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Vous voulez voir Rubens ? Vous aurez Toutânkhamon !
Depuis le 1er juillet dernier, les portes du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes sont closes. Pas pour l'agrandir, le restaurer ou quelque autre raison qui pourrait justifier cette fermeture; mais pour déménager les collections du musée et faire de la place pour l'exposition Pharaon. Homme, roi et dieu !
On se trouve ici au cœur du problème que nous dénonçons depuis plusieurs années : la culture de l'événement qui fait office d'événement culturel. Un musée n'est pas un centre d'expositions. Il est déjà discutable de cacher une partie des collections permanentes pour organiser une rétrospective, même si cela peut, à la limite, se comprendre pour un établissement ne disposant pas de salles d'expositions. Il faut alors que celle-ci soit à la hauteur, c'est à dire qu'elle présente un véritable intérêt pour l'histoire de l'art. Mais fermer entièrement un musée pendant presque un an pour organiser une exposition événement sur un des sujets les plus rebattus, en entourant cette opération d'un tintamarre médiatique (celui-ci commence à peine) et en faisant croire aux visiteurs qu'il s'agit d'une opération culturelle est une nouveauté. On avait pris l'habitude de ces grands shows égyptiens-impressionnistes-Picasso (rayez la mention inutile), mais on n'avait jamais assisté ainsi à la fermeture d'un musée et à sa complète négation pour pouvoir organiser une de ces grandes kermesses.
Rappelons que le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes présente habituellement, dans ses collections permanentes, des chefs-d'œuvre aussi importants que le fonds d'atelier de Jean-Baptiste Carpeaux ou plusieurs immenses tableaux d'autel de Rubens (dont le triptyque du Martyre de Saint Etienne ou la Descente de Croix) et plus largement de l'école flamande (Jacob Jordaens, Abraham Janssens, Gaspard de Crayer, ...). Tout cela restera invisible pendant près d'un an. Notons que le déménagement de toute cette collection, en particulier des grands plâtres et des toiles de grande dimension, présente aussi des risques inutiles pour leur intégrité.
Nous avons contacté le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais qui nous a confirmé être à l'origine de cette initiative qu'il finance entièrement, en collaboration avec la ville de Valenciennes et dans le cadre de l'opération Valenciennes Capitale régionale de la Culture. Que la collection du musée reste invisible pendant presque un an ne semble poser aucun problème et notre interlocutrice s'est même déclarée « choquée » qu'on puisse trouver là matière à polémique.
On peut ainsi légitimement s'interroger : jusqu'où ira-t-on dans la destruction des collections permanentes ? Celles-ci, manifestement, gênent beaucoup de gens qui considèrent qu'elles pourraient servir à bien d'autres choses qu'à accueillir le peu de visiteurs qui ont la drôle d'idée de s'y intéresser Transformer les musées en centres d'expositions temporaires repose sur les mêmes principes que ceux qui président à leur délocalisation. Les collections permanentes seront à l'avenir considérées comme un fonds de roulement où l'on pourra puiser à volonté pour monter des expositions plus ou moins temporaires dans d'autres musées dont les propres richesses seront envoyées sous d'autres cieux pour organiser d'autres événements. On s'étonne que, pendant cette année presque complète pendant laquelle le musée sera fermé, la ville de Valenciennes n'ait pas songé à louer quelque part une exposition de ses « plus grands chefs-d'œuvre ». Les flamands et Carpeaux doivent être moins glamour que Toutânkhamon.
Didier Rykner
(mis en ligne 7 août 2007)
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