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Philippe de Buyster (1595-1688) - Catalogue raisonné par ordre chronologique (2ème partie)
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11. Ouvrages pour le maître-autel et l’autel de la Vierge de Saint-Eustache, Paris (disparus)
1637-1640
a. Saint Eustache sauvant deux enfants d’un lion et d’un loup
b. Sainte Agnès avec un ange lui présentant un agneau
1637
Bois
H : grandeur nature
Le marché passé le 24 octobre 1637 entre Buyster et Charles David pour ces ouvrages (doc. 6) a été découvert et partiellement publié par A. Gady dans la notice qu’il consacre au maître-autel de l’église Saint-Eustache dans son ouvrage sur Jacques Lemercier1.
C’est Claude de Bullion qui offrit à l’église ce somptueux autel dont la commande remonte à août 1634 pour un prix total de 7.021 livres, sculptures y comprises. Il fut construit par Charles David, juré du roi ès œuvres de maçonnerie, chargé des travaux de l’église Saint-Eustache depuis 1620, mais il est admis que c’est l’architecte Jacques Lemercier qui en a fourni les dessins. Le marché pour cet autel stipulait que David « sera tenu d’employer les meilleurs matériaux et le choix des meilleurs ouvriers. Tant pour faire la maçonnerie, architecture que pour la sculpture de tous les ouvrages », la sculpture consistant en « quatre figures de six pieds et demy de haulteur chacune et ung socle dessoubz deux autres figures de quatre piedz et demy de haulteur chacune, toute ronde-bosse », les « six figures susdites… faites de pierre de Tonnerre d’une pierre chacune ». Quelques jours après la signature du premier marché, Bullion commandait à Jean Leboyteux des parements en broderie pour l’autel pour un montant de 20.000 livres2.
Aussi large que le chœur et haut de 15,20 m, cet autel monumental, comportant deux ordres corinthiens superposés, reçut un important décor tant peint que sculpté, mais un peu différent de ce qu’énonçait le marché. Pour des raisons d’économie, Bullion renonça aux parements brodés qu’il remplaça par deux peintures de Simon Vouet : le Martyre et l’Apothéose de Saint Eustache à chacun des registres.
Guillet de Saint-Georges donne une description détaillée du décor sculpté qui comporte six statues, mais il les attribue abusivement toutes à Simon Guillain3 : les deux niches du premier ordre abritent la Vierge, sous les traits d’Anne d’Autriche, avec l’enfant Jésus, et Saint Louis sous les traits de Louis XIII qui, seules, sont l’œuvre de Guillain. A l’étage de l’attique, debout sur les extrémités de la corniche, à droite se tient Saint Eustache une main levée vers le ciel et soulevant de l’autre le bas de sa draperie ; Guillet justifie ce geste étrange : le saint désirait franchir un gué pour porter secours à ses deux enfants enlevés par un lion et par une louve. A gauche, Sainte Agnès tient une palme et un agneau. Près de chaque saint se trouvait une chasse contenant leurs reliques. Sur le piédestal de l’attique, de part et d’autre du tableau de Vouet, sont placés deux Anges.
Buyster exécuta-t-il exactement les sculptures énoncées dans son marché ? Le marché initial de 1634 a été revu à l’économie : les statues que Buyster s’engage à sculpter en 1637 seront en bois et non en pierre de Tonnerre, « elles seront dorées d’or bruny et d’or mat », « Saint Eustache accompaigné d’un lyon et d’un loup tenant les deux enfans à la gueulle », et « Saincte Agnès avec un ange à costé luy présentant un agneau ». Elles seront « de la haulteur depuis le dessus de la première marche du tabernacle jusques à la haulteur du dessus du cadre du Grand Tableau de l’autel », ce qui n’est pas clair : le grand tableau d’autel, de Vouet, mesure 3m de haut. Guillet indique que les statues de Saint Eustache et de Sainte Agnès sont grandes comme le naturel. La gravure de Jean Marot restituant l’élévation de l’autel montre bien les six statues, la Vierge, Saint Louis, les deux saints et les deux anges, mais très schématiquement, sans attributs particuliers ni figures d’accompagnement ni reliquaires ; les deux saints arrivent à mi-hauteur du tableau d’autel, ce qui laisse supposer qu’elles mesurent 1,50 m de haut.
Dans sa description de 1725, Brice critique la disposition générale de cet autel qu’il juge « peu agréable », ainsi que les figures, de même que les ornemens de sculpture « qui ne sont pas d’une trop bonne main ». Mais dans l’édition de 1752, la critique disparaît et les figures et ornemens de sculpture sont dites « du fameux Jacques Sarrazin », ce que reprend Piganiol en 1765 : « les six statues qui ornent cet autel sont des chefs d’œuvre de Jacques Sarrazin, un des habiles sculpteurs du siècle dernier. Sarrazin a donné à la statue de St. Louis la ressemblance de Louis XIII. Celle de la Vierge est le portrait d’Anne d’Autriche et le petit Jésus qu’elle tient ressemble à Louis XIV encore enfant. Plus haut sont les statues de St. Eustache et de Ste Agnès et au-dessus deux anges en adoration »4. La confusion dans l’attribution des statues vient peut-être du fait que Bullion était réputé s’être adressé Sarazin pour décorer tant son hôtel parisien que sa propriété de Wideville, ou encore aussi parce que l’œuvre de Buyster pouvait montrer un caractère proche de Sarazin. Quant aux deux statues dans les niches, la Vierge et Saint Louis, Guillet n’a pu se tromper entièrement dans son éloge de Guillain, il faut les laisser au ciseau de ce sculpteur qui traita peu après au Pont-au-Change un thème assez proche.
A la fin du XVIIIe siècle, le maître autel subit des modifications, puis disparut totalement pendant la Révolution.
c. Vierge à l'Enfant
Vers 1638-1640
Marbre
H : 225 cm
Cette statue est signalée par Guillet et Caylus5 qui indiquent qu'elle était placée à Saint-Eustache sur l'autel de la Vierge derrière le chœur. Caylus ajoute qu' « elle est sèche et n'a ni mouvement ni grâce ». Selon Guillet, cette œuvre serait antérieure aux ouvrages que Buyster entreprit au Louvre sous la conduite de Sarazin. La chapelle de la Vierge était terminée en 16406. C’est sans doute encore Bullion qui fit appel à Buyster. La Vierge n’est pas décrite par les historiens de Paris. Le 26 février 1794, Lenoir abritait aux Petits Augustins une Vierge en marbre blanc provenant de Saint-Eustache7, mais on ne sait s'il s'agissait de la Vierge de Buyster, ou bien celle du maître autel de Simon Guillain, et on perd ensuite sa trace. En 1804, l'autel de la Vierge dans l’église Saint-Eustache reçut une nouvelle Vierge à l'Enfant, celle que Pigalle avait sculptée en 1748 pour l'église du dôme des Invalides8.
