Une « revanche sur l'histoire »
L'Antenne française du musée du Louvre sera finalement installée
à Lens. C'est ce qu'a annoncé le premier ministre, entouré pour l'occasion
par Renaud Donnedieu de Vabres et Jack Lang.
Nous avons indiqué
ici, à plusieurs reprises, pourquoi cette idée de délocalisation du Louvre,
au détriment d'une vraie décentralisation qui donnerait des moyens supplémentaires
aux musées de province, était absurde. Le cas de Lens illustre à l'extrême
cette situation. Loin du désert culturel qu'elle prétend être, Lens est
située à proximité de Lille (39 à 45 minutes de train) où se trouve un des
plus beaux musées de l'hexagone. Elle est surtout à un quart-d'heure d'Arras.
Les Lensois sont ainsi plus proches du musée de cette ville que de nombreux
franciliens du Louvre. Et Arras conserve de nombreux tableaux en réserve, dont
plusieurs mays de Notre-Dame !
Les arguments du choix de Lens sont, il est vrai, très forts. Dans
un communiqué interne, la direction du Louvre écrit : « Le Louvre à
Lens est incontestablement pour l'ancienne cité minière une revanche sur
l'histoire et le moyen de se forger une identité et une nouvelle fierté ».
Sic. On lit aussi que ce projet « doit permettre un projet de création
architecturale de grande ampleur capable de transformer durablement la
physionomie de la ville. » Nous nous permettons de renvoyer à notre
article, OPA sur les musées,
où cette obsession du « geste architectural » était évoquée1.
Le journal Le
Monde, sous la plume d'Emmanuel de Roux, a publié aujourd'hui une page
entière sur les délocalisations des musées. Ou plutôt une tribune pour les
Directions du Louvre et de Beaubourg, les arguments des opposants étant
expédiés (et caricaturés) en une phrase. Nous enverrons prochainement un
article pour la page Débats-Horizons de ce journal. Nous verrons si un
avis différent peut aussi s'y exprimer2 (rappelons que les partisans des
délocalisations - ou, plus largement, ceux qui ne sont pas d'accord avec nos
prises de positions - sont libres d'adresser à La Tribune de l'Art leur
opinion, qui sera publiée ; rappelons aussi que nous avons interrogé à de
multiples reprises la direction du Louvre sur son projet d'antenne américaine,
et qu'elle ne nous a jamais répondu).
A propos de l'antenne d'Atlanta, Emmanuel de Roux affirme qu'il s'agira
« d'une quarantaine de pièces prêtées par les départements du
Louvre pour raconter l'histoire du musée parisien ». Que signifie ce
chiffre, bien loin des « centaines d'œuvres d'art » dont
parlait le directeur du High Museum d'Atlanta ? Il faut dire que les chiffres
avancés par Le Monde dans cet article sont quelque peu sujets à caution
: d'après lui, « 100 à 200 pièces importantes » seront exposées
dans l'antenne française, alors que le communiqué interne déjà cité parle
de 500 à 600 œuvres !
On n'en est pas, il est vrai, à une contradiction près. Les programmes de ces antennes, comme nous l'avions montré dans notre éditorial de février 2004 (Ne demandez pas le programme !) ne sont pas au cœur des préoccupations des responsables. Ce qui compte, c'est le geste politique, architectural, et dans bien des cas financier.
Didier Rykner
(mis en ligne le 29 novembre 2004)
1.
On aurait pu, au moins, pour une antenne du Louvre, en profiter pour
réhabiliter un monument ancien.
2. Le Monde a publié notre point
de vue dans l'édition datée du 20 janvier 2005.
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