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   Le projet du Louvre, depuis l’achat de la collection Jabach, et les politiques de d’Angivilliers et Vivant-Denon, a été de créer une collection encyclopédique la plus complète possible. C’est le projet des lumières de démonstration par une suite d’exemples. Combien de fois, ses conservateurs n’ont-ils pas justifié une acquisition par le désir de combler une lacune, de compléter un ensemble ou la représentation d’un artiste. Le fait qu’on puisse aujourd’hui envisager de l’amputer de pièces majeures, même momentanément, est une aberration au regard de ces siècles de volonté et d’efforts financiers. N’importe quel collectionneur le comprendra... Le Louvre n’est pas un musée imaginaire, une collection virtuelle dont on pourrait soustraire des objets sans que le sens, la logique de l’ensemble ne s’écroulent. Un grand musée, ce n’est pas que des chefs-d’oeuvre accrochés côte à côte, c’est l’atmosphère, l’équilibre qui les relient entre eux, permettant de comprendre l’évolution d’un artiste ou d’une civilisation. Qui peut nier que Balthazar Castiglione au Louvre dialogue avec Malatesta de Piero della Francesca, avec la Joconde, avec l’Autoportrait de Poussin, avec les portraits de David et d’Ingres, comme une étape instructive dans l’histoire du portrait. Sa proximité avec le Double portrait de Raphaël et la Jeanne d’Aragon est éclairantesur les sommets du génie humain tant ils sont sur des registres différents, bien que conçus par un même artiste. Une autre personne vous ayant écrit (Claude Reyt) craint que le Louvre se transforme en coquille vide, mais il faut se rappeler que les salles conserveront l’antenne du musée des arts premiers et que la direction souhaite placer des œuvres d’art contemporaines de façon pérenne. Le visiteur n’aura plus une histoire logique de la bien « détestable » civilisation occidentale, mais zappera d’émotions en étonnements inattendus. Un programme de parc de loisirs …
   Car un musée national, c’est aussi l’histoire d’une nation, de sa place et de sa vision du monde. Le Louvre ? comme le Prado, le Kunsthistorisches Museum, est basé sur une collection royale. Enlever un témoin de la venue de Léonard à la cour de François Ier ( la Sainte Anne) ou de la dévotion à Raphaël et a Poussin aux temps de Louis XIV (Les bergers d’Arcadie), c’est nier la spécificité même de ce musée, et son inscription dans la vie et la conscience d’une nation.

   Il ne faut pas se leurrer. Pour faire venir des millions de visiteurs à Lens ou à Atlanta, les listes d’œuvres annoncées ne suffiront pas, et il faut s’attendre, après ces ballons d’essais, à d’autres prêts conséquents. Le Disney-Lens se devra de présenter aussi un tableau de Rembrandt, et un Ingres et un Delacroix. Atlanta a fait bâtir un bâtimentpar Renzo Piano pour la présentation de ce type de dépôts à moyen terme, et ne l’a pas conçu seulement pour les trois ans que dureront les expositions du louvre. Après ce terme, si le Louvre ne resigne pas pour la période 2009-2012, Atlanta s’adressera à d’autres grands musées européens pour remplir ses espaces. Et partout dans le monde, les villes riches, au USA et surtout en Extrême-Orient sont en train de projeter de telles coquilles vides pour recevoir des collections extérieures en CDD (c’est la logique Guggenheim/Ermitage). Il ne s’agit de rien d’autre que d’un détournement du principe d’inaliénabilité (d’une certaine façon, interdire la vente dans la conception de l’époque, c’était aussi interdire la location de longue durée). Le Louvre n’est d’ailleurs pas seul en cause. Le musée Rodin annonce une antenne au Brésil où seront déposés des plâtres originaux, Beaubourg et le musée Guimet veulent créer un musée à Hong-Kong … Par un curieux retournement des choses, les collections françaises, même si elles restent propriétaires de fait, sont livrées au pillage des villes à forte puissance économique. Comment la France peut-elle défendre l’exception culturelle, si c’est elle qui la première donne l’exemple de la marchandisation de ses propres collections ?

Un historien d'art souhaitant rester anonyme

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