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Deaccessioning

Benjamin West et John Trumbull - La bataille de La Hougue - Naguère au Metropolitan Museum of Art
Benjamin West (1738-1820) et John Trumbull (1756-1843)
La bataille de La Hougue, 1778, retouché en 1806 par Trumbull
Huile sur toile - 164 x 244 cm
Vendu par le Metropolitan Museum le 26 janvier 2006
Photo : Sotheby's

   La Tribune de l’Art devrait sans doute, à côté des nouvelles des acquisitions des musées, parler également du« deaccessioning », c'est-à-dire de la vente d'objets de leurs collections, cette spécificité américaine qui est en train de s’étendre dangereusement à l’Europe (voir nos articles récents sur l’Allemagne) et dont on sait que certains voudraient l’introduire en France où l’inaliénabilité des collections nous protège encore (voir cependant le cas du musée Marmottan).

   Les ventes d’œuvres d’art par les musées américains ont tendance elle-même à s’accélérer, et aucun n’est à l’abri puisque même l’habituellement irréprochable Metropolitan Museum s’est séparé, notamment, dans les derniers mois, de deux tableaux de Benjamin West (La bataille de La Hougue (ill.) et le Portrait de Peter Beckford), comme le rappelle l’intéressant blog Culturegrrl (sic) de la journaliste américaine Lee Rosenbaum, particulièrement bien informé sur les musées des Etats-Unis. Le Seattle Art Museum se sépare de huit tableaux du XXe siècle le 29 novembre chez Sotheby’s, dont certains sans équivalent dans leurs collections, et les grandes ventes aux Etats-Unis n'incluant pas d'œuvres de musées sont de plus en plus rares.

   L’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo vient d’annoncer récemment qu’elle se séparerait de 200 « œuvres d’art superflues », dont des tableaux anciens, afin d’acquérir de l’art contemporain. Dans une excellente chronique publiée dans le Wall Street Journal le 15 novembre et disponible sur Internet, Tom L. Freudenheim dénonce cette vente qui aura lieu l’année prochaine chez Sotheby’s pour un montant attendu d’environ 20 millions de dollars. Ayant grandi à Buffalo, cet ancien directeur de musée explique avec beaucoup de sensibilité comment une sculpture romaine représentant Artémis et le cerf, qui fera partie de la vente, a contribué à sa vocation : « Ce bronze élégant fut la première œuvre d’art classique que j’ai jamais vue – de manière toujours renouvelée – depuis l’âge où un jeune garçon regarde un cerf en pensant à Bambi, jusqu’à l’adolescent plus intéressé par la poitrine dévoilée sous la draperie de la déesse ». Il réfute par ailleurs l’affirmation par le directeur du musée que cette opération est conforme à la vocation du musée de se concentrer sur l’art contemporain, en rappelant que tout un groupe de peinture anglaise du XVIIIe siècle fut acquis par cette institution en 1945, et il s’inquiète de savoir si tel Hogarth, tel Reynolds, tel Gainsborough seront inclus dans les objets vendus.
   On ne peut que souscrire à l’ensemble de son analyse, et à cette phrase en particulier : « Les œuvres d’art du Albright-Knox Art Gallery n’appartiennent pas aux directeurs ou aux conservateurs qui vont et viennent dans les musées en fonction des opportunités qui se présentent. Elles ne sont pas plus la propriété des Trustees […] ».

   Ces exemples pourraient être multipliés à l’infini. Ils sont le symptôme d'une tendance lourde, celle de la fin des collections permanentes, qui n’ont plus rien de permanent lorsqu’elles peuvent être vendues, louées, échangées ou mises en réserve au profit d'événements éphémères. Ils sont aussi une curieuse manière de rendre hommage aux donateurs. Il y a enfin, évidemment, de gros enjeux financiers en jeu.
   On ne peut que se féliciter que la loi française interdise théoriquement de telles pratiques, et que se battre pour qu’il en reste ainsi.

Didier Rykner
(mis en ligne le 17 novembre 2006)

1. Voir aussi, sur un sujet proche, notre prochaine brève à venir sur la vente à la National Gallery de Washington du tableau The Gross Clinic, de Thomas Eakins, conservé depuis 1878 à la Thomas Jefferson University.

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