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   Vous ne le saviez pas ! ? c’est pourtant une réalité, le Premier ministre, Monsieur Jean-Pierre Raffarin, l’a confirmé en personne le 29 novembre dernier lors de son déplacement à Lens où il a annoncé l’implantation du Musée du Louvre dans la cité nordique.

   Au lendemain de cette déclaration La Voix du Nord publie une série d’articles que l’on retrouve sur son site dans un dossier consacré à ce sujet http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/dossier/culture/louvre/home.shtml. Nous y apprenons que le projet initié en 2003 est présenté ainsi dans un document rédigé à cette époque : « Aux expositions d’envergure, qui présentent cinq à six cents oeuvres pendant quelques années, s’ajoutent des présentations temporaires et des activités pédagogiques ou expérimentales. La réalisation d’un acte architectural fort sur 7 ha minimum, la durabilité du projet, le rayonnement régional et international sont des conditions décisives. »1, Je prends acte mais souhaite en savoir d’avantage sur cet évènement culturel de taille. Curieux, je me rends sur le site Internet du Ministère de tutelle du Musée du Louvre http://www.culture.gouv.fr, malheureusement aucune information sur le sujet ne s'y trouve (peut-être existe-t-il quelques pages enfouies dans les profondeurs du site qui m’auront échappées). Je retourne donc consulter le site de La Voix du Nord, nettement mieux documenté en la matière, et parcours les articles disponibles. Voici ce qu’on peut y apprendre, extraits choisis :

- « • Les arguments lensois. – La portée symbolique du site lensois et le soutien du président du conseil régional ont pesé très fort dans la balance. Bien plus fort que les arguments déclinés dans le document officiel : géographique, démographique, foncier et architectural. Sur le plan patrimonial, technique ou international, les villes d’Amiens, de Valenciennes ou d’Arras étaient mieux armées.  »2.    Tout est résumé ici mais poursuivons, - « Mais pour Lens et son secteur, le Louvre, c’est aussi la perspective de création de 250 emplois directs. Et combien d’emplois induits ? Dans l’euphorie de l’annonce, Guy Delcourt en évoquait, hier, «des milliers». Dans une période qui a vu Metaleurop fermer – aujour-d’hui encore l’usine lensoise Dumeste met la clé sous la porte, se séparant de quatre-vingt-six personnes –, l’arrivée d’hôtels et de restaurants, entre autres, est une bulle d’oxygène. »3.

   L’absence d’argument scientifique ou culturel justifiant une telle décision se fait de plus en plus ressentir,

