Cela fait quelques années que le musée Condé, sous
l’impulsion de son conservateur Nicole Garnier, a pris l’excellente habitude
d’exposer systématiquement son fond. On sait que le duc d’Aumale, donateur
des collections, en a formellement interdit le prêt et qu’on ne peut donc les
voir qu’à Chantilly. Outre les peintures et objets d’art, il laissa
notamment une bibliothèque imposante, des dessins mais aussi des estampes,
l’aspect le moins connu de la donation. Pour la première fois, une partie de
ces gravures, celles de l’école allemande du XVe et du XVIe siècle, est
révélée au public. Toutes furent acquises auprès de deux grands marchands anglais,
Colnaghi et Holloway, jusqu’en 1870, date du retour du duc en France, et sont
souvent de provenance prestigieuse, comme le prouvent les marques de collection
que portent nombre d’entre elles. Aumale n’hésitait d’ailleurs pas à
vendre certaines épreuves pour en acheter de meilleures.
Si Dürer est le mieux représenté, principalement par des
burins et par quelques unes de ses pièces les plus fameuses (La Mélancolie,
Saint Jérôme dans sa cellule ou l’Enlèvement d’Amymone, ill.),
on peut aussi voir des œuvres d’autres maîtres, notamment de Martin
Schongauer. Quatre estampes ne sont pas, à proprement parler, germaniques. Elles sont dues à l’italien Jacopo de’Barbari et furent classées
par le duc d’Aumale lui-même avec l’école allemande, car l’artiste
passa une partie de sa vie dans ce pays où il connut Dürer. Apollon et Diane (cat. 16) et Mars
et Vénus (cat. 17) sont parmi les plus
belles des gravures exposées. La technique de la taille-douce (autre exception dans l'exposition)
leur donne un velouté renforcé par le style, moins expressionniste que celui
des allemands.
Didier Rykner
(mis en ligne le
5 octobre 2003)
Chantilly, Musée Condé, prolongé jusqu'au 8 mars 2004.
Catalogue par Nicole Garnier-Pelle. Somogy éditions d'art, 26 €. ISBN 2-85056-665-9.
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