Nous avons reçu ce courrier que nous publions volontiers. Une fois de
plus, son auteur étant fonctionnaire au Ministère de la Culture, nous ne
pouvons le publier sous son nom en raison du sacro-saint « devoir de
réserve ».
Si cette lettre était en faveur des projets actuels, nous pourrions donner son
nom. Deux poids, deux mesures.
Si j’étais membre de la Société des Amis du Louvre, je me demanderais
pourquoi une ville américaine, où personne ne va sans le vouloir vraiment,
devrait exposer des œuvres qui appartiennent à la nation française qui, elle,
en fait profiter le plus grand nombre dans le plus beau et vaste musée de la
capitale mondiale du tourisme, musée dont j’étais fier après les travaux si
chers et si magnifiques des années 1990, financés par l’impôt.
Si j’étais Ami du Louvre, je tremblerais à
l’idée que les ayants droit des mécènes que l’on flattait naguère par
une exposition reprennent leurs collections pour non respect des clauses des
dons et autres legs. En effet, il me paraîtrait très naturel que ceux qui ont
donné au premier musée du monde soient très
frustrés et mécontents en voyant leur générosité remerciée par un exil en
Amérique, une relégation en province…
Si j’étais Ami du Louvre, je n’aimerais pas me faire traiter de
retardataire ou me faire taxer de conservatisme pour la raison que je n’adhère
pas à l’orientation ultra-libérale que prend le musée, depuis qu’il est
devenu “établissement public” au détriment de toute idée de “service
public”, comme en témoigne sa politique tarifaire.
Si j’étais Ami du Louvre, j’aurais honte de ce que pourraient penser les
contribuables français de l’usage qui est fait de leur patrimoine : à savoir
enrichir un musée étranger et créer un nouveau musée en province, un nouveau
musée sans programme, un nouveau musée vide de visiteurs.
Si j’étais Ami du Louvre, français, je méditerais la devise de mon pays qui
comporte nettement le mot “égalité”. En effet, que serait celle des
habitants des différentes régions de France quant à l’accès aux œuvres
(propriétés de l’État) attribuées, en toute inégalité de traitement, à
la région Nord-Pas-de-Calais (demandons leur avis à nos concitoyens de Nice,
de Bayonne, de Strasbourg…) Je resterais toujours “libre” de trouver cet
éloignement peu “fraternel”. Encore qu’un décideur fou pourrait imaginer
de créer une antenne du Louvre dans chacune des régions de France (et les
DOM-TOM, a-t-on pensé aux DOM-TOM ?)
Si j’étais membre de la Société des Amis du Louvre, je serais triste
de voir que mes efforts financiers et mon attachement affectif sont bafoués, qu'on
mette en location le patrimoine national, que l’on galvaude mes valeurs.
Si j’étais Ami du Louvre, je m'interrogerais sur le sens de ce terme
aujourd'hui.
Reçu et mis en ligne le 5 décembre 2004
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