionniste, Frédéric Bazille, en 23 toiles et quelques dessins. Ami proche de Monet, le maître des lieux, nous ne connaîtrons jamais que son œuvre de jeunesse puisqu’il mourut en 1870, quatre ans avant la première exposition impressionniste.

   Il y a dix ans à Montpellier, la rétrospective Frédéric Bazille et ses amis impressionnistes avait présenté la soixantaine des tableaux conservés de l’artiste1. Cette exposition était exemplaire. Non seulement par son exhaustivité, mais aussi parce qu’elle mettait côte à côte des œuvres des contemporains du peintre. Le parcours exprimait plusieurs idées précises : héritage protestant, imprégnation de la collection Bruyas, importance des paysagistes méridionaux (Loubon, Guigou) et montpelliérains (Eugène Castelnau) à l’origine de cette lumière solaire qui différencie radicalement Bazille de ses amis si attirés par la Seine et la Normandie, étude de la diffraction de la lumière, tentations académiques... On pouvait voir, par exemple, progresser les recherches sur l’intégration de la figure humaine dans un paysage clair et enlevé, et comprendre d’une part l’influence de Courbet et de Manet dans ce processus, et l’apport de Monet et de Sisley par des recherches conjointes.  

Frédéric Bazille - La réunion de famille, 1867 - Huile sur toile - 152 x 230 cm - signé et daté en bas à gauche - Paris, musée d'Orsay - Photo service de presse

1. Frédéric Bazille
La réunion de famille
Paris, musée d'Orsay

Frédéric Bazille - La toilette, 1870 - Huile sur toile - 131 x 127 cm - signé et daté en bas à gauche - Montpellier, musée Fabre - Photo service de presse

2. Frédéric Bazille
La toilette
Montpellier, musée Fabre

   Contrairement à ce qu’affirment plusieurs médias, l’actuelle exposition parisienne n’a pas la même ambition et laisse le visiteur un peu sur sa faim. Que la fascinante et pré-cézanienne Tireuse de cartes soit absente parce qu’elle appartient à la galerie Schmit est recevable, mais il manque aussi des chefs-d’œuvre célèbres tels que le deux versions de la Négresse aux pivoines (Montpellier et Washington), l’Ambulance Improvisée d’Orsay, la Mauresque de Pasadena, la Scène d’été du Fogg Art Museum (Cambridge) et plusieurs beaux paysages comme deux des trois vues d’Aigues-Mortes (Montpellier et New York) ou la Vue du Lez (Minneapolis). Si le Portrait de Bazille par Renoir est exposé (cat. 30), son « pendant », celui de Renoir par Bazille (tous deux à Orsay) est absent . Montrer un ensemble tronqué lorsqu’il s’agit d’un peintre si rare est frustrant pour le curieux. Ceux qui souhaitent une première approche pourront néanmoins apprécier plusieurs beaux tableaux ensoleillés, car la Réunion de famille (cat. 14, ill. 1), la Robe rose (cat. 4), la Vue de Village (cat. 18), la Toilette (cat. 23, ill. 2) sont heureusement présents. On pourra aussi voir nettoyés deux tableaux majeurs, acquis l’année dernière par la musée Fabre de Montpellier : le Jeune Homme nu couché sur l’herbe (cat. 20) et la Petite italienne chanteuse des rues (cat. 11).

   Les salons de style Empire du fondateur du musée ne sont pas l’endroit idéal pour accrocher les œuvres impressionnistes et chaque exposition au second étage oblige à remiser les “périod rooms” qui sont l’un des charmes du lieu. Dans la petite rotonde, les tableaux flottent de manière désagréable sur les murs courbes. Le livret qui fait office de catalogue est destiné au grand public. Peu inspirés, les auteurs compilent les biographies lisses du peintre, exploitant la correspondance publiée en 1999, mais sans citer les éditeurs-auteurs de cette publication (Guy Barral et Didier Vatuone) et sans jamais approfondir l’analyse des œuvres. La bibliographie volontairement sélective, à la fin de l’ouvrage, omet quelques études récentes2

Jérôme Montcouquiol
(mis en ligne le 7 octobre 2003)


1. Frédéric Bazille et ses amis impressionnistes, Pavillon du musée Fabre, Montpellier, 9 juillet-4 octobre 1992, Brooklyn Museum of Art, 12 novembre 1992-31 janvier 1993, Réunion des musées nationaux, 1992.  Parmi les très rares inédits apparus depuis la rétrospective de 1992 et la monographie de Michel Schulman de 1995, signalons la Tête de Gitane chez le marchand  Dickinson dont l’autographie est validé par sa provenance Rachou-Bazille.
2. Dianne W. Pitman, Bazille : purity, pose, and painting in the 1860 s, Pennsylvania State University, 1998 ; Pascal Bonafoux, Bazille, les plaisirs et les jours, Herscher, 1994.

Paris, musée Marmottan. Exposition terminée le 18 janvier 2004.

Lien vers le site du musée Marmottan.

Catalogue par Marianne Delafond et Caroline Genet-Bondeville, 19,50 €.


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