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De 2005 à 2006


  
Le début du mois de janvier est l'occasion de faire le bilan de l'année écoulée et d'anticiper celle à venir. Pour La Tribune de l'Art, 2005 fut essentielle et 2006 ne devrait pas être moins riche. L'an dernier, une nouvelle formule a été mise en ligne et le lectorat n'a cessé de croître : en 12 mois, le nombre de visiteurs par jour est passé en moyenne d’environ 1800 à plus de 4000. Ce succès incontestable a permis de mettre en place, en collaboration avec le site dessin original, une librairie d'art en ligne. Le catalogue s'est fortement enrichi et, bientôt, toutes les nouveautés françaises, puis une large sélection d'ouvrages étrangers, pourront être achetés. Parallèlement, nous avons proposé de la publicité très ciblée, et non intrusive (il n'est pas question de fenêtres qui s'ouvrent un peu partout, technique contre-productive car insupportable pour le lecteur). Je remercie particulièrement les premiers annonceurs dont les publicités ont déjà été mises en ligne, ou qui le seront cette année.
   2006 devrait permettre de consolider les acquis, et de développer encore davantage le site. A terme, nous comptons mettre en place une version anglaise de La Tribune de l'Art et augmenter toujours davantage le contenu. Certaines rubriques, peu fournies jusqu'ici, seront progressivement enrichies (Artistes, Base de donnée des acquisitions,…). Et tout cela restera accessible librement, comme aujourd'hui.

   Pour le monde de l'histoire de l'art, l'année 2005 a été plus mitigée. Les influences toujours plus grandes du politique (voir par exemple la désignation toujours en cours d'un directeur pour l'INHA), de l'événementiel (l'antenne du Louvre à Lens, projet qui suit, hélas, son cours1,…), et de la recherche perpétuelle d'argent (la location des collections à l'étranger) rendent nos musées schizophrènes. S'ils continuent à remplir leur rôle, ils sont écartelés entre ce devoir scientifique et celui de faire du chiffre. La décentralisation va accentuer ce phénomène, en diminuant les moyens de certains établissements qui ne bénéficient plus de l'aide des grandes institutions et qui sont soumis de plus en plus aux quatre volontés des politiciens locaux, maires, présidents des conseils généraux et régionaux. 2005 a été l'année du dépeçage de l'Inventaire et de la poursuite de la baisse des crédits de restauration des Monuments Historiques. Le Ministère se désintéresse toujours davantage des vrais problèmes culturels pour se consacrer au statut des intermittents ou à la fête foraine organisée sous la verrière (heureusement restaurée) du Grand Palais. Si l'argent manque, ce n'est pas vrai pour tout. Ainsi, en tant que journaliste, j'ai eu droit à l'envoi d'un coursier qui m'a délivré en mains propres l'invitation pour ce dernier événement. On voit où le ministre place ses priorités, quand il n'a même pas daigné répondre, malgré plusieurs relances, à la question pourtant simple et légitime que je lui posais dans un éditorial à propos du patrimoine mobilier des monuments publics. Un envoi par la Poste, voire par mail, m'aurait pourtant contenté. Ce patrimoine, public comme privé, des églises, des couvents, des hôpitaux, est très menacé (article du 13/6/05). Même celui des musées n’est plus à l’abri comme l’a prouvé la triste affaire du musée Marmottan, qui n’a pas eu l’air de trop émouvoir nos édiles.

   La Tribune de l'Art n'a pas vocation à parler de toutes les atteintes au patrimoine bâti et mobilier, ce qui deviendrait d'ailleurs très déprimant. Celles-ci sont multiples et les associations de défense du patrimoine font un travail sur le terrain qui doit être souligné. Nous ne parlons ici, ponctuellement, que d'atteintes au patrimoine mobilier, ou aux monuments de première importance du point de vue architectural. Nous avons suivi de très près les menaces sur la Citadelle de Vauban à Lille, aujourd’hui heureusement écartées, nous suivrons celles pesant sur la place royale de Dijon, dont le dossier doit être examiné par la Commission Supérieure des Monuments Historiques le 26 janvier prochain. En 2006, une action de vandalisme officielle, menée contre le Versailles de Louis-Philippe, doit être menée : le déplacement programmé de la statue du Roi des Français, en place depuis la Monarchie de Juillet dans la cour d’Honneur du Château, sera accomplie. On construira, à la place, pour un coût très élevé, une grille qui n’existe plus depuis plus de deux siècles, créant par la même occasion un état qui n’a jamais existé.

   Les dispositions sur les trésors nationaux et le mécénat ont permis d’enrichir les musées français. Rappelons notamment le don par Axa de la Vestale de Houdon. Sur ce plan, l’année 2006 commence brillamment, puisque le Portrait de Ferdinand d’Orléans par Ingres (voir brève du 19/10/05) entrera officiellement dans les collections du Louvre à la fin du mois de janvier. En revanche, un tableau très important pour le patrimoine français, qui devrait être acquis par un musée de province, peine manifestement à trouver son mécène2. Les musées régionaux sont les principaux oubliés de ce système, 80% des trésors nationaux étant acquis par les grands établissements publics. En 2004, le don par Carrefour de la collection Beisteigui n’a permis de tempérer ce constat qu’à la marge. Certains musées de province n’ont qu’un budget très réduit et la baisse des crédits d’acquisition de 25% pour l’année 2006 décrétée par le Ministère de la Culture n’arrangera certainement pas leur situation.

