Alors que l'histoire, la bible et la mythologie sont ignorées par la majorité de nos contemporains, il faut un certain courage pour réaliser une exposition iconographique. D'abord parce que, corollaire de cette ignorance, les visiteurs ne savent plus lire les images, ensuite parce que l'on se condamne à n'exposer que de la peinture d'histoire, autrefois la première dans la hiérarchie des genres, et qui aujourd'hui, modernité oblige, est celle qui retient le moins l'attention. Bien sûr, le risque est moindre avec Jeanne d'Arc, figure emblématique qui reste l'un des personnages de l'histoire de France les mieux connus, même des moins informés.
Le musée de Rouen, en étroite collaboration avec celui d'Orléans, les deux villes symboles de l'épopée johannique, expose donc une centaine d'œuvres picturales consacrées à la pucelle, toutes du XIXe siècle et du début du XXe siècle, période qui vit naître l'essentiel de cette production, jusqu'à la canonisation tardive (1920).
| L'ambition de Laurent Salomé, le directeur des musées de Rouen, était de réaliser une exposition purement artistique, en excluant les illustrations populaires. Pari réussi, si l'on excepte une ou deux œuvres assez faibles (la Jeanne d'Arc au bouclier devant le fort des Tournelles d'une collection particulière rouennaise - cat. 2, ou le tableau d'Hippolyte Lecomte du Musée des Beaux-Arts de Blois - cat. 3, dont tous les visages sont identiques). L'exposition ne se contente pas d'œuvres françaises. On découvre ainsi - on s'en doutait un peu à vrai dire, car certains de ces tableaux sont fameux, comme le William Etty d'Orléans (cat. 17, ill. 1) ou les Jeanne d'Arc de Dante Gabriel Rossetti (cat. 62 et 63) - que l'Angleterre s'est intéressée à Jeanne et l'a portraiturée maintes fois. La perfide Albion aime les héros français qu'elle a fini par vaincre. Jeanne d'Arc, comme Napoléon, n'y échappe pas. | |
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1. William Etty |
| Nombreuses sont les toiles peu ou pas connues. Citons-en quelques-unes, sans souci d'exhaustivité : la Jeanne sur le bûcher d'Evariste Fragonard (collection particulière, cat. 8), le Jugement de Jeanne d'Arc par Anthony Serres (Bordeaux, musée des Beaux-Arts, cat. 21), ou l'extraordinaire Jeanne d'Arc d'Eugène Thirion (Chatou, église Notre-Dame, cat. 27, ill. 2), qui représente Jeanne inspirée par ses voix, sous la forme d'un ange un peu trop humain : l'aspect halluciné de la future sainte la rapproche, dans un style bien différent, de celle de Bastien-Lepage (New York, Metropolitan Museum), également présentée (cat. 68). De manière convaincante, Marie-Claude Coudert, dans le catalogue, rapproche cette expression d'extase religieuse des interprétations contemporaines de Sarah Bernhardt (qui joue Jeanne d'Arc, de Jules Barbier), elle-même inspirée par les études de Charcot sur l'hystérie et des albums photographiques publiés à partir de 1875 pour illustrer ces recherches. L'hypothèse est séduisante. | |
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2. Eugène Thirion |
| Les essais du catalogue sont excellents. On
se permettra cependant une seule réserve sur cette entreprise :
l'absence de notices sur les œuvres exposées. Si certains tableaux
sont amplement analysés dans les essais du catalogue, on aurait aimé
de plus larges développements sur d'autres. Ainsi, on découvre un Ary
Scheffer conservé dans une église parisienne : Jeanne d'Arc en prière
(cat. 16, ill. 3). Ce tableau pose problème. La facture en est
curieuse et la qualité n'est pas celle que l'on attend de Scheffer, même
s'il se situe clairement dans une esthétique proche. Est-il
effectivement de ce peintre ? Est-il d'Henri Scheffer, son frère,
artiste honorable mais inégal, ou de l'atelier ? On n'en saura pas plus
sur cette œuvre, comme par exemple l'opinion de Leo Ewals, spécialiste
de l'artiste. Sans historique, l'attribution de cette toile - qualifiée
d'ailleurs d'atypique dans le catalogue - à Scheffer n'est pas évidente
et aurait mérité un plus long développement, qui aurait tout
naturellement trouvé sa place dans une notice. Mais ne boudons pas notre plaisir. Des troubadours à l'art nouveau, l'exposition est une vraie réussite, accentuée par la qualité de la présentation. Elle se conclut sur le Départ de Vaucouleurs d'Edgar Maxence (cat. 61), datée de 1944, étrange peinture qu'on jurerait peinte cinquante ans plus tôt. Le siècle de Jeanne fut bien le XIXe. |
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3. Ary Scheffer [attribué
?] |
Didier Rykner
(mis en ligne le 9 juin 2003)
Rouen, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 1er septembre 2003. Catalogue avec des essais de Marie Pessiot, Diederik Bakhuÿs, Marek Zgórniak, Christine Germain-Donnat, Marie-Claude Coudert et une introduction de Laurent Salomé, éditions de la RMN, 35 €.
Site de l'exposition Jeanne d'Arc
Site du musée des Beaux-Arts de Rouen
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