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La France dispose d’un arsenal juridique pour protéger son patrimoine ; ainsi l’Etat peut-il interdire de sortie du territoire des œuvres d’art qui sont en mains privées, au titre qu’elles constituent une partie essentielle de notre patrimoine et doivent rester en France, quel qu’en soit le propriétaire : ainsi, rien n’empêche qu’un américain ou un russe se rende acquéreur de ces œuvres à conditions qu’elles ne passent pas les frontières.
Paradoxe des paradoxes, voici que l’Etat, premier propriétaire du patrimoine, applique la logique exactement inverse : tout en restant « possesseur » des œuvres, il s’apprête à les faire sortir du territoire et à en priver les citoyens. Lorsqu’on sait le préjudice financier que provoque ce dispositif pour les privés (pour cause évidente de restriction du marché), on se demande si, décidément, il n’y a pas systématiquement deux poids, deux mesures : en devant renoncer à l'exportation, les collectionneurs perdent de l’argent tandis qu’en pratiquant la même opération, les musées, dépositaires du patrimoine national, veulent en gagner ! Quel exemple de mercantilisme désastreux et peu propice, sans doute, à favoriser dons et legs...
Les directeurs et conservateurs de musées pourront-ils longtemps, sans rougir, continuer à prononcer des interdictions de sortie alors même qu’ils seront les premiers à organiser la fuite de nos collections publiques ?
Jean-David Jumeau-Lafond
Collaborateur à La Tribune de l'Art
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