- « …le Premier ministre a justement rappelé que cette «importante décision avait été difficile à prendre. Je dois dire que notre décision a été influencée aussi par ce formidable élan populaire de votre ville. C’est un appel à la culture et aussi à une perspective de développement.» Le Premier ministre a souligné aussi la qualité des « autres » dossiers, qui n’étaient pas «de mauvais dossiers». Des compensations devraient être rapidement accordées aux villes qui tenaient la corde »4.    Les décideurs ont donc été influencés au final par le cri du peuple lensois mais de l’avis des chercheurs ou historiens, nous n’entendrons rien. Je passe sur les compensations … Je pourrais ensuite reprendre dans son intégralité l’article « Lens se structure autour de ce grand projet »5 où il est question d’aménagement du territoire, de gare, de places de parking, etc. qui semblent être les seules questions qui préoccupent, normal me direz-vous, on attend quelques 500 000 visiteurs annuels comme nous l’apprend l’article « Le Louvre II change la mine »6 mais pour voir quoi ? le mystère reste entier. Plus tout à fait, dans le même texte nous apprenons stupéfait de la bouche de André Dubuc, Directeur du CHM « … que les 500 - 600 oeuvres qui seront exposées n’ont pas encore été présentées: elles intéresseront les Parisiens et les visiteurs habituels du Louvre. » de quelle information dispose André Dubuc pour soutenir une telle affirmation qui sous entend que des centaines de chefs d’œuvre inaccessibles au public sommeillent dans les réserves du Louvre, ce qui, répétons-le encore une fois, est totalement inexacte.
   Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, quelques lignes plus bas dans un paragraphe intitulé « De l’argent pour tous ? », Richard Martineau, Directeur régional des affaires culturelles, tient ces propos « Avec quarante-cinq musées, la région doit jouer la carte de la complémentarité et du partenariat, le Louvre ayant vocation à entraîner les visiteurs.», il voulait certainement dire «  à enseigner aux visiteurs ».  Enfin dans un article paru le 26 janvier 20057, soit prêt de deux mois après l’annonce officielle de la décision d’implanter le Louvre à Lens, nous recueillons quelques menues informations davantage susceptibles de nous intéresser, un calendrier, une philosophie, une ébauche de projet, mais tout cela reste très succinct : « Choix de l’architecte en septembre 2005, fin des travaux pour décembre 2008, inauguration au printemps 2009 » ; « • Philosophie. – Si le Louvre s’échappe de son Palais parisien, ce n’est pas pour faire dans la tradition. Bâtiment résolument moderne, expérimentation pédagogique, volonté de démocratisation, réalisation d’expositions transversales... » ; « …elle porte un projet résolument novateur. Si elle veut affiner le principe des expositions thématiques temporaires (deux ou trois ans sur place) elle n’exclut pas, c’est nouveau, la nécessité d’un fonds permanent propre à Lens. »    Le 27 janvier 2005, Elisabeth Delahaye-Taburet, conservateur au Musée du Louvre, chargée de mener à bien le projet, est interviewée par la Voix du Nord8. Elle nous livre quelques maigres informations supplémentaires : « LVDN - Les lignes de force du programme ?
EDT - Les collections du Louvre, c’est le noyau. L’objectif, c’est de créer un autre Louvre, c’est-à-dire de favoriser des ensembles transversaux, pluridisciplinaires, accessibles à tous publics... On n’est plus dans des cloisonnements géographiques ou historiques. C’est une autre vision !
LVDN - Des exemples ?
EDT - On a évoqué des thèmes déjà traités ailleurs : la figure humaine, l’animal dans l’art ou les images du divin... Mais ce ne sont que des exemples. Nous allons développer une vision nouvelle de nos collections, tous départements confondus.
LVDN - Quelle sera la surface d’exposition ?
EDT - Cinq mille mètres carrés... Une partie pour des expositions qui pourraient durer trois ans, une autre pour des expositions plus temporaires et plus limitées...
LVDN - On parle aussi de collections permanentes ?
EDT - Disons plutôt de dépôts de plus longue durée, la réflexion est en cours. »
    La réflexion est en cours, je tends à croire quelle débute et ce qui suit nous le confirme, la présentation par Henri Loyrette, Président-directeur du Louvre, des orientations du projet relatées dans un article parue le 17 mars 20059 est des plus décevante « Le Louvre Lens – c’est ainsi que le président Loyrette l’appelle – sera un musée, bien entendu. Pas seulement. « Ce sera un musée raisonné, tel que nous le connaissons. Mais cet aspect est insuffisant pour justifier la "re-création" du musée à Lens. Il y aura donc un important volet "éducation au regard" », résumait Daniel Percheron à l’issue de la réunion. « C’est un point qui est au cœur des préoccupations. Nous devrons enseigner l’usage du musée… Certaines personnes ignorent jusqu’au mode d’emploi », a insisté Henri Loyrette qui milite également pour un pôle recherche et restauration important et accessible. « Ce ne sont encore que des grandes lignes. Mais ces perspectives n’ont suscité aucune hostilité», expliquait encore le président du conseil régional. »    En conclusion, il apparaît clairement à la lecture de ces articles, mais également de ceux parus dans les grands quotidiens nationaux10, que la décision d’implanter le Louvre à Lens est de nature entièrement politique et prise sans considération des aspects culturels ou artistiques,  ceci  n’étant évoqués que très récemment, de façon forte imprécise et sans doute aussi faisant suite aux demandes d’explications faites par des personnes pour qui le mot culture à un sens et qui bien mieux que d’autres la défende et la promeuvent. Je le regrette, comme je regrette le changement de statut du Louvre en établissement public au détriment de la Réunion des Musées Nationaux (1992) ou le contrat d’objectifs et de moyens (2003), mesures voulues par les gouvernements visant à désengager l’état financièrement de la culture sans souci des conséquences que cela peut engendrer mais qui paradoxalement n’hésitent pas à tirer parti des institutions culturelles lorsqu’elles peuvent être utiles pour servir la politique.

Frédéric Roz
Paris
(courrier mis en ligne le 24 mars 2005)

1. La Voix du Nord – La genèse, Bruno Vouters - 30 novembre 2004
2. La Voix du Nord – La genèse, Bruno Vouters - 30 novembre 2004
3. La Voix du Nord – La rencontre de la culture et du labeur, Jean-Marc Rivière -  30 novembre 2004
4. La Voix du Nord – Toute une région au pied du Louvre, Jean-Marc Rivière -  30 novembre 2004
5. La Voix du Nord – Lens se structure autour de ce grand projet, Jean-Marc Rivière – 1er décembre 2004
6. La Voix du Nord – Le Louvre II change la mine, Nicolas Faucon - 1er décembre 2004
7. La Voix du Nord – Le Louvre sort de son Palais, Bruno Vouters – 26 janvier 2005
8. La Voix du Nord – Le Louvre à Lens, c’est d’abord elle…, Bruno Vouters – 27 février 2005
9. Une chance pour Lens, une chance pour le Louvre, Jean-Marc Rivière – La Voix du Nord 17 mars 2005
10. Références
- Le Louvre II, une mine pour Lens, Haydée Saberan - Libération 25 décembre 2004
- L'avenir du musée du Louvre passe-t-il par Lens  ?,
Didier Rykner - Le Monde 19 janvier 2005
- Le Louvre à Lens, enjeu de développement,
Pierre Schill - Libération 3 février 2005
- Le Louvre, Lens, l'avenir Relancer économiquement une ville déshéritée, est-ce le rôle d'un musée ?,
Didier Rykner - Libération 4 février 2005
- Les vies multiples du Louvre,
Maurice Ulrich - L’Humanité 15 février 2005
- Les musées se tournent vers les fonds privés,
M-L B - Figaro économique 7 mars 2005
- Les musées nationaux sur les traces de l'entreprise,
Clarisse Fabre - Le Monde 6 mars 2005
- Le Louvre au pied des terrils,
Jacques Moran - L’Humanité 16 mars 2005

 

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