Si l’on
excepte quelques incursions malheureuses dans un romantisme de pacotille (Hommage
à Jean Marais, les Enfants du Siècle, ...), le musée de la Vie
Romantique, ancien musée Renan-Scheffer, organise régulièrement des
expositions remarquables, dont fait partie celle consacrée aux Froment-Meurice.
Elle s’inscrit parfaitement dans la vocation de ce musée de présenter
l’art français du XIXe siècle, de la Monarchie de Juillet au Second Empire.
Il remplit ainsi un rôle que le Louvre et Orsay, contraints par d’absurdes
limites chronologiques, ont abandonné depuis longtemps.
L’exposition est centrée sur les personnalités de François-Désiré et d’Emile
Froment-Meurice, les deux plus éminents
membres
de cette dynastie. François-Désiré, mort en 1855 est représenté à Orsay
par l’exceptionnelle Toilette de la Duchesse
de Parme (1846 – 1851). Ce morceau de bravoure, judicieusement acquis par le
musée en 1981, montre l’étendue de l’imagination et du savoir faire acquis
par l’artiste. Les artistes devrions-nous dire, tant il s’agit d’une œuvre
commune à différentes corporations. Théophile Gautier a bien résumé
cette pratique : pour lui, François-Désiré Froment-Meurice est le chef
d'orchestre qui "inspirait et conduisait tout un monde de sculpteurs, de
dessinateurs, d'ornemanistes, de graveurs, d'émailleurs et de
joailliers...". Cet aspect n'est que marginalement étudié dans le
catalogue. On aurait aimé connaître le mode de fonctionnement d'un tel
atelier, qui dans ses années les plus productives s'apparentait quasiment à
une manufacture. En 1869, quatre-vingt ouvriers sont à l'œuvre, deux cents si
l'on compte les sous-traitants.
Si les musées
français conservent quelques exemples des productions des Froment-Meurice, de
nombreuses pièces sont restées en collection privées ou demeurent dans des
musées étrangers. A ceci, rien d’étonnant. Les commandes venues des cours
de toute l’Europe furent fréquentes, car ces objets, à la fois utilitaires
et somptueux, faisaient d’excellents cadeaux d’anniversaire, de mariage ou
de bienvenue pour les cours d’Europe ou la grande bourgeoise.
Mélange de goût paléo-chrétien,
néo-gothique, renaissance ou rococo, le style des Froment-Meurice, que l'on
pourrait appeler dédaigneusement éclectique ne pastiche en définitive rien.
Il réinterprète, recrée, pour aboutir à une
réelle originalité. Les anges notamment, utilisés largement tant pour les
objets profanes que religieux, sont des figures
qui se prêtent merveilleusement à la création de compositions originales. En
témoigne par exemple le tabernacle portatif (n° 37) de l'église de la
Madeleine. Agenouillés, en adoration devant le corps du Christ, les anges
forment, avec leurs ailes, une ronde d'une grande élégance.
Ce tabernacle, daté de 1848, est dû à François-Désiré, qui décédera
prématurément en 1855, peu avant l'ouverture de l'Exposition Universelle. Son
fils Emile, qui n'avait que dix-huit ans à la mort de son père et sera
largement formé par les collaborateurs de celui-ci, mit un certain temps à s'émanciper
de l'influence paternelle. Pour Paul Mantz, "[...] le jeune artiste n'a véritablement
débuté qu'à l'Exposition universelle de 1867". A celle-ci, la maison
Froment-Meurice expose un monumental dessus de cheminée, destiné à l'Hôtel
de Ville où il disparaîtra dans l'incendie de la Commune. Malgré des
critiques négatives, l'importance de cet ensemble au milieu duquel trône le
buste de l'Empereur, en taillé en aigue-marine, montre le statut qu'avait
atteint la Maison Froment-Meurice.
Emile poursuivit sa carrière jusqu'en 1907, date à laquelle il vendit l'atelier et les droits de reproduction des modèles. Si son style évolua vers ce que Garnier appelait le "Napoléon III", il ne marqua pas de véritable rupture avec l'art de son père. Sa participation au mouvement Art Nouveau fut extrêmement discrète, si l'on en croit les œuvres exposées ou reproduites au catalogue. Seul le calice du Musée du Château de Vitré (vers 1900) montre un essai - réussi - de s'adapter à l'esthétique fin de siècle.
Didier
Rykner
(mis en ligne le 7 avril 2003)
Paris, Musée de la Vie
Romantique. Exposition terminée le 29 juin 2003. Catalogue réunissant plusieurs
essais, d'un format agréable et bien illustré, 35 €.
Pour des raisons de droits, nous ne pouvons reproduire que les photos
fournies par le musée à l'occasion de l'exposition. Vous pouvez trouver plus de photos sur le site de la RMN
(lien
direct vers reproductions de Froment-Meurice).
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