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Secret Louvre
Les musées américains sont-ils plus transparents que leurs homologues français ? Dès le jeudi 19 janvier, plusieurs journaux locaux divulguaient sur Internet l'information du dépôt par le Louvre à Atlanta, pendant un an, du Baldassare Castiglione et des Bergers d'Arcadie (voir brève du 20/1/06)1. Le service de la communication du Louvre, que nous avons immédiatement contacté, répondit le vendredi soir (après une seconde demande) qu’il n’était pas au courant de la diffusion d’une liste. Celle-ci nous était pourtant envoyée peu après par le High Museum d’Atlanta2.
Le dépôt à Lens de la Sainte Anne de Léonard de Vinci n’est pas une information qu'on trouve sur le web. Mais conserver secrète une telle opération supposerait des procédures dignes de la C.I.A. Je peux confirmer que le prêt de ce tableau (peint sur bois) est effectivement envisagé, même si rien n'est encore fait. Pour attirer les foules, le dépôt à Lens de quelques-uns des fleurons du Louvre est hélas inévitable.
Pourquoi cette culture du secret (constante depuis le début de l'opération d’Atlanta) ? Pourquoi est-il si difficile d'obtenir des informations du Louvre au sujet des projets du Lens et d'Atlanta dès qu'il s'agit de questions considérées comme embarrassantes ? Y-a-t-il lieu d'avoir honte de cette politique ? La méfiance est permanente puisqu'on ne peut interviewer un conservateur du Louvre sans que celui-ci soit systématiquement chaperonné par une personne du service de la Communication.
Ce qui dérange, ce n’est pas tant qu’on s’oppose aux projets de délocalisations des collections (quoique) mais qu’on les connaisse. Il y a un « secret Louvre » comme il y a un « secret défense ».
J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire : les œuvres des musées de France n’appartiennent pas à leurs directions, mais à tous les Français. Ces desseins devraient être publics et il est légitime d'en débattre.
Rappelons pour conclure que les musées de province ont toutes les peines du monde à obtenir des prêts du Louvre, même pour des expositions réellement scientifiques. On n’ose penser ce qu’on aurait répondu à l’un d’eux qui aurait souhaité emprunter le Baldassare Castiglione, le Jeune Mendiant ou Sainte Anne et la Vierge.
Didier Rykner
(mis en ligne le 27 janvier 2006)
1. Les 15 tableaux et 17 sculptures, dont ces deux toiles, doivent rester à Atlanta près d'un an, du 14 octobre 2006 au 7 septembre 2007. Les dessins ne seront exposés que du 14 octobre 2006 au 21 janvier 2007 (seulement trois mois pour des raisons évidentes de conservation) et les objets d'art décoratif du 3 mars 2007 au 2 septembre 2007, comme on l'apprend sur les sites américains.
Il n'y a, évidemment, rien de scandaleux dans l'exposition de dessins anciens du Louvre à Atlanta.
2. Voici la liste (ou plutôt les trois listes) fournie par le service de presse du High Museum of Art : peintures et sculptures, objets d'art, dessins.
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