1. Ouvrage ignoré par Chaleix. Marché du 24 octobre 1637 entre Charles David et Philippe de Buyster (appelé Boustart, ou Boustar dans le marché, mais c’est bien Philippe de Buyster qui signe l’acte), MCAN, XXXV, 215, dans Gady, Lemercier, p. 327.
2. Marguerite Charageat, « Notes sur cinq marchés passés par M. de Bullion… », BSHAF, 1927, p. 179-207.
3. Guillet, « Vie de Simon Guillain », 4 août 1691, dans Mémoires inédits, p. 185-6. Guillet s’étend longuement sur cet épisode de la vie de saint Eustache.
4. Brice, Descr., 1725, I, p. 444 ; 1752, II, p. 489. Piganiol, Paris , 1765, III, p . 180.
5. Guillet , p. 281 ; Caylus ; Chaleix, p. 113.
6. J. Grente, « Achèvement de l'église Saint-Eustache, 1635-37 », Histoire de Paris, Île-de-France, Bull., 1902, t. 29, p. 124-25. Bibliothèque Doucet (cote 12 i 138), Notice sur l’église et paroisse Saint-Eustache, anonyme, 1855.
7. Arch. Mus. Mon. fr., II, p. 126.
8. S. Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au XVIIIème siècle, 1911, II, p. 245.
12. Mise au tombeau
au couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques, Paris
1637
a. Le Christ, la Vierge, Saint Jean, Sainte Madeleine, Sainte Marthe, Joseph d’Arimathie, Nicodème (disparus)
Pierre de tonnerre
H : grandeur nature
30. Attribué à Philippe de Buyster
(1595-1688)
Modèle pour une Sainte Femme
au tombeau du Christ
Terre cuite - H. 36 cm
Paris, collection particulière |
b. Sainte Femme (Paris, collection particulière) (ill. 30)
Statuette en terre cuite
H : 36 ; L : 10,5 ; Pr : 12 cm
Guillet décrit ainsi ce groupe : « Au-dessous d'une coupole qui est élevée au milieu du jardin de la Visitation au faubourg de Saint-Jacques, on voit de sa main un Christ dans le sépulcre et à côté de la sépulture, la Vierge, saint Jean, la Madeleine, Marthe, Joseph d'Arimathie et Nicodème » ; ajoutant que : « Mademoiselle d'Orléans, duchesse de Montpensier, l'employa à cet ouvrage, où les religieuses trouvent incessamment un sujet de méditation». Nous verrons que la duchesse de Montpensier semble en réalité étrangère à cette commande1.
L'histoire de la maison de la rue Saint-Jacques commence le 13 août 1626, avec l'installation des premières religieuses dans la seigneurie des Tombes ou hôtel Saint-André au faubourg Saint-Jacques. Michel Villedo, sous la direction de François Mansart, en assure la construction à partir du 18 mai 16322. Faute de dons suffisants, les religieuses se contentent d'abord d'une modeste chapelle, tout en multipliant les oratoires, six dans le jardin, trois dans le cloître.
L'oratoire du Calvaire est décrit dans deux manuscrits3. Il consistait en une chapelle haute de six toises et deux pieds (12,35 m), mais à-demi enterrée, voûtée, couverte d’une coupole et d’une lanterne. L’accès se faisait par deux portes en vis-à-vis. Sur une estrade carrelée en marbre à laquelle on montait à genoux par deux volées de vingt-huit marches de pierre, était placée la Mise au tombeau faite « par le sieur Bister, l'un des plus habiles sculpteurs de son temps... Les Saintes femmes y sont dans des postures si touchantes et si naturelles qu'il est impossible d'entrer dans ce lieu sans être intérieurement pénétrés des mouvements de la dévotion ».
Ce n’est pas Mademoiselle de Montpensier, mais Françoise-Marie de Laubespine de Châteauneuf qui fit bâtir l'oratoire du Calvaire et qui commanda le groupe sculpté à l'occasion de sa prise d'habit en 1637, finançant cet ouvrage en vendant ses pendants d'oreilles. Il faut ajouter qu’elle avait été richement dotée d’une somme de 75 000 livres. Françoise-Marie de Laubespine, fille unique de Charles IV de Laubespine et de Gasparde de Mitte de Miolans, orpheline très fortunée, avait été installée dans ce couvent vers 1633 par son oncle et tuteur Charles de Laubespine, marquis de Châteauneuf, garde des sceaux, en attendant un brillant mariage. Mais l'oncle tomba en disgrâce et la nièce décida de rester dans le couvent où elle fit son noviciat, puis sa profession en 1637, sous le priorat de la mère Marie-Agnès Le Roy4. On ne sait qui indiqua Buyster à Françoise-Marie de Laubespine, peut-être Mansart ; dix-neuf ans plus tard, Buyster sculptera le tombeau de ce même Charles de Laubespine, l'ancien garde des sceaux, et de ses père et mère, et Mansart sera encore une fois l’architecte requis pour cet ouvrage (n. 30).
L’accès à l'oratoire du Calvaire était réservé aux seules religieuses, aussi aucun historien de Paris ne le signale. On n’en possède aucune représentation graphique. Caylus le cite, ajoutant qu'il ne l'a pas vu, n'ayant pu entrer dans le couvent5. En 1790, Mouchy charge le maçon Barat d'inventorier les richesses artistiques du monastère, de la chapelle et des oratoires. La Mise au tombeau n'est pas signalée6. En 1792, les religieuses sont chassées ; en 1794, Lenoir fait rentrer au dépôt des Petits Augustins nombre d'objets du couvent, mais là encore, nulle Mise au tombeau7.
Les bâtiments conventuels, vendus en mai 1796, puis rachetés en 1806 par les Dames de Saint-Michel, restent à peu près intacts, le jardin se trouvant légèrement amputé par le percement de la rue d'Ulm. En 1903, Lucien Lambeau et la Commission du Vieux Paris cherchent à les sauver de la destruction après l'expulsion de la congrégation. A cette date, trois oratoires disséminés dans le jardin existent encore, mais Lambeau n'y décrit pas la Mise au tombeau qui avait dû disparaître dès le XVIIIe siècle. La destruction totale du couvent et de ses bâtiments est décidée en 19068.
