L’influence de l’Angleterre, peinture et
littérature, sur le romantisme français, l’impact d’un Constable et d’un
Turner sur nos paysagistes, la médiation d’un Bonington formé chez Gros ou
encore la recrudescence des sujets tirés de Walter Scott, Byron, Shakespeare
des deux côtés du Chanel autour de 1820, sont de longue date admis par
l’histoire de l’art. On savait pareillement que Constable avait tenté sous
la Restauration de se concilier le public du Salon parisien et Géricault livré
à la foule londonienne de l’Egyptian Hall son Radeau
de la Méduse. Avant la révolution de 1830, un Delacroix, un Colin, voire
un Horace Vernet, en marge du Salon officiel dont ils furent parfois écartés
pour des raisons diverses, spéculèrent tout autant, en France comme en
Angleterre, sur le succès de tableaux de moyens formats qui conjuguaient
actualité politique (Guerre d’indépendance en Grèce, etc.) ou littéraire
et une manière qu’on disait anglaise parce qu’elle se distinguait de l’écriture
serrée, froide, sèche parfois, des derniers davidiens.
Sur un canevas connu, qu’elle ne cherche pas
infirmer, l’exposition de Patrick Noon a au moins le mérite de remettre
devant les yeux un grand nombre des images, tableaux, aquarelles, gravures, qui
furent au cœur de ces échanges (bilatéraux) durant les années 1815-1837,
entre la chute de l'ogre et l'avènement de Victoria. Qu’il s’agisse de
Constable ou de Lawrence, le choix se porte toujours sur l’œuvre vue alors à
Paris, commentée par Jal ou Stendhal ou méditée par Delacroix, Paul Huet,
etc. A l’inverse, Noon a réussi à exhumer de petits musées ou de
collections privées des tableaux rares de Vernet, Cogniet, Colin, Roqueplan…
Connus par la reproduction ou la presse d’époque, curiosités jusque-là pour
spécialistes, ils gagnent beaucoup à être présentés en bonne lumière,
regroupés et par la même revalorisés.
Mais plus que l’influence anglaise dont ils sont supposés témoigner exemplairement, ils se signalent par une violence dramatique, voire une énergie noire, sanguinaire, qui doit autant, sinon plus, à l’héritage néoclassique des années révolutionnaire et impériale. Le romantisme français n’est pas le produit d’un simple transfert culturel, mythique premier débarquement de Normandie dont l’histoire de l’art a abusé. Ces réserves faites, - auxquelles on ajoutera néanmoins la présence d’un Géricault qui n’en est pas un (un pseudo-portrait de Corréard, rescapé du Radeau, rejeté au demeurant par Germain Bazin) -, l’exposition de la Tate justifie amplement qu’on fasse le pèlerinage de Londres sur les traces des romantiques français.
Stéphane
Guégan
(mis en ligne le 7 avril 2003)
L'exposition a été présentée à la Tate Britain à
Londres jusqu'au 11 mai 2003 (où nous l'avons vue).
Elle a ensuite eu lieu, sous le titre, En traversant la Manche : la peinture
britannique et française à l'époque Romantique
Catalogue 25 €
http://www.artsmia.org/crossing-the-channel/
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