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Monsieur,

   Régulièrement vous nous avez tenu informés des progrès des projets insensés d'Atlanta et de Lens. Je n'osais croire à leur réalité jusqu'à votre dernière brève en ce qui concerne le premier, et la photographie de la maquette du musée de Lens au Louvre en ce qui concerne le second.

   J'ai toujours du mal à comprendre le pourquoi d'un tel système de location de tableaux. Aujourd'hui j'ai du mal à comprendre le pourquoi d'une telle liste.

   Mais de quel formidable instrument de persuasion dispose donc le Conservateur en Chef ou le Board of Trustees du Musée d'Atlanta ? Ce n'est pas le « loyer », en fin de compte modique en considération des œuvres prêtées, qui a pu ainsi décider de l'envoi (temporaire ?) de tels chefs d'œuvre.

  Je n'arrive pas à me convaincre que je ne verrai pas le Portrait de Castiglione lors de mes prochaines pérégrinations au Louvre, mon Louvre, notre Louvre. J'aime ce tableau et il va me manquer.
  Lors de ces pérégrinations donc, le Murillo s'en sera également allé et « dans le lot vous me mettrez un Poussin, un Fragonard et quelques autres, un des Vinci serait pas mal, ah non un de ceux-ci est en partance pour Lens, ah ! » a dû s'exclamer l'auteur du choix des tableaux.

  Il est inutile je pense de reprendre la liste elle est éloquente. Il ne s'agit pas d'œuvres mineures ou superflues ; elles sont nécessaires, à l'Homme du XXIe siècle, à l'écolier en visite, au touriste avide d'œuvres de référence, à l'étudiant, à l'amateur. Ce ne sont pas des œuvres parmi d'autres, ce sont Les Œuvres qui composent le Louvre, qui le définissent et l'illustrent. Je m'en considère pour partie propriétaire, comme tout français et même, d'une façon plus large, comme tous les visiteurs du Louvre qui font le Louvre. Ils méritent plus de respect que de mépris mais n'ont ici eu droit qu'au second.

  Il me semble intelligent et nécessaire de partager lorsque les collections ne sont pas exposées ou exposables et je soutiendrais un envoi à Atlanta de meubles et d'objets d'art du XVIIIe, puisque les salles sont fermées pour une durée indéterminée mais je m'attriste de voir que l'on dépouille le Louvre, que l'on s'y sert comme on le fait dans un supermarché.

  Hâtons nous donc de rendre un dernier hommage à ces œuvres avant leur traversée.

Antoine Briand
Paris

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