Une statuette en terre cuite représentant une Sainte Femme9 est, nous le pensons, le modèle de Buyster pour Madeleine, ou pour Marthe. Le regard baissé avec tristesse vers sa droite (sans doute dirigé vers le corps du Christ mis au tombeau), elle porte dans sa main gauche un petit flacon et retient de l’autre main un voile qui couvre sa tête et laisse voir ses longs cheveux. Elle est vêtue d’une tunique, attachée sous la poitrine par une ceinture, qui colle sur ses seins très ronds, et d’une longue jupe qui moule ses jambes, la gauche sur laquelle elle repose, la droite dont le genou avance. Le drapé de la tunique l’enveloppe en larges et souples plis, dégageant les avant-bras, et s’anime sur le côté droit. Un sentiment de recueillement et de calme affliction préside à l’ensemble. La désolation, toute intérieure, se lit sur le visage aux traits délicats, avec le petit nez droit, la bouche menue, le menton volontaire. Par son attitude, cette statuette s’inscrit dans la lignée des statues de Wideville, l’Amitié (n. 10a3), la Femme voilée regardant vers la droite (n. 10c3). Les grandes Cariatides (n. 14a) qu’il sculptera un peu plus tard au Louvre en suivant les modèles de Sarazin auront ce même rythme calme sous lequel on sent une vie intense.
1. Guillet, p. 285. Chaleix, p. 113.
2. L'emplacement correspond aux actuels numéros 187-193 rue Saint-Jacques, occupé par l'Ecole nationale supérieure de Chimie et l'Institut océanographique. Cf. Lucien Lambeau, « Rapport du 12 mars 1903 », Commission du vieux Paris, 1903, pp. 52-78 ; Id., « Les dames de Saint-Michel ; l'ancien couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques », ibid., 1906, p. 107-72 ; Marie-Ange Duvignac-Glessgen, L'ordre de la Visitation à Paris aux XVII et XVIIIèmes siècles, Paris, 1994, en particulier le chapitre II ; voir aussi Braham & Smith, chapitre V ; et surtout François Mansart. Génie de l’architecture, p. 132-135 (notice de Laurent Lecomte) : en fig. 111 : plan pour la chapelle du calvaire par François Mansart (BnF, Estampes, Va 419 j).
3. « Fondation de notre deuxième monastère de Paris rue Saint-Jacques, le 25è de l'ordre estably le 13 août 1626 », Paris, Bibliothèque Mazarine, M 2439, t. II, « Histoire des Fondations», p. 450-51, et « Fondation complète de notre deuxième monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paris », fol. 55-57 du ms. conservé au monastère de la Visitation de la rue de Vaugirard à Paris, cité dans M.-A. Duvignac.
4. La vie de Françoise-Marie de Laubespine est détaillée dans le manuscrit de la Bibliothèque Mazarine cité note 3.
5. Caylus
6. Arch. nat., S 4788
7. Arch. Mus. Mon. fr., II, 129, 137, 165, 291
8. Lucien Lambeau, op. cit.; M. et M.E. Biver, Abbayes, monastères et couvents de femmes, 1975, p. 291-98
9. Collection particulière. La terrasse a été tardivement retaillée dans une forme circulaire afin d’insérer la statuette dans un socle de cuivre au XIX e siècle.
13. Tabernacle, pour l'église collégiale Saint-Georges de Vendôme, Loir-et-Cher (disparu)
1638
Bois
H : 195 ; L 97 cm
Buyster signait un marché le 19 janvier 1638 avec César Chappelin, trésorier général et procurateur du duc César de Vendôme, pour un tabernacle destiné à l’église collégiale Saint-Georges de Vendôme (doc. 7). 300 livres lui avaient déjà été versées sur la somme de 1000 livres qui lui était due. Ce tabernacle en bois, de plan ovale, de 6 pieds de haut (1,95 m) sur 3 pieds de large (0,97 m), reposerait sur un pied formé de trois consoles. Autour du tabernacle, huit colonnettes portées par paires sur quatre têtes de chérubins encadreraient huit niches et supporteraient un entablement. Les armes du duc de Vendôme seraient sculptées sous la niche centrale. Le tabernacle serait coiffé d’un dôme enrichi de fleurs de lys en demi-relief et sommé d’une lanterne avec une croix. De part et d’autre du tabernacle, il y aurait trois chandeliers de menuiserie et un reliquaire reposant sur une tête de chérubin et les armes de la duchesse de Vendôme, Françoise d’Orléans-Mercœur. Huit statuettes qui feraient l’objet d’un marché ultérieur (non retrouvé) seraient placées dans les niches, Le tout serait doré d’or mat ou bruni et pour les statuettes peint de couleurs appropriées sur or bruni1.
César, fils naturel d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, et son épouse avaient entrepris la reconstruction de l'abbaye Saint-Georges dévastée par les Guerres de religion, l'église conventuelle étant devenue paroissiale en 1632. Mais à cette époque, César était en exil et c'était son épouse qui prenait les décisions2. Françoise de Mercœur avait de bonnes raisons de connaître Buyster : l’hôtel Mercœur faisait face à la demeure où résida le sculpteur jusqu’en 1632, face aussi au couvent des Feuillants où les Mercœur avaient une chapelle, et il était mitoyen des Jacobins, deux couvents que Buyster avait décorés de ses ouvrages. En 1639, nous avons vu (biographie) que le duc et la duchesse placèrent leur domestique François Abraham en apprentissage chez Buyster. La duchesse de Vendôme fera dresser en 1665 dans cette église pour son époux un mausolée en marbre. En 1793, les révolutionnaires détruisirent le tabernacle de l’église, qui était sans doute l’ancien tabernacle de Buyster².
1. La découverte du document revient à Pierre Chaleix, p. 111 : Marché du 19 janvier 1638, MCAN, CXV, 45, retranscrit dans Chaleix p. 135-36.
2. Ph. de Passac, Vendôme et le Vendômois, 1823 ; Abbé Simon, Histoire de Vendôme, Paris, 1835 ; Abbé Ch. Metais, Les derniers jours de la collégiale Saint-Georges, 1885.
