Jules Machard (1839-1900) ou le culte de la ligne

   Le musée des Beaux-Arts de Dole (Jura) présente une intéressante rétrospective Jules Machard (1839-1900), un enfant du pays dont les œuvres ne sont presque plus exposées aujourd’hui. Un peu trop restreinte (33 numéros), elle permet néanmoins d’entrevoir une personnalité attachante, celle d’un pompier talentueux à défaut d’être génial, en tout cas bien digne d’être étudiée et reconsidérée.

   Sur l’artiste, il est peu de choses à dire si ce n’est l’impeccable parcours d’un « cher maître », qui conduit celui-ci de l’École de Beaux-Arts et du Prix de Rome (1865) aux commandes du ministère de la Guerre et à la Légion d’honneur (1878), des études du rapin féru d’Antique aux portraits mondains, probes et habiles. Il y a, dans l’œuvre de Machard, tout ce que l’Académie espère d’un représentant de l’establishment : des pastels et des huiles, des nus, bien sûr, et encore une Alsace, une Angélique, une Séléné, un Sourire, des Jeunes filles…, tableaux souvent préparés par de solides dessins au faire nerveux, tantôt scrupuleusement réalistes, tantôt plus échevelés et symbolistes.

Jules Machard - Narcisse - Musée de Chartres - © D.R.

Jules Machard
Narcisse
Chartres, Musée des Beaux-Arts

Pourtant, il existe une face cachée de Machard et, plus ambigu encore que cet Eros androgyne et fade d’une collection particulière, il y a cet extraordinaire Narcisse de Chartres (ill.), cousin des ragazzi siciliens de von Gloeden et des boys anglais de Leighton, qu’indiffère la caution grecque d’une figure de la Source ou d’un autel classique et dont la grâce vénéneuse projette sur toutes les rondes et féminines beautés alentour, une manière de démenti en forme de coming out.

   Comme d’habitude au musée de Dole, la présentation et l’accrochage sont exemplaires de sobriété et d’équilibre : fonds blancs des murs du 18e siècle, cartels lisibles et sans chichis, éclairage efficace… Il faut rappeler ici que, parallèlement à son activité de FRAC de Franche-Comté, le musée de Dole poursuit depuis des années une politique intelligente d’expositions centrées sur son fonds historique et sur les artistes originaires de la région : Gustave Brun, Auguste Pointelin, Faustin Besson, Victor Huguenin et d’autres ont ainsi fait l’objet de manifestations, pour happy few, certes, mais mémorables, excitantes parce qu’inédites, scientifiquement irréprochables et dont les catalogues, petits carnets de format italien, aux reliures kraftées de couleurs, sont des modèles de modestie, de qualité et d’élégance.

Pierre Curie
(mis en ligne le 7 avril 2003)

Dole, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 15 juin 2003. Catalogue par Virginie Frelin (commissaire scientifique de l'exposition) et Elisabeth Coulon, 15 €.

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