Comment parler du marché de l'art ?

   S’il n’y a pas de rubrique « Marché de l'art » sur La Tribune de l’Art, ce n’est pas par mépris pour cette activité. Nous ne partageons pas a priori la vieille tradition de méfiance de la communauté des historiens de l’art français, en particulier des conservateurs, pour le marché1.
   Les marchands d’art - et les ventes aux enchères - sont nécessaires et servent aussi les musées. Sans eux, pas d’acquisitions ou très peu. Si des brebis galeuses existent, si des marchands peu scrupuleux dépècent des carnets de dessin, rajoutent des signatures (ou en effacent), maquillent des tableaux ou restaurent de manière trop drastique, cela ne peut être généralisé à toute la profession. Beaucoup de ses membres font même œuvre d’historien d’art et d’éditeur, publiant parfois des ouvrages indispensables sur tel ou tel sujet.

   Malgré cela, nous ne pensons pas qu’une rubrique spéciale soit nécessaire ou justifiée. Car La Tribune de l’Art souhaite avant tout être une revue d’histoire de l’art et de défense du patrimoine. Sauf par exception, les ventes et les résultats des ventes ne donnent pas lieu à des articles spécifiques.
   Nous avons cependant mis en ligne une brève sur les ventes Christie’s de janvier à New York. C'était l’occasion de publier quelques photos d’œuvres qui nous paraissaient intéressantes. Mais, après réflexion, nous ne renouvellerons pas cette expérience car nous devrions en ce cas parler de toutes les ventes, à Paris, à Londres ou à New York, et la place qui leur serait donnée deviendrait trop importante.  Nous continuerons en revanche à annoncer la vente d’objets majeurs comme le Velázquez en février à Madrid (brève du 26/1/04 ) ou la collection de dessins du Marquis de Calvières (brève du 13/12/03 ). Cette dernière nous paraissait en effet suffisamment importante pour l’histoire de l’art, du goût et des collections. On trouvera également régulièrement en Nouvelles Brèves les expositions de marchands présentant un intérêt pour l’histoire de l’art tandis que n’entreront dans le calendrier des expositions que celles où les objets présentés ne seront pas en vente.

   Pareillement, nous n’avons pas souhaité, même si distinguer le vrai du faux fait partie de l’histoire de l’art, parler des querelles d’attribution qui ont agité le monde des ventes aux enchères à la fin de l’année dernière : les polémiques autour de deux tableaux présentés respectivement comme Toulouse-Lautrec et Van Gogh, suivies de leur retrait. Pour le premier tableau, le manque de sérieux de l’« expert » disqualifiait par avance l’entreprise ;  pour le second, les querelles autour de l’authenticité des Van Gogh sont suffisamment médiatisées pour que nous ne nous en fassions pas l’écho, surtout lorsqu’il s’agit d’un tableau aussi peu important, qu’il soit ou non de l’artiste. Enfin, des affaires liées au marché de l’art, comme le récent procès Binoche, ne nous semblent pas non plus mériter un article. Tous ces sujets sont abondamment commentés par ailleurs y compris dans la presse non spécialisée.

   Trouver un équilibre entre la nécessaire déontologie (il ne s'agit pas, en effet, de faire de la publicité à tel ou tel) et l'information n'est pas simple. Nous essaierons de le maintenir.

Didier Rykner
(mis en ligne le 28 janvier 2004)  

Retour vers Archives

Retour vers Editorial

Retour vers Accueil

 

Nouveautés en ligne | Index | Plan du site | Qu'est-ce que La Tribune de l'Art ? | Ecrivez-nous
©La Tribune de l'Art