14. Sculptures au Gros Pavillon (dit de l'Horloge) et à l'aile Lemercier du palais du Louvre, Paris
1640-42
Pierre
31. Vue actuelle du Gros Pavillon (Pavillon de l’Horloge)
et de l’Aile Lemercier
Paris, Louvre
Photo : Françoise de La Moureyre (2004) |
L'architecte Lemercier, promu « premier architecte des Bâtiments du roi », fut chargé de prolonger l'aile Lescot sur la cour carrée dont il poursuivrait l'ordonnance générale, mais en marquant le milieu par un pavillon plus élevé coiffé en dôme, alors appelé « gros pavillon » ou « vestibule » (rebaptisé lors de remaniements au XIXe siècle pavillon de Sully ou de l’Horloge) (ill. 31). Cette grande entreprise, la dernière du règne de Louis XIII, s'acheva de fait avec la mort de Richelieu et celle du souverain. La conduite des travaux de maçonnerie fut assurée par Nicolas Messier1. C'est François Sublet de Noyers, mis à la tête des Bâtiments du roi en septembre 1638, qui conseilla de confier à Sarazin la direction du décor sculpté et lui conféra le titre de « premier sculpteur du roi ». En accord avec Lemercier, Sarazin donna dessins et modèles à exécuter par des sculpteurs qu'il avait déjà eu l'occasion de diriger : Gilles Guérin, Buyster, puis Gérard van Opstal et probablement aussi Thibault Poissant. Un projet d'élévation du Gros Pavillon (ill. 32), montre les principales dispositions pour la sculpture, qui subirent plusieurs modifications dans la réalisation2.
32. Jacques Lemercier (1585-1654)
Projet pour l’élévation du Gros Pavillon
Plume - 66 x 49 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs |
L'énoncé des tâches avec leur répartition entre les sculpteurs est relativement bien connu grâce à trois sources : Guillet de Saint-Georges dans ses éloges académiques de Sarazin, Guérin, Buyster et Van Opstal3, la description de Sauval4, et enfin le toisé et estimation d'août 1664, avec le rappel des dispositions initiales et particulièrement le 25e article : celui-ci détaille les ouvrages de sculpture exécutés à cette date tant du côté de la cour qu'à la face opposée donnant sur le fossé, en précisant qu'il s'agit de sculptures et pas seulement d'ornements5.
La part de Van Opstal se limite à un bas-relief, les Richesses de la Terre et de la Mer,qui surmonte la dernière porte à droite de l'aile Lemercier. Celle de Thibault Poissant n’est pas précisée. Tout le reste fut exécuté par Buyster et Guérin, à l'exception des mufles de lion (sur un modèle de Sarazin6) et des chapiteaux des colonnes et pilastres, dont Sauval attribue l'exécution à Leclair, alors que Guillet affirme que Buyster était responsable des chapiteaux corinthiens du premier ordre et des chapiteaux composites du second ordre ; peut-être Leclair travaillait-il sous les ordres de Buyster, comme ce sera le cas au Val-de-Grâce.
33. Attique du Gros Pavillon du Louvre
avec les quatre paires de Cariatides,
les deux figures de Renommées assises sur le fronton et la sculpture décorative à l’intérieur de l’attique
(état antérieur aux restaurations de 1980)
© D. R. |
a. A l'étage de l'attique du pavillon de l'Horloge se situent les principaux morceaux de sculpture (ill. 33) :
- Quatre paires de Cariatides, le morceau de bravoure de cette façade. Groupées par deux, elles se substituent aux colonnes pour soutenir le grand fronton devant le dôme. Elles ne furent pas sculptées avant la fin de 1641, ce dont témoignent deux dessins conservés à Stockholm dont l’un porte au dos la date du 23 juillet 16417, ces dessins de Lemercier présentent avec toutes leurs mensurations les bossages dans lesquels Buyster et Guérin allaient tailler les cariatides (ill. 34 et 35). Les quatre groupes de cariatides se répètent, mais inversés, deux par deux. Les deux groupes extérieurs sont des femmes placées côte à côte, l'une posant la main sur le bras de l'autre (ill. 36) ; les femmes des groupes intérieurs se tiennent par la main et sont placées l'une devant l'autre, presque perpendiculairement pour suivre le ressaut des pilastres auxquels elles s'adossent (ill. 37). On sait par Guillet que Buyster exécuta les deux groupes de droite, et Guérin les deux de gauche. Cette précision est précieuse car il ne paraît pas possible de distinguer ici la main de chacun de ces deux sculpteurs. Le commentaire de Sauval à leur sujet est enthousiaste ; il voit en ces femmes de superbes captives et loue la déformation d’optique de leurs proportions voulue par Sarazin : « c’est la plus superbe et la plus gratieuse partie de tout ce vestibule : on voit dans leurs belles testes je ne sai quel orgueil, qui marque de la vertu, et sent sa personne de qualité, on trouve leurs embrassemens très naturels et bien séans à des compatriotes affligées, qui tachent à se consoler et à s’entre-aider dans leurs misères, par l’union de leurs bras et de leurs mains. Leurs manches retroussées jusques aux coudes, nous laissent voir de gros bras ronds et potelés, leurs robes fendues nous montrent des jambes grasses et bien proportionnées à leur taille ; et leurs pieds nuds sont plantés avec beaucoup de force ; leurs jupes sont liées et levées si commodément qu’elles ne leur sont point à charge, ni ne les embarrassent. Ceux qui s’y connoissent, et même les critiques avouent avec tout le monde, que quoique ces figures ayent plus de quinze pieds de haut, le racourcissement néanmoins, dans le poins de vue en est si ingénieux, qu’elles ne paroissent pas plus grandes que nature ».
34. Croquis de l’agence Lemercier
daté du 2 juillet 1641 pour les blocs de pierre à prévoir pour les
Cariatides de l’attique, face
Plume - 49 x 36 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum |
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35. Croquis de l’agence Lemercier
daté du 2 juillet 1641 pour les blocs de pierre à prévoir pour les Cariatides de l’attique, profil
Plume - 48 x 36 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum |
Chaque groupe fut estimé à la somme de 1000 livres. Deux petits groupes en terre cuite conservés au Louvre ( H: 0,522 et 0,518 m), provenant de la collection Sauvageot) (ill. 38), sont les modèles de Sarazin pour un groupe de Guérin (à l'extrême gauche) et un groupe de Buyster (au centre droit) ; les sculpteurs les suivirent très fidèlement, à quelques nuances près, afin de leur conférer un peu plus d'animation et de nervosité dans les drapés, plus de délicatesse et d’expression dans le modelé des visages.
