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Villa Médicis : et l'histoire de l'art ?

   Simultanément, deux événements viennent de montrer à quel point l'histoire de l'art est maltraitée par nos gouvernants.

   L' "affaire Benamou", qui a vu fort heureusement ce courtisan dont chacun se plaît à dénoncer l'inconsistance écarté de la direction de la Villa Médicis, n'en connaîtra pas forcément pour autant un dénouement satisfaisant. Car dans ce débat, où certains remettent en cause l'existence même de l'Académie de France à Rome1, il y a une nouvelle fois une grande oubliée : l'histoire de l'art qu'André Malraux y avait fort judicieusement introduite. S'il est vrai sans doute que Rome n'est plus forcément la source d'inspiration première de nos artistes, elle est un lieu indispensable pour la formation des historiens de l'art français. Chaque année, parmi les plus brillants d'entre eux sont envoyés pour y mener les recherches indispensables à cette discipline. Beaucoup des personnalités importantes dans ce domaine, qu'elles soient universitaires ou conservateurs, y ont séjourné. Depuis cette réforme Malraux, un chargé de mission en histoire de l'art a pour rôle d'organiser des colloques et des expositions2 ainsi que de publier des livres (dont une revue annuelle). Ces activités ont permis de faire rayonner, en Italie et bien au delà, le prestige de la France dont nos hommes politiques se gargarisent en permanence. S'il y a bien une chose qui justifie largement l'existence de ce lieu, c'est bien l'histoire de l'art.

   Or, ce point n'est jamais pris en compte. Le projet d'Olivier Poivre d'Arvor l'évoque à peine, sans rien proposer de concret, et il n'y a aucun historien de l'art nommé dans la commission en charge de trouver le nouveau directeur.
   Faut-il s'en étonner, quand la volonté affichée récemment par le gouvernement de faire entrer l'histoire de l'art à l'école est si manifestement oubliée ? Car qui comprendra la réforme annoncée par les Ministères de la Culture et de l'Education Nationale ? Il paraît que l'histoire de l'art deviendrait obligatoire sans qu'aucun moyens supplémentaires ne soient donnés pour rendre effective cette décision. On rognera sur le temps dédié à l'histoire ce que, bien sûr, et avec raison, les historiens refusent, disposant déjà de trop peu d'heures pour enseigner cette discipline. Surtout, il n'est nullement question de confier l'histoire de l'art à des historiens de l'art ce qui prouve tout le mépris dans lequel nos soi-disant élites tiennent celle-ci.

   Ces deux affaires, Villa Médicis et enseignement de l'histoire de l'art sont liées, dans un contexte qui voit la baisse des moyens donnés pour les musées3 et les monuments historiques. L'histoire de l'art est sinistrée en France, ce n'est pas nouveau.

Didier Rykner
(mis en ligne le 17 avril 2008)

1. Voir dans la rubrique Opinions du Monde l'article A quoi sert la Villa Médicis publié par le sénateur UMP Adrien Gouteyron, vice-président du Sénat, qui prouve notamment qu'il ignore tout du rôle de la Villa pour l'histoire de l'art.
2. Les expositions y deviennent hélas de plus en plus rares.
3. Selon The Art Newspaper d'avril, la baisse est de 6% par rapport à l'année dernière.

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