J'ai lu avec intérêt votre éditorial.
Toujours, je me demande ce que peut bien voir chaque individu qui fait la queue, pendant de longues heures parfois, devant une exposition médiatisée, devant le Grand Palais, devant le musée de Quimper, devant n'importe quel lieu d'exposition. Je me suis toujours demandé ce que chaque personne dans un groupe de touristes qui traverse le Louvre au galop, je n'exagère pas, pouvait voir avec ses yeux, avec son coeur et avec son intelligence ?
Faut-il donc une exposition sur le Caravage pour découvrir le Caravage ? Ma réponse est non. Il faut vouloir cultiver sa propre connaissance et la construire, il faut devenir un aristocrate de sa propre culture, je veux dire
« celui qui excelle » dans le champ qu'il a choisi de labourer. Si le Caravage fait partie de votre champ de recherche et de culture, alors l'exposition proposée devient une grande respiration et une découverte permanente, et parfois un émerveillement.
La culture - intimement liée à la personne et à sa propre histoire - ne peut vous être imposée de l'extérieur. Il ne faut pas être
dévot (des veaux !) devant les manipulations des services de communication (mot pudique qui pourrait, très souvent, se substituer par le mot
« propagande »), il faut avoir la foi et la pratiquer. Les deux attitudes sont totalement contraires. J'aurais la charité de reconnaître que le
dévot peut parfois avoir des éclairs de foi. C'est l'œuvre qui vous regarde et non l'inverse et de là naît un dialogue extrêmement intime qui demande le silence... et non le brouhaha et le bourdonnement que nous pouvons trop souvent constater dans les musées.
Quant au débat sur l'argent et l'art, il n'est pas nouveau et demanderait également un long développement. Cependant si l'on considère que le seul étalon - à mon avis bien stérile cependant - est devenu le retour sur investissement, conservé et adoré dans le tabernacle de l'économie dite de marché, euphémisme pour ne pas dire le
« capitalisme encore plus sauvage qu'auparavant » (Voir les Mensonges de l'Economie par J. K. Galbraith, éd Grasset), que ce soit dans les entreprises, ce qui se conçoit avec quelques bémols, ou bien les musées, ce qui ne se conçoit pas du tout.
Qu'est-ce qu'un musée ? Qu'est-ce qu'une exposition ? Questions apparemment innocentes, mais dont les réponses faites par diverses personnes peuvent en dire long. Voici deux questions qui pourrait faire l'objet d'une enquête !
Voilà, je voulais simplement partager avec vous ce que votre éditorial avait fait remonter à la surface de mes convictions.
François Auffret
(courrier mis en ligne le 18 mai 2005)
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