36. Philippe de Buyster
(1595-1688)
Paire de Cariatides debout côte à côte,à l’extrémité de droite
Haut-relief, pierre - H. env. 450 cm Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990) |
37. Philippe de Buyster
(1595-1688)
Paire de Cariatides
debout l’une devant l’autre, à droite de la fenêtre centrale
Haut-relief, pierre -
H. env. 450 cm
Paris, Palais du Louvre
Photo : Thierry Prat (1990)
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38. Jacques Sarazin (1592-1660)
Deux modèles pour deux paires de Cariatides : un modèle montrant deux Cariatides sur le même plan, pour le groupe de l’extrémité de gauche sculpté par Guérin ; l’autre modèle montrant deux Cariatides l’une devant l’autre, pour le groupe à droite de la fenêtre centrale sculpté par Philippe de Buyster
Terre cuite - H. 52,2 cm et 52,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Ancienne coll. Sauvageot
Photo : TDR |
39. Partie supérieure du Gros Pavillon avec le décor sculpté en pierre des trois frontons imbriqués : branches de chêne entrecroisées dans le premier fronton, masques de satyres au-dessus de la pointe du même fronton, figures de Renommées assises sur les rampants : celle de gauche par Gilles Guérin (1611/12-1678) pourvue d’une tête moderne, celle de droite par Philippe de Buyster, festons de fruits dans les deuxième et troisième frontons
Paris, Palais du Louvre
Photo : Thierry Prat (1990) |
- Deux figures de Renommées (ill. 39), assises le long des rampants du fronton intérieur, figures ailées tenant chacune une trompette et une palme. La position des jambes n'est pas symétrique. Là encore, il serait hasardeux de vouloir distinguer le style de chacun des sculpteurs, même si l'on sait par Guillet que Buyster sculpta la Renommée de droite, et donc Guérin celle de gauche. La belle tête classique et harmonieuse de cette dernière a été récemment remplacée par une tête moderne grimaçante sculptée avec dureté. Chaque Renommée fut évaluée 500 livres.
Les autres éléments du décor ont été exécutés indistinctement par les deux sculpteurs. Ce sont :
- seize Mufles de lion sur les bases des cariatides, évalués 15 livres pièce (ill. 33)
- cinq Têtes de femme aux clefs des croisées du même attique, sur fond godronné, côté cour et côté fossé, évaluées 18 livres pièce. Seules, les deux têtes côté cour existent encore (ill. 33)
- huit Masques aux souches de cheminée, estimés ensemble 150 livres (aujourd'hui disparus).
b. Au niveau de l'attique, placés entre l'ordre composite et les Cariatides, tant au pavillon de l'Horloge que dans sa prolongation sur l'aile Lemercier, côté cour :
-seize Trophées d'armes en bas-relief de part et d'autre des fenêtres, quatre au pavillon de l'Horloge (les deux trophées de part et d'autre de l'Horloge datant du XIXe siècle) et douze sur l'aile Lemercier. Evalués 90 livres pièce.
- les neuf Dessus de fenêtre (la fenêtre centrale ayant été remplacée par l'Horloge) obéissant à deux dessins différents : dépouilles de lion et massues d'une part (ill. 33), bâtons royaux et mains de justice d'autre part, évalués 15 pièces chacun.
- trente-trois Mufles de lion au-dessus de l'entablement, évalués à 12 livres pièce (ill. 33).
c. A l'étage de l'ordre composite, ou premier étage du pavillon de l'Horloge et des deux avant-corps qui le flanquent :
40. Philippe de Buyster (1595-1688)
Frise d'enfants couchés sur des guirlandes
Entablement de l'ordre composite
du Gros Pavillon et de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990)
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41. Philippe de Buyster (1595-1688)
Frise d'enfants couchés sur des guirlandes
Entablement de l'ordre composite
du Gros Pavillon et de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo : Thierry Prat (1990)
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42. Philippe de Buyster (1595-1688)
Frise d'enfants couchés sur des guirlandes
Entablement de l'ordre composite
du Gros Pavillon et de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990) |
- Plusieurs Frises d'enfants couchés sur des guirlandes que picorent des oiseaux, à l'entablement (ill. 40-44). L'estimation de 1644 dénombre trente-cinq enfants, à 45 livres pièce, mais on en compte aujourd'hui quarante. Ils obéissent à dix poses différentes qui se répètent donc quatre fois. Ces frises continuent celles de l'aile Lescot, mais le modelé des enfants en est ici plus rond et moins sec. Là encore Sauval manifeste son admiration : ces enfants « folastrent avec tant de variétés qu’il est impossible d’en rencontrer deux dont les postures ayent quelque chose de semblable et pourtant toute naturelle ». Dans ces enfants joueurs aux attitudes contrastées, souples, dans leur visage aux joues rebondies, dans leurs longues mèches de cheveux décoiffées, il nous semble reconnaître la manière de Buyster plutôt que celle de Guérin volontiers plus sophistiquée. Il n’est pas étonnant qu’il y ait une grande différence de traitement entre ces enfants potelés, charnus, souples, et ceux de l’aile Lescot dont ils s’inspirent, graciles et nerveux, issus, eux, de la seconde Renaissance.
44. Philippe de Buyster (1595-1688)
Frise d'enfants couchés sur des guirlandes
Entablement de l'ordre composite
du Gros Pavillon et de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo Thierry Prat (1990)
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44. Philippe de Buyster (1595-1688)
Frise d'enfants couchés sur des guirlandes
Entablement de l'ordre composite
du Gros Pavillon et de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo Thierry Prat (1990) |
- Têtes de femmes accostées par deux lions, au-dessus des quatre grandes fenêtres rectangulaires, du Pavillon de l'Horloge (ill. 45), Têtes de femmes accostées par deux lévriers au-dessus des deux avant-corps adjacents (ill. 46). Motifs estimés 200 livres pièce. Bien que le second motif ne soit pas évoqué dans l'estimation de 1664 qui ne cite que le premier avec les lions (qui serait répété en quatre exemplaires, alors qu’il n’apparaît que deux fois), il est manifeste que le motif avec les lévriers fut sculpté dès l'origine ; c'est d'ailleurs lui qui a été représenté dans le dessin de l'élévation du musée des Arts décoratifs. La délicatesse et l’ingénuité des visages féminins de ce second motif, ainsi que la nervosité du ciseau nous paraît redevable de l’art de Buyster (on peut les rapprocher par exemple des visages de ses putti de l’escalier de Maisons, ou de sa Cérès au château de Versailles), alors que l’ampleur et la sérénité du second motif nous paraîssent plus proches de l’art de Guérin.
45. Attribué à Gilles Guérin (1611/12-1678)
Tête de femme accostée de lions
au-dessus d’une des fenêtres
de l'ordre composite du Gros Pavillon
Demi-relief, pierre
L. env. 330 cm
Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990)
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46. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688).
