| Histoire de l'art, patrimoine, écologie... et éoliennes
La Tribune de l'Art s'intéresse régulièrement, et peut-être davantage encore depuis quelques mois, à la défense du Patrimoine tel qu'on le définit à l'occasion des Journées qui ont lieu, comme tous les ans, à la mi-septembre. Il nous semble en effet qu'il est impossible de dissocier l'histoire de l'art de la protection de son objet. L'histoire du vandalisme de Louis Réault, récemment remis à jour par Michel Fleury et Guy-Michel Leproux est un ouvrage terrifiant qui recense par centaine des chefs-d'œuvre architecturaux disparus parfois récemment sous la pioche des démolisseurs, la plupart du temps avec la complicité passive ou active d'un Etat dont le rôle serait pourtant de veiller à l'intérêt général et à l'intégrité des monuments historiques. Souvent, c'est même l'Etat qui tient le rôle du vandale.
Ces attaques contre notre héritage commun sont multiples, infinies hélas, et La Tribune de l'Art n'a évidemment pas vocation à tenir le rôle d'une société de protection du patrimoine. Celles-ci font un travail admirable et nécessaire, allant dans bien des cas jusqu'à engager des procès contre les démolisseurs. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on écrive à La Tribune de l’Art pour dénoncer des menaces, un peu partout en France. Nous ne pouvons traiter tous les dossiers1 et nous réservons nos articles aux atteintes contre des bâtiments importants pour l'histoire de l'art, même si nous soutenons les défenseurs du petit patrimoine, qu'il s'agisse des maisons rurales, des lavoirs, des pigeonniers ou des simples manoirs ou hôtels particuliers qui forment la trame des paysages.
Pas plus que notre discipline ne peut ignorer la protection du patrimoine, l'écologie ne peut en faire abstraction. Les indispensables réformes de nos habitudes de consommation et de production, qui n'ont que trop tardé, ne peuvent se faire en ignorant l'esthétique et le cadre de vie. Or, le « Grenelle de l'Environnement » organisé par le gouvernement a choisi d'exclure délibérément toutes les associations de défense du patrimoine et des paysages, comme si ces sujets étaient étrangers, faisant preuve d'une étroitesse de vue effarante.
Un point, en particulier, risque d'engager notre avenir et de défigurer de manière permanente notre pays et nos monuments. Il s'agit des éoliennes.Une loi, qu'il ne faut pas hésiter à qualifier de scélérate, oblige en effet EDF à acheter à quiconque décide de construire une éolienne l'électricité à un prix double de celui du marché. Une électricité qui vient en surproduction de celle que nous produisons, et dont le bilan écologique est, de l'avis de beaucoup, bien moins intéressant que ce que leurs promoteurs prétendent, attirés par un gros gâteau à se partager et qui agissent sans aucune planification ni aucun contrôle.
Il faut savoir qu'en raison de l'impact visuel de ces constructions, beaucoup plus hautes que tout ce qui a jamais été édifié dans nos campagnes, c'est l'ensemble de nos paysages et de nos sites historiques qui sont menacés par les milliers de projets qui vont couvrir la France dans les années qui viennent. Et, au même moment, il est question de diminuer encore le ferroutage, une solution pourtant efficace pour réduire les nuisances des camions, on se refuse à limiter réellement la circulation automobile dans les villes ou à imposer aux industries de véritables normes réduisant la pollution. L'écologie, en ce qui concerne les éoliennes, a bon dos. Il est possible, au cas par cas, d'installer, si cela est vraiment nécessaire, des éoliennes (dans les zones industrielles par exemple) ou dans des lieux bien étudiés sans impact visuel sur les monuments historiques ou les paysages naturels. Mais il faut refuser la situation actuelle qui voit triompher le laisser faire et la loi de la jungle, les protections actuelles étant totalement inadaptées à cette situation.
C'est pourquoi nous invitons tous les lecteurs de La Tribune de l'Art qui veulent protester contre cette catastrophe annoncée, à participer à la manifestation qui aura lieu le samedi 6 octobre 20072. Pour ma part, j'y serai.
Didier Rykner
(mis en ligne le 16 septembre 2007)
1. Ne prenons qu'un exemple dans l'actualité : à Paris, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris souhaite démolir un joli petit hôtel Napoléon III et tout un rang de maisons anciennes rue de Sèvres et carrefour Duroc, pour construire un nouveau bâtiment.
2. A 14 h, le samedi 6 octobre 2007, devant le Ministère de l'Ecologie, 20 avenue de Ségur, Paris 7ème. Métro Ecole-Militaire, Saint-François-Xavier ou Ségur.
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