L'apothéose du geste. L'esquisse peinte en France au siècle de Boucher et Fragonard
Avant de dire tout le bien que nous pensons de cette exposition – que nous n’avions pas pu voir dans sa version strasbourgeoise – notons tout de même les quelques réserves qu’elle nous inspire. Les organisateurs se sont cantonnés aux collections publiques françaises. Choix légitime car celles-ci sont suffisamment riches pour présenter un panorama complet de l'esquisse française au XVIIIe siècle, et parce qu’il est fondamental de faire connaître le patrimoine de nos musées. La contrepartie est que peu de découvertes sont à attendre. L’essentiel des œuvres présentées est en effet connu : seul un tableau est totalement inédit (la Mise au tombeau de Carle Van Loo, cat. 53). Ceci est dommage, d’autant que Dominique Jacquot prend soin de souligner, dans un de ses deux essais, que nos collections publiques « abritent encore bien des découvertes, bien des anonymes à attribuer et bien des œuvres à rebaptiser ». Regrettons que peu nombreuses soient ces découvertes ici présentées. Pour nuancer ce constat, notons que plusieurs acquisitions récentes sont montrées1 même si aucune n’est inédite, et que quatre esquisses sont nouvellement attribuées2. Enfin, il aurait été judicieux (au prix il est vrai d’un travail considérable) de joindre en annexe, comme cela a été fait pour des expositions passées consacrées aux richesses des collections françaises3, un répertoire, même succinct, des esquisses qu’elles conservent.
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1. Charles de la Fosse |
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2. Jean-Honoré Fragonard |
Ces remarques, qui se veulent constructives, n’enlèvent rien au plaisir
que procure l’exposition, et à l’intérêt du catalogue qui l’accompagne.
Le choix est en effet remarquable et l’accrochage
est simple mais de bon goût. On est accueilli par une œuvre qui n’est pas à
proprement parler une esquisse (hors catalogue mais reproduite p. 68) : le
fameux Taureau blanc à l'étable de Fragonard (Louvre). L'une des thèses
de l’exposition (Fragonard fut l’un des premiers à peindre des
tableaux achevés à la manière d’esquisse) est ainsi affirmée. Le taureau
de Fragonard tranche aussi sur le reste des œuvres car celles-ci sont presque
exclusivement préparatoires à la grande peinture historique, religieuse et
mythologique. De Charles de la Fosse (ill. 1), judicieusement inclus dans le parcours, à David, aucun
peintre d'histoire important n’est omis.
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3. Jean-Simon Berthélémy |
4. François-André Vincent |
La
salle des Etats-Généraux, fermée au public depuis plus de vingt ans, sert
d’écrin à la présentation. Cette ancienne chapelle n’a en réalité
jamais servi, car la Révolution arriva avant son achèvement. Avec sa
colonnade, elle évoque les architectures utopistes de la fin du XVIIIe siècle.
Elle sera dévolue prochainement aux grands formats du musée.
Didier Rykner
(mis en ligne le
18 octobre 2003)
1.
Voici la liste des esquisses du catalogue (y compris celle montrée à
Strasbourg, mais pas à Tours), acquises depuis début 2000 : 5. Louis Galloche 6. Nicolas-René Jollain
2. Cat.
52, Pyrame et Thisbée (Caen, musée des Beaux-Arts) attribué avec
beaucoup de prudence à Vien ; cat. 58, Tobit faisant ensevelir les morts
de sa tribu à Ninive (Tours, musée des Beaux-Arts), avec une
attribution à l'atelier de Deshays ; cat. 90, Saint Augustin (Amiens,
musée de Picardie), donné avec certitude à Jean-Jacques Lagrenée ; cat.
96, Le lever du jour (Paris, musée des Arts-Décoratifs) attribué
à Berthélémy. L'esquisse 71 C
(Gabriel-François Doyen, non exposée à Tours), passe du statut de copie
à celui d'original. Notons aussi que le Jollain cité note précédente et
reproduit ci-dessus était conservé dans la collection Ciechanowiecki sous le nom de
Nicolas-Bernard Lépicié, et ne fut attribué justement qu'au moment de la
vente de cette collection (Drouot, 28 juin 2002) où il fut acquis par le musée Carnavalet
- Hubert Robert : Le pont triomphal, Valence, musée des Beaux-Arts (cat. A).
- Louis Galloche : Sainte Scholastique obtenant du ciel une pluie accompagnée de tonnerre
pour empêcher son frère saint Benoît de partir et de la quitter,
Paris, musée Carnavalet (cat. 5, ill. 5).
- Michel-François Dandré Bardon : Les
Bonnes œuvres des filles de
Saint-Thomas-de-Villeneuve, Marseille, musée des Beaux-Arts (cat. 25).
- Nicolas Delobel : Une pensée allégorique en esquisse sur la réunion de la Lorraine à
la France sous le ministère de Monseigneur cardinal Fleury, Nancy, musée
des Beaux-Arts (cat. 26).
- Jean-Baptiste Deshays : Le supplice de saint André, Strasbourg, musée des Beaux-Arts (cat.
47).
- Nicolas-René Jollain : L’entrée du Christ à Jérusalem, Paris, musée Carnavalet (cat.
76, ill. 6).
- Louis-Jacques Durameau : La Mort et la Terre, la France et l’Europe, Paris, musée du
Louvre (cat. 89).
Sainte Scholastique obtenant du ciel une pluie accompagnée de
tonnerre pour empêcher son frère saint Benoît de partir et de la
quitter
Paris, musée Carnavalet
L'entrée du Christ à Jérusalem
Paris, musée Carnavalet
3. Par exemple : Le Néo-Classicisme
français, dessins des Musées de Province, Paris, Grand Palais, 1974 ; Le
siècle de Rubens, Paris, Grand Palais, 1977-1978 ou plus récemment Les
années romantiques 1815-1850, Paris, Grand Palais, 1996.
4. Nathalie Volle, Jean-Simon
Berthélémy 1743-1811, 1979, Paris, Arthéna ; Marc Sandoz,
Jean-Simon
Berthélémy 1743-1811, 1979, Paris.
Tours, musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 11 janvier 2004. L'exposition avait été présentée auparavant au musée des Beaux-Arts de Strasbourg, Palais Rohan, du 7 juin au 14 septembre 2003.
Catalogue par Dominique Jacquot, Sophie Join-Lambert, Pierre Rosenberg, Christian Michel, Marianne Roland Michel, Guillaume Faroult, Christophe Leribault, Véronique Moreau, Catherine Pimbert, Florian Siffer, Marie-Paule Vial. Co-édité par Hazan avec les musées de Strasbourg et de Tours. 25 €, édition brochée (ISBN 2-901833-65-9). 49 €, édition reliée (ISBN 2 85025 875 X).
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