Tête de femme accostée de lévriers,
au-dessus d’une des fenêtres d’un avant-corps
de l’aile Lemercier
Demi-relief, pierre
L. env. 330 cm
Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990) |
- Masques de satyres opposés attachés par leurs cornes dans les trois frontons triangulaires (ill. 47), et Masques de satyresses cornues sur des branches de chêne dans les trois frontons curvilignes (ill. 48), au-dessus des six croisées de l'aile Lemercier. Ce langage satyrique traité avec vivacité dans l’un et l’autre cas paraît plus du ressort de Buyster que de celui de Guérin, qui se montre en général plus sérieux. Des masques traités dans le même caractère que nous attribuons également au ciseau de Buyster seront sculptés un peu plus tard au-dessus des portes du château de Maisons (n. 17a3). Evalués 34 livres pièce.
47. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688)
Masques de satyres opposés dans un des frontons triangulaires des croisées de l'étage composite de l'aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo :Thierry Prat (1990) |
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48. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688)
Masque de satyresse cornue dans un des frontons curvilignes des croisées de l'étage composite de l'aile Lemercier
Demi-relief, pierre
Paris, Palais du Louvre
Photo : Thierry Prat (1990) |
D'autres sculptures qui se trouvaient sur la façade du côté du fossé n'existent plus (les dépôts du Louvre contiennent quelques masques mais qui semblent dater de l’époque Lescot) :
- Quatre-vingt-cinq Masques à la corniche de l'entablement, à 5 livres pièce.
- Seize Masques aux seize croisées du premier étage, à 18 livres pièce.
- la Tête de Mercure aux deux cheminées, à 50 livres pièce.
- Seize Mufles de lion sous les consoles des croisées du second étage, à 10 livres pièce.
Dans son éloge de Sarazin, Guillet précise que « Sarazin fit les modèles des masques en divers endroits du château et les fit exécuter par M. Guérin », mais dans l'éloge de Buyster, il attribue à celui-ci « sur les clefs des arcades de croisées quelques têtes de satyres », et enfin dans l'éloge de Guérin, il dit que Buyster et Guérin furent associés « pour tout le reste de la sculpture (hormis les Cariatides et les Renommées) qu'on voit à ce pavillon », ce que confirme Sauval.
Du décor sculpté énoncé dans l'estimation de 1644, que reste-t-il aujourd'hui?
Toute la façade vers l’ouest, du côté de l'ancien fossé, a été entièrement refaite par Lefuel après 1853. Le comble du pavillon de l'Horloge a été revêtu sous Napoléon III d'ornements en plomb. Vers l’est, l'aile Lemercier a reçu un attique à l'imitation de l'aile symétrique de Lescot, où Chaudet et Roland ont sculpté le décor des trois avant-corps ; de même a été complété le décor de la façade de cette aile avec des statues mises dans les niches et les bas-reliefs au-dessus des portes du rez de chaussée autour des oculi (à l'exception de celui de la dernière porte, de Van Opstal). Côté cour, il y a donc eu adjonction tardive d'ornements et non suppression, si bien que, pratiquement, tous les éléments sculptés cités en 1644 sont toujours en place, même s'ils ont subi des restaurations ou des réparations : réparations aux mains et en divers endroits des bras des cariatides, remplacement de la tête de la Renommée de Guérin ; l'horloge et le décor qui l'entoure au centre du pavillon sont le fait d'une transformation du XIXe siècle.
1. Sur le Louvre de Lemercier, cf. Maurice Dumolin, « Quelques nouveaux documents sur le Louvre de Le Mercier et de Le Vau », GBA, 1925, II, p. 130-34 ; Yvan Christ, Le Louvre et les Tuileries, Paris, 1949, p. 39, 55-56, 79-80 ; Tony Sauvel, « Le Mercier et la construction du Pavillon de l'Horloge », Bulletin monumental, 1966, p. 244-87 ; « Jacques Sarazin », Cat. expo., Noyon, 1992, éd. Paris, R.M.N., p. 37-42, et cat. n° 5, p. 84-85 ; Gady, Lemercier, p. 368-381.
2. Union centrale des Arts décoratifs, 1 av 29377. Ce dessin au lavis est pratiquement semblable dans ses dispositions à un autre dessin au lavis conservé au musée du Louvre, département des Arts graphiques, inv.R.F. 30310, reproduit dans Gady, fig. 44 p. 56, mais le dessin du Louvre montre en outre l’aile Lescot adjacente. Les sculptures sont plus finement dessinées dans le lavis des Arts décoratifs que dans le lavis du Louvre.
3. Guillet, p. 119 (Eloge de Sarazin, en 1689), p.175 (Eloge de Van Opstal, en 1692), p. 259-60 (Eloge de Guérin, en 1691), p. 281-82 (Eloge de Buyster, en 1690). Chaleix , chap. V, p. 25-31.
4. Sauval (vers 1655), II, 29.
5. Arch. nat., Z 1j 262, carton contenant plusieurs états et brouillons de cette expertise.
6. Arch. nat., 01 2127, « Estat général des ouvrages... faits en 1639 », octobre et novembre.
7. Stockholm, Nationalmuseum, THC 1249 et 1250, dessins publiés par A. Blunt, « Two unpublished drawings by Lemercier for the Pavillon de l'Horloge », Burlington Magazine, 1960 2, pp. 447-48. Le dessin THC 1249 porte au dos la date 23 juillet 1641.
15. Amours montés sur des griffons (disparus)
Vers 1641-43
Groupe en pierre
16. Deux enfants folâtrant auprès d'une chèvre (disparus)
Vers 1641-43
Groupe en marbre
Guillet décrit ces ouvrages faits pour « M. Regnard, intendant de M. de Souvray, grand prieur de France..., dans une belle maison qu'il avoit auprès de la Porte de la Conférence, et qui a été démolie pour faire la grande terrasse des Tuileries »1. Il ne faut pas confondre ce Regnard avec Pierre Regnard, ou Renart, dit de Saint-Malo, arquebusier ordinaire du roi et garde de son cabinet et de ses armes, ni avec son fils Louis, tous deux ayant eu un logement dans l'enceinte du jardin des Tuileries2. Il s'agit ici de Gilles Regnard (né vers 1591, mort en 1670), qui signait Gilles Renard, intendant et ami depuis 1628 de Gilles de Souvré, grand prieur de Malte3. En 1630, Louis XIII lui donna quatre arpents de garenne aux Tuileries, près de la porte de la Conférence, qu'il transforma en un jardin très prisé des promeneurs parisiens4 et célèbre pour ses fruits et les plats cuisinés qu’il offrait à ses hôtes. En 1647, Regnard envoya François Chovigno à Rome copier pour lui les Loges de Raphaël que Chaperon gravera et lui dédicacera en 16495. En 1666, il vendit ses tableaux à Souvré.
