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Courrier de Roland Recht répondant à Olivier Poisson (débat sur la restauration des monuments historiques)

   Je ne voudrais pas demeurer absent du débat qu'a suscité ma chronique parue le 7 octobre dans Le Journal des Arts et que vous avez bien voulu relayer et nourrir dans votre si précieuse Tribune de l'art. L'importance du courrier que vous publiez est un signe de bonne santé du débat d'idées, ce dont je me réjouis.

   M. Poisson, Inspecteur général des MH, n'a pas cru bon de revenir à la source, à savoir à mon article cité plus haut, ou alors il fait semblant d'en ignorer les principaux arguments. Il amalgame les commentaires très pertinents de M. Rykner à mes propos qu'il n'a pas, ou qu'il a mal lus. Du coup, c'est sa réponse qui devient caricaturale puisqu'il choisit quelques mots-clés et les brandit, rouge d'indignation. Permettez-moi de revenir à mon article : il portait sur 5 points.

1. L'insuffisance de la qualification des entreprises qui travaillent pour les MH et qui sont choisies en fonction de critères qui ne seraient jamais considérés comme suffisants dans le cadre du patrimoine muséal.

2. Je poursuivais: « C'est qu'il n'y a pas de verdict autre que celui de l'architecte en chef des MH, celui-là même qui a confié le travail à une entreprise privée. » Il est clair que je parlais du chantier une fois commencé. A partir du début des travaux jusqu'à leur achèvement, je ne sache pas, sauf problèmes graves, que l'architecte ouvre son chantier à des experts qu'autorise leur seule compétence scientifique (je pourrais donner plusieurs témoignages personnels à ce sujet, concernant aussi bien les chercheurs que j'ai formés que moi-même).

3. La « situation proprement scandaleuse » qui est celle des architectes des MH de notre pays, je continuerai de la dénoncer. Au lieu de convoquer d'autres arguments, je me contenterai de renvoyer au rapport de la Cour des Comptes de 2001 et en particulier à la citation qu'en a extraite si pertinemment Didier Rykner (voir ci-dessus).

4. Brièvement je déplorais que l'œuvre d'architecture, pour ne prendre que cet exemple, ne soit pas considérée comme une entité historique, esthétique et organique au même titre qu'un tableau. Innombrables sont les interventions qui traitent le monument comme la médecine occidentale traite le corps, en le fragmentant, donc en évitant de se mettre à l'écoute de sa singularité et de son identité propres.
   La lecture des publications que les historiens de l'art-architectes consacrent à la Bauforschung (la science du bâti) en Allemagne sur des monuments comme Spire, Ratisbonne ou Bamberg, et qui sont autant de guides définitifs pour les MH parce qu'ils restituent l'image la plus complète possible d'un monument dans son état présent, devrait remplir les architectes de notre pays d'une grande humilité, et nos historiens de l'art de regrets.

5. Je posais enfin la question de l'avenir à moyen et long terme du patrimoine monumental, question vitale à laquelle personne ne semble s'intéresser.

Roland Recht
(mis en ligne le 29 octobre 2005)

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Pour faciliter la lecture de l'ensemble du débat, celui-ci est mis en ligne ici (sur une seule page, par ordre chronologique des interventions)