   2005 a confirmé que les musées de province étaient capables d’organiser des expositions d’art ancien d’excellent niveau : sans être exhaustif, je rappellerai celles de Tours (Lorenzo Veneziano), de Strasbourg (Loth et ses filles), celles de Bordeaux et Caen (Splendeur de Venise) dont nous parlerons bientôt, toutes actuellement en cours. Parmi les événements terminés, rappelons l'excellent De l’Esprit des Villes à Nancy. Le Louvre et le Grand Palais ont su tenir leur rang avec notamment Girodet et La France Romane pour le premier, La peinture française dans les collections allemandes et le succès surprise de l’année, Mélancolie, pour le second. 2006 s’annonce très prometteur, avec notamment Ingres au Louvre, Les dessins français de Weimar au musée Jacquemart-André, la présentation de la collection Jean-Pierre Changeux successivement dans trois musées (Meaux, Toulouse et Caen) ou l’exposition simultanée dans sept musées des dessins italiens des XVIIe et XVIIIe siècles conservés en province. Tout cela ne constitue qu’un brève aperçu de quelques-uns des rendez-vous dont il faut a priori (nous jugerons sur pièces) se réjouir.

   Il faut cependant espérer que la tendance qui consiste à publier des catalogues d’exposition sans aucune notice, même brève (Le Romantisme en Belgique à Bruxelles, L’Atelier de Girodet à Montargis, ou plus récemment Eugène Devéria à Pau) ne tende pas à se généraliser. Il est très frustrant de voir des tableaux, parfois peu connus, et de ne rien apprendre sur eux. La publication d’ouvrages d’histoire de l’art est suffisamment difficile en France pour que l’on exploite au maximum les occasions qui se présentent. En réduisant fortement la taille d’un catalogue comme Eugène Devéria, un artiste sur lequel aucun ouvrage récent n’existe, en ne publiant même pas toutes les œuvres exposées, la RMN ne joue pas son rôle de service public. De même, en réduisant les tirages des catalogues, ce qui organise la pénurie, on pénalise les auteurs, les historiens de l’art, les étudiants et même le grand public, qui ne pouvait déjà plus se procurer l’ouvrage, pourtant remarquable, accompagnant L’Esprit des villes (publié par Artlys, une filiale de la RMN) un mois avant la fin de l’exposition (voir cependant le N.B. à la fin de cet article). Les petits tirages sont, en 2005, devenus la règle. Girodet, La Mélancolie, Frans Post, bien d’autres catalogues encore ont été indisponibles quelques semaines après leur parution. Certains ont été réimprimés, mais beaucoup d’autres ne le seront pas. L’édition d’art ne se porte pas très bien en France, et de telles pratiques contribuent à la fragiliser. Il est probable que 2006 voit cette tendance lourde se confirmer.

   Terminons ce long éditorial pour rappeler, en vrac, quelques événements de 2005. Certains positifs, comme le sauvetage de La Revue de l’Art dont de nombreuses rumeurs annonçaient la disparition, la découverte d’un nouveau et très important tableau français en Espagne (Georges de la Tour) et d’un non moins important tableau espagnol en France (Zurbaran), l’ouverture d’un cabinet des dessins à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, grâce au mécénat de Jean Bonna dont la collection de dessins français sera exposée à partir du 14 février à l’ENSBA, les restaurations de la galerie des Glaces et du réfectoire décoré par Joseph Parrocel aux Invalides, d’autres plus contrastés (la réouverture du Petit Palais), certains enfin très malheureux, comme la probable destruction du Cri de Munch suite à son vol en 2004, révélée récemment par Le Journal des Arts.

Didier Rykner
(mis en ligne le 8 janvier 2006)

N.B. Nous avons reçu de Monsieur Denis Kilian, des éditions Artlys, un message nous indiquant que des exemplaires du catalogue De l'Esprit des Villes étaient encore disponibles, contrairement aux informations dont disposaient le diffuseur et le musée de Nancy. Nous pourrons donc proposer très bientôt sur le site d'acquérir à nouveau cet ouvrage remarquable.

1. Bien qu'une large partie de la communauté des conservateurs et des historiens de l'art soit opposée à ce projet, le débat n'a pu avoir lieu nulle part, sauf sur La Tribune de l'Art. Rappelons ici que nous avions organisé au début de l'année une enquête auprès des lecteurs, qui a permis de constater que nous étions largement en phase avec eux. Les arguments, pour ou contre Lens, ont été mis en ligne ici.
2. Nous ne pouvons en dire plus, ces négociations étant très délicates.

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