Quand Regnard commanda-t-il à Buyster les groupes ? Guillet fournit un indice : les Enfants à la chèvre reproduisaient un groupe similaire qu'avait sculpté Buyster pour Bullion à Wideville (n. 10b) et que l'on peut dater de 1641 environ, qui s'inspirait sans doute du célèbre groupe de Sarazin datant de 1640.
Les Enfants à la chèvre de Buyster connurent un succès certain , il en composa des variantes fondues en bronze : en effet, le 3 mars 1643, Jacques Sargent, fondeur de terre et sable, avait vendu au marchand Robert Pierre des enfants à la chèvre de Buyster, ou, littéralement : « trois chèvres de Bistelle avec les enfants et raisin à chacun, l’un sur l’autre et lesdits entre les pieds de devant », que Sargent avait fondus en bronze6 (doc. 8). Cette description, peu claire, laisse entendre qu’il s’agissait ici d’un groupe de trois enfants jouant avec trois chèvres auxquelles ils donnaient à manger du raisin.
Le groupe en marbre de Buyster des Enfants à la chèvre était très certainement une œuvre d'intérieur, étant donné le coût élevé de son matériau. Tandis que les Enfants montés sur des griffons, en pierre, décoraient plus probablement un perron ou une terrasse à l'extérieur de cette maison, comme le feront quelque vingt années plus tard au château de Vaux-le-Vicomte les sculptures en pierre de Michel Anguier, des femmes chevauchant un lion et une grue figurant la Clémence et la Justice, placées sur la terrasse côté jardins.
Le roi reprit à Regnard sa maison et son jardin et l'en dédommagea en 16687, pour la création du jardin des Tuileries que Le Nôtre avait déjà commencée. Cependant, ce fut dans cette même maison que Regnard rédigea son testament en 1669 et mourut l'année suivante sans héritier. Mais les groupes de Buyster ne figurent pas dans son inventaire après décès et on perd ainsi leur trace8.
1. Guillet, p. 284. Chaleix, p. 37, 115.
2. Jal, 1872, p. 1048.
3. Sauval (vers 1655), II, p. 60, 286 ; Piganiol, Paris, 1765, II, p. 377 ; Hurtaut & Magny, 1779, III, p. 727 ; Caroline de Lambertye, « Gilles Renard », mémoire de maîtrise, Université de Paris IV, 1986 ; Antoine Schnapper, Curieux du Grand Siècle, 1994, II, p. 186-88.
4. Chantelou, « Journal du voyage du Cavalier Bernin », publié par L. Lalanne, GBA, 1885, p. 79.
5. Marché du 4 septembre 1647, MCAN, C, 13.
6. MCAN, XXIX, 180, fol. 229, cité par G. Bresc-Bautier, « L'activité parisienne d'Hubert Le Sueur, sculpteur du roi », BSHAF, 1985, pp. 35-54, note 23 et retranscrit par la même dans « Problèmes du bronze français : Fondeurs et sculpteurs à Paris (1600-1660), dans AAF, nouvelle période, XXX, 1989, p. 40.
7. CBR., I, 237, 280.
8. Testament du 28 décembre 1669 ; inventaire après décès du 22 avril 1670, MCAN, LXX XIII, 139, 140.
17. Décor sculpté au château de Maisons (Maisons-Laffitte, Yvelines)
1645-49
Au château qu'il se faisait construire sur ses terres de Maisons par François Mansart entre 1641 et 16501, René de Longueil donna une incontestable prééminence au décor sculpté sur le décor peint. Ce décor concerne les façades, l'intérieur et les jardins. Il fut exécuté par l'équipe d’artistes que Sarazin réunit une fois encore : Buyster, Guérin et Van Opstal, qu'il dirigea et à qui il fournit le cas échéant des modèles et des dessins, tout en leur laissant une plus grande autonomie dans la conception et dans l'exécution qu'au Louvre2. Aucun marché pour ces ouvrages n’a pu être découvert. C’est une fois encore Guillet de Saint-Georges dans ses éloges académiques qui en rend le mieux compte3.
René de Longueil, président à mortier au parlement de Paris et premier président à la cour des aides, nommé en 1645 gouverneur du château royal de Saint-Germain-en Laye, reçut de Mazarin le 25 août 1650 la surintendance des finances. Il la perdit un an après lors de la déclaration de majorité de Louis XIV (septembre 1651), ce qui ne l’empêcha pas de conserver l’entrée au conseil et le titre de ministre d’Etat. En 1658 le roi érigea pour lui en marquisat la terre de Maisons-sur-Seine.
Le vocabulaire décoratif utilisé à Maisons, qui fait largement appel à l’héraldique, a été l’objet de deux études récentes très stimulantes d’Yvan Loskoutoff4. En de mutiples endroits du château apparaissent des motifs, en fait des « meubles » tirés des blasons des Longueil : les aigles qui supportent ses armoiries, les lions et les roses, qui se conjuguent à une emblématique tirée des armoiries des Boulenc tels que les épis de blé, les boules des Boulenc – rappelons que René de Longueil était veuf de Madeleine Boulenc de Crèvecœur, épouse très aimée et trop tôt disparue à qui il dédia en quelque sorte la construction de ce château. Mais en même temps, Longueil, vrai « animal mazarinique » n’oublie pas de faire une cour assidue au ministre qui s’était rendu en personne au château de Maisons à la fin de l’été 1643, et qui est constamment évoqué dans le château par des faisceaux de licteurs et des allusions aux triomphes à la romaine. Quant au motif du bélier qui apparaît en maints endroits, Loskoutoff suggère qu’il pourrait se référer au bélier héraldique du chancelier Séguier qui favorisa largement l’ascension du président de Maisons. Outre un véritable décryptage des motifs utilisés, Loskoutoff démontre que c’est vers 1645 qu’il faut dater la Cheminée des Captifs de Gilles Guérin, et probablement l’ensemble du décor intérieur. Non seulement « les meubles séparés sont extraits[des armoiries] et répandus à profusion dans le décor », mais ils sont aussi « part intégrante de plusieurs compositions allégoriques ».
