Ruskin - Turner. Dessins et voyages en Picardie romantique

   La Bible d'Amiens : le titre d'un des ouvrages majeurs de John Ruskin suffit à démontrer l'importance qu'eût pour lui cette ville, et en premier lieu sa cathédrale. L'exposition est l'occasion de rappeler que Ruskin ne fut pas qu'écrivain. Il fut aussi un artiste honorable. Ses dessins peuvent être divisés en deux catégories : ceux, très précis et quasiment scientifiques, qui viennent en illustration de ses théories - c'est le cas notamment d'un extraordinaire dessin de volute, d'un rendu presque photographique (cat. 40) et les autres, à l'ambition plus poétique telle que Beauvais, lumières à l'ouest (cat. 20, ill. 1) dont le lyrisme fait écho à celui de sa prose. John Ruskin - Beauvais, lumières à l'ouest - Ruskin Foundation - Photo Marc Jeanneteau

1. John Ruskin (1819-1900)
Beauvais, lumières à l'ouest,  1854 (?) 
Ruskin Foundation, Ruskin Library, University of Lancaster

 Ce n'est, cependant, qu'une partie de ce que montre l'exposition d'Amiens. Son titre curieusement limitatif, ne rend pas pleinement compte de son intérêt, et de sa richesse. Outre les œuvres de Ruskin, on y voit certes des dessins de Turner, mais pas seulement, et pas uniquement sur la Picardie. Plus largement, c'est bien à un voyage dans la France du XIXe siècle, du Nord (Arras) à la Normandie (Rouen, Eu, Alençon,...), vue par les artistes anglais, auquel nous sommes conviés.
Thomas Shotter Boys - Abbeville, le Guindal - Abbeville, Musée Boucher de Perthes - Photo Daniel Bettefort    Après l'épisode napoléonien, les britanniques firent leur retour en force. Carle Vernet a représenté avec humour des touristes anglais en voyage en France dans une lithographie daté des environs de 1825 (cat. 42). Pour beaucoup d'entre eux, la France était redevenue une étape dans le Grand Tour, traditionnel depuis le XVIIIe siècle. De nombreux artistes furent attirés pour la beauté des villes du nord, en particulier Abbeville, Amiens et Rouen. Parmi ceux représentés dans l'exposition, certains sont peu connus de ce côté de la Manche. Les noms de Thomas Shotter Boys, David Cox, John Sell Cotman ou Arthur Severn ne sont guère évocateurs. Pourtant, les aquarelles et dessins présentés témoignent de solides qualités qui vont au delà de leurs intérêt artistique et poétique. Ils nous restituent des vues urbaines ayant en grande partie disparu, soit à la fin du XIXe siècle, soit durant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Abbeville, en particulier, nous apparaît ici pour ce qu'elle dut être, l'une des plus belles villes de France.Henry Edridge et Boys décrivent ainsi, sans forcer sur le pittoresque, les maisons médiévales de la place du Guindal, que domine l'imposante masse de la collégiale Saint-Vulfran (cat. 46 et 63, ill. 2).

2. Thomas Shotter Boys (1803-1874)
Abbeville, le Guindal, vers 1835 
Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes

   L'exposition se conclut sur des oeuvres de Turner ayant fait partie de la collection réunie par Ruskin. Si cette partie apparaît un peu hors sujet - il n'est plus question ici de la France - elle donne l'occasion de voir des aquarelles de Turner n'appartenant pas à la Tate Gallery. Parmi celles-ci, notons la splendide vue du Vésuve en colère. On ne saurait être plus éloigné des villes du nord de la France dans ce panorama rougeoyant, à la limite du fantastique (ill. 3). Joseph William Mallord Turner - Vésuve en colère - Birkenhead, Williamson Art Gallery and Museum

3. Joseph WIlliam Mallord Turner (1775-1851)
La baie de Naples (le Vésuve en colère),
 
vers 1817 
Birkenhead, Williamson Art Gallery and Museum

   
Didier Rykner
(mis en ligne le 16 juin 2003)

Amiens, Musée de Picardie. Exposition terminée le 31 août 2003. Catalogue, entièrement en couleur et très réussi, par Cynthia J. Gamble, Matthieu Pinette et Stephen Wildman, 23 €.  

 

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