49. Vue générale du château de Maisons-Laffitte,
côté ville
Photo : Françoise de La Moureyre (2006) |
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50. Vue générale du château de Maisons- Laffitte, côté Seine
Photo : Françoise de La Moureyre (2006) |
a. Sculptures aux façades (ill. 49 et 50)
Pierre de Creil (en place)
Guillet ne fournit qu'une seule précision à ce sujet, attribuant à Buyster nommément « tous les ornements de sculpture qu'on voit à la porte du château ».
51. Philippe de Buyster (1595-1688)
Dessus de la porte centrale du château de Maisons-Laffitte, côté cour
Bas-relief et demi-relief, pierre - L. 292 cm
Photo : Thierry Prat (1990) |
1. Dessus des portes du rez-de-chaussée. L'accès au vestibule central se fait par deux portes opposées, côté cour et côté jardins ; les sculptures des linteaux et des dessus de linteau (L. : 292 cm) suivent un dessin général assez voisin, mais non identique (ill. 51 et 52). Dans les deux cas, on voit au linteau un linge fixé par des clous enrubannés et sortant des volutes d'une console centrale ornée de besants ; de chaque côté, des têtes de satyre de profil aux oreilles pointues (côté cour) ou sinueuses (côté jardins) s'inscrivent dans des petites volutes (ils rappellent ceux des tympans de l’aile Lemercier du Louvre, voir n. 14c). La corniche du linteau supporte sur chaque porte un trophée guerrier sculpté en fort relief ; côté cour : le trophée se compose d’un casque à panache et d’un bouclier rond autour desquels se déploient en éventail des piques, des enseignes romaines avec le S.P.Q.R., l’aigle romaine et une couronne, des boucliers ornés d'une tête de méduse et d’une couronne de lauriers. Côté jardins, au milieu, un casque à panache et une torche entourés d'un bélier de guerre, d’un vase et d'autres enseignes romaines.
52. Philippe de Buyster (1595-1688)
Dessus de la porte centrale du château de Maisons-Laffitte,
côté Seine
Bas-relief et demi-relief, pierre - L. 292 cm
Photo : Thierry Prat (1988)
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La porte donnant accès à l'aile de gauche a son linteau orné du même décor que les portes du vestibule. Mais sur la corniche sont couchées deux sphinges affrontées de part et d'autre d'un casque empanaché (L. : 2,87 m) (ill. 53).
Nous attribuons ces trois dessus de porte à Buyster.

53.
Attribué à Gérard Van Opstal (1605-1668) : métopes de la frise et Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688) : dessus de la porte donnant accès à la chapelle du château de Maisons-Laffitte
Bas-relief et demi-relief, pierre - L. 287 cm
Photo : Françoise de La Moureyre (2006) |
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54. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688).
Ornements guerriers au fronton de la façade sud du château de Maisons-Laffitte
Bas-relief, pierre
Photo : Françoise de La Moureyre (1988) |
2. Autres motifs guerriers. Par extension, on peut lui attribuer également les autres motifs guerriers qui se voient aux façades. Côté cour : le heaume qui coiffe le fronton central, les ornements des écoinçons des fenêtres au-dessus des deux terrasses. Côté jardins : les deux casques à panache de l'avant corps central entre les chapiteaux corinthiens. A la façade latérale sur le côté sud-ouest, les cuirasses et les armes dans le fronton (ill. 54). Autres motifs dont l'attribution revient en toute probabilité à Van Opstal, ceux qui sont sculptés aux métopes de la frise du premier ordre : targes, casques et armes tels qu'on les voit au-dessus de la porte de la chapelle (ill. 53), bucranes, roses etc.... (ill. 55).
55. Attribué à Gérard Van Opstal (1605-1668) et à Philippe de Buyster (1595-1688)
Métopes de la frise et linteau
Façade sud du château de Maisons-Laffitte
Bas-relief, pierre
Photo : Françoise de La Moureyre (1988) |
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56. Jacques Sarazin (1592-1660)
Masque de satyre
Dessin, peut-être pour Maisons
Pierre noire sur papier gris - 21,6 x 20 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum |
3. Masques. Comme au Louvre, Buyster s'est partagé avec Guérin l'exécution des masques de satyre dont Sarazin a dû fournir le dessin (ill. 56) ; ils décorent en abondance les souches de cheminée (ill. 57), les fenêtres (ill. 58), les œils-de-bœuf et certains frontons. Chaleix a proposé d'attribuer à Buyster les masques gais et satyriques, et à Guérin ceux d'un caractère plus classique ou plus pessimiste, répartition à laquelle nous souscrivons. Notons que le ciseau de Buyster est en général plus nerveux et plus sec que celui de Guérin.
57. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688)
Masques de satyres aux souches de cheminées
du château de Maisons-Laffitte
Bas-relief, pierre
Photo : Françoise de La Moureyre (1988) |
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58. Attribué à Philippe de Buyster (1595-1688)
Masque de satyre et palmes
Château de Maisons-Laffitte
Bas-relief, pierre
Photo : Françoise de La Moureyre (1988) |
b. Dans le grand escalier : Groupes allégoriques d'amours (en place)
Quatre groupes en plâtre
L. : 315 cm
59. Philippe de Buyster (1595-1688)
d’après un modèle de Jacques Sarazin (1592-1660)
Le Chant
Haut-relief et ronde-bosse
Stuc - L. 315 cm
Grand escalier du château de Maisons-Laffitte
Photo Thierry Prat (1988) |
Chaque groupe est composé de trois amours en ronde-bosse, qui sont assis sur les quatre corniches du premier étage. Ils ont été d’abord modelés en terre ou en cire, puis moulés en différents morceaux d’après la technique du creux perdu, et assemblés5. Dans l'éloge de Sarazin, Guillet écrit : « M. le président de Maisons employa (Sarazin) pour les modèles de plusieurs jeunes enfants, qui forment un chœur de musique... placés dans le grand escalier », et dans l'éloge de Buyster : « on voit de sa main plusieurs groupes d'enfants au grand escalier, ces enfants représentent les génies des beaux-arts, et sont accompagnés de plusieurs trophées »6. Ces sculptures étaient achevées avant 1649, année où l'anglais John Evelyn, visitant le château, les admira7. Dezallier d'Argenville en a donné un siècle plus tard une description assez précise8. Assis jambes pendantes, ces enfants, diversement occupés, illustrent :
60. Philippe de Buyster (1595-1688)
d’après un modèle de Jacques Sarazin (1592-1660)
Le Chant, détail
Haut-relief et ronde-bosse
Stuc - L. 315 cm
Grand escalier du château de Maisons-Laffitte
Photo : Thierry Prat (1988) |
1. Le Chant, ou la Musique, ou encore un « concert » (Dezallier). Trois amours chantent en